dimanche 20 novembre 2011

Peter Englund - The Beauty and the Sorrow / La Beauté et le Chagrin

© Knopf, 2011


The Beauty and the Sorrow [La Beauté et le Chagrin] : une histoire intime de la Première Guerre mondiale

par Christopher Silvester

Daily Express, 04.11.2011



Parmi les nombreux livres sur la Première Guerre mondiale, l’originalité de celui-ci est des plus frappante. L’historien suédois Peter Englund a pris un groupe de vingt individualités, originaires de plusieurs pays, « tous au bas de la hiérarchie », et suivi le déroulement de leur vécu.

La plupart sont à peine âgés de vingt ans, bien que figure une Allemande, âgée de 12 ans lors du déclenchement de la guerre. Structuré à la manière d’un journal, tout en voletant d’un personnage à l’autre, il est écrit dans un présent fait de tension, qui plonge les lecteurs plus avant dans leurs existences.

Englund extrait des citations de leurs journaux, lettres et mémoires, tout en paraphrasant des matériaux repris de ces sources, ce qui lui permet de présenter ses réflexions personnelles.

Tandis qu’un de ses personnages est stationné dans la ville arménienne de Van, une province au nord-est de l’empire ottoman, Englund note : « La guerre fournit des prétextes, créant des rumeurs, amputant la diffusion des informations, simplifiant les processus de pensée et normalisant la violence. » L’histoire « la plus tortueuse » est celle de Rafaël de Nogales, un Vénézuélien exilé qui s’embarque d’Amérique vers l’Europe en quête d’aventure.

Il se porte volontaire pour l’armée belge par sympathie pour la cause de la Belgique, mais se voit refoulé.

Il se tourne alors vers les armées française, monténégrine, serbe et russe, qui le repoussent toutes, si bien qu’il rejoint l’armée turque et se retrouve combattant Russes et Arméniens sur le front du Caucase, Anglais en Mésopotamie et à nouveau les Anglais à Gaza et à Jérusalem.

Nous découvrons la vie à Paris à travers le regard de Michel Corday, un fonctionnaire français, trop âgé pour être mobilisé, témoin des débauches de la soldatesque chez Maxim’s.

Les prostituées parisiennes, relève Englund, affectées de maladies vénériennes, ont parfois des revenus plus élevés que leurs consoeurs en bonne santé, grâce à des clients espérant ainsi contracter une infection pour éviter d’être envoyé au front. Englund nous conduit aussi vers de lointains théâtres, telle que l’Afrique est-allemande, où une opération d’encerclement par les Britanniques, les Belges et les Portugais, visant des forces allemandes en déploiement rapide, échoue, car 5000 de leurs 7000 porteurs sont victimes des mouches tsé-tsé.

Quasiment chaque page de l’ouvrage d’Englund est nouvelle et révélatrice. Un avion britannique est abattu au-dessus de Gaza. Lorsque de Nogalès découvre le cadavre du pilote, celui-ci a été dénudé et ses pieds découpés par les pillards qui n’ont pas pris la peine de délacer ses chaussures.

La sélection des témoignages par Englund est originale et captivante, tel cet officier de la cavalerie hongroise, cette infirmière britannique servant dans l’armée russe, cette Australienne chauffeur dans l’armée serbe ou ce pilote belge.

L’effet d’ensemble de leurs récits souvent singuliers est percutant et irrésistible.

Posté sur une hauteur, le soldat italien Paolo Monelli observe le cadavre d’un officier médecin autrichien en décomposition, dans une crevasse toute proche, durant plusieurs jours et s’adresse à lui dans son journal : « Tu continueras d’exister un peu comme matricule durant l’appel du sergent, un sujet pathétique pour des discours de commémoration, mais toi, mon gars, tu n’existes pas et c’est comme si tu n’avais jamais existé. On les appelle les morts, mais ce qui gît là-bas n’est plus que du carbone et du sulfure d’hydrogène, recouverts de lambeaux d’uniforme. »


Peter Englund, The Beauty and the Sorrow : An Intimate History of the First World War, traduit du suédois en anglais par Peter Graves, Knopf, 2011, 560 p. – ISBN-13 : 978-0307593863

[Historien, Peter Englund est Secrétaire perpétuel de l'Académie Suédoise.]
____________

Source : http://www.express.co.uk/posts/view/281687/Book-review-The-Beauty-And-The-Sorrow-An-Intimate-History-of-the-First-World-War-
Traduction : © Georges Festa – 11.2012.