lundi 21 novembre 2011

Kaia Kiik

© Kaia Kiik, Men’s world, détail, technique mixte sur toile, 2011
http://www.kaiakiik.com



Lorsque le mur se fait toile. Mis à nu. Convoquer tous les éléments. De sel et de feu. De ciel et de sable. Epousailles de ciment et de cendres. Grammaire subtile, où s’entrelacent fleurs séchées, épices. Poudre de lait. Minéraux broyés. Résine. Lessive. De ce chaos des jours et de labeur. Phrases totalisantes. Car je me fondrai en eux. Volumes et destructions. Lèpre ou écume. Ce pourrait être la page ultime ou première. Panoramiques. Lorsque la partition s’emballe, mue. Se couler dans l'instant. Obscénités, silences. Les immersions d’Orphée. L’impossible toucher. Si proche. Lorsque se dérobent les formes, les signes. Rien ne sera oublié. Ce qui nous compose, nous décompose. Face au vrai mur. Villes ou montagnes. Fracas, salissures. Les multiples strates. Invisibles, superposées. Trop visibles, qui se jouent de nos codes. Avancées neigeuses. La fresque stoppée net. Sauver ce qui peut l’être. Les dispersions. La perte. L’oubli, le souvenir précis. Tu jouais de cette ambre. Les portes azur. Lorsque nous gagnions les profondeurs. Noires, sans limites. Se lover dans les creux. Les cicatrices. Tenter un plan. Organiser ce qui disparut. Disparaîtra. Fouiller comme l’on fouille des détritus. Un tertre. Et si ces notes de hasard n’étaient que jeu ? S’en remettre à l’instinct, aux contrastes improbables. La matière se fait dense, étoilée. Les strates prometteuses. Retrouver le fil. Comme l’on devine les détours. Il fallait cet écrasement. Chairs repoussées. Dessins d’enfance. Ou graffitis de prisonniers. Condamnés à vivre. Voies lactées, érosions mates. Ici et là en genèse. Eblouissements sombres. Ce que l’incendie épargne. Les orages répétés, inexorables. La main lutte, prolonge. Les mémoires dispersés. Chaque page, quelque ligne manquante. La trame rompue. Logique du lambeau. Puzzle spectral. Nos saints suaires. Egarés, enchâssés. Vestiges de conquêtes ou de visages. Si près de jaillir. Car les formes t’échapperont. Théâtre d’ombres. Instants du songe. Ou de plénitude. Mirages informulés. Les incantations. Noces angéliques de mers et moisissures. Puisque tout n’est que dévoration. Superposition. Entre-deux. Lever le voile. Juste un instant. Traverser la faille. Mur monde. Gnose.


© georges festa – 11.2011

Avec l’aimable autorisation de Kaia Kiik.

Exposition Kaia Kiik – Galerie Ecart, 12 rue Chapon, 75003 Paris
08.09 – 19.11.2011

www.galerie-ecart.com