mardi 6 décembre 2011

Dvin - Mostra, Palazzo Braschi (Roma) / Exposition, Palais Braschi (Rome)

Plan de Dvin - © www.armenica.org


Dvin, sur la Route de la soie

Inauguration à Rome d’une exposition prestigieuse, qui célèbre l’une des anciennes capitales de l’Arménie

Akhtamar on line, 15.11.2011


C’est à l’une des grandes capitales de la grande Arménie historique qu’est consacrée la prestigieuse exposition, qui vient juste d’ouvrir ses portes, la semaine dernière, dans le cadre suggestif du palais Braschi à Rome. « Sur les routes de la soie », biennale internationale de culture, célèbre la fameuse Dvin qui, du 4ème au 13ème après J.-C., a représenté un pont culturel entre Occident et Orient, incarnant dans ses fortifications, ses églises et ses palais ce rôle naturel de lien que la nation arménienne a toujours rempli dans son histoire millénaire.

Connue aussi sous le nom de Duin ou Dwin, selon certaines sources, la ville s’est développée au point de devenir un important et très peuplé centre commercial au début du Moyen Age arménien. Elle s’éleva le long des rives du fleuve Metzamor, non loin au nord de l’endroit où s’élevait une autre capitale arménienne, Artaxata [Artashat], fondée par le roi Khosrov [Khosroès] III d’Arménie en 335 après J.-C. sur un site habité depuis le troisième millénaire avant notre ère.

Favorisée par sa position, dans la plaine de l’Ararat, le long des routes des caravanes, elle se développa rapidement et parvint à compter une population de plus de cent mille habitants.

Le lieu s’acquit réputation et prestige au point de devenir la résidence du Catholicos et des souverains arméniens : tout d’abord, ceux de la dynastie des Arshakouni [Arsacides], puis au 5ème siècle celle des Sassanides, jusqu’à la conquête arabe en 640, où il prit le nom de Dabil.

En 893, un violent tremblement de terre causa de très graves dommages et fit 70 000 victimes parmi la population.

Peu après l’an mil, elle fut reconquise par les Byzantins, subissant ensuite dominations et invasions, qui caractérisent toute l’Arménie jusqu’à l’époque moderne.

En 1236, elle fut complètement détruite par les Mongols.

Dvin, comme – et peut-être davantage – le reste de la nation arménienne, a payé sa position stratégique, laquelle lui valut de grandes richesses et la notoriété, mais parallèlement lui attira les convoitises des conquérants. Aujourd’hui, ses ruines témoignent avec peine de la magnificence et de la grandeur de cette capitale arménienne.

Vestiges de beauté et de puissance

Sur la place centrale de la ville s’élevait la cathédrale de Saint-Grégoire, édifiée au 4ème siècle sur les restes d’un temple païen à trois nefs. Au milieu du 7ème siècle, une nouvelle église fut reconstruite avec une toiture cruciforme et une abside ornée d’une mosaïque représentant la Vierge.

La cathédrale de Saint Grégoire l’Illuminateur était imposante, à coup sûr une des plus grandes de toute l’Arménie ; mais de cette magnificence ne subsistent que peu de vestiges et sa représentation se fie aux textes qui nous l’ont décrite.

Le palais du Gouvernement (et résidence du Catholicos) était situé sur une colline, à l’intérieur d’une citadelle fortifiée, et dominait toute la ville. Pour autant que l’on sache, il était richement décoré, avec des bureaux et des appartements résidentiels au premier étage ; il disposait aussi de bains séparés pour hommes et pour femmes.

De même, sous la domination arabe et persane (alors que Dvin était passée du rang de capitale à celui de chef-lieu régional), le palais fut le siège de l’administration et fut doté de précieuses décorations. Divers matériaux, céramiques et accessoires provenaient d’Egypte, de Syrie et des centres byzantins, témoignant combien le commerce et les bonnes relations jouaient un rôle important dans la vie de la cité.

Durant son existence, Dvin fut reconstruite et détruite à plusieurs reprises ; deux tremblements de terre, à trente ans de distance (863 et 893 après J.-C.), la rasèrent jusqu’au sol, mais elle fut rebâtie.

Ces démolitions et reconstructions incessantes ont créé de nombreuses strates superposées, objets aujourd’hui de campagnes de fouilles.

De nos jours, Dvin a peu à offrir apparemment, sinon les vestiges imaginés de son ancienne splendeur. Mais le sous-sol conserve encore sûrement, jalousement gardés sous des siècles d’histoire, de précieux témoignages de la vie et de la civilisation de cette ancienne et grande capitale arménienne.

Aujourd’hui, la moderne Dvin est une petite commune de l’Arménie, à un peu moins de trente kilomètres de la capitale.

La vie de ses 2 800 habitants s’écoule tranquillement dans la vallée de l’Ararat, non loin du célèbre monastère de Khor Virap. Les bus touristiques gagnent la prison de saint Grégoire l’Illuminateur et semblent ignorer les fouilles en pleine campagne de ce qui fut autrefois le centre de l’Arménie.

L’exposition au palais Braschi (9 novembre 2011 – 29 janvier 2012)

L’exposition, qui parcourt l’histoire de Dvin, mais intéresse aussi une autre capitale importante, Ani, met en évidence les profondes stratifications culturelles, via la présentation d’une quarantaine d’importantes pièces artistiques à la facture précieuse, lesquelles s’articulent dans trois salles distinctes : chapiteaux, tentures, céramiques, objets sacrés et sculptures, qui retracent la grandeur et la richesse de cette capitale arménienne.

Le 8 novembre [2011] s’est déroulée la cérémonie d’inauguration de l’exposition.

Le surintendant aux Biens Culturels de Rome Capitale, Umberto Broccoli, a présenté l’exposition en rappelant comment l’Arménie constitue depuis toujours un pont entre Orient et Occident et comment l’art arménien a influencé l’art européen grâce et à cause de ses liens avec Rome et l’Eglise. Mais il a aussi souligné de quelle manière les techniques de construction (par exemple, l’allègement des voûtes en forme de coupole) ont servi de modèle dans le reste du monde, évoquant l’illustre figure de Toros Toramanian, considéré comme le père de l’architecture arménienne moderne.

En conclusion de son discours inaugural fort apprécié, Broccoli s’attacha à souligner combien l’Arménie représente pour les Italiens un Orient « proche », à la fois familier et semblable.

Après une brève adresse de bienvenue de l’archevêque Pier Luigi Mattera, nommé depuis peu directeur du musée du palais Braschi, ce fut le tour de l’ambassadeur d’Arménie, Rouben Karapétian, qui tint à exprimer ses remerciements pour l’organisation de cet événement et sa joie profonde pour une initiative de haute valeur artistique, qui coïncide, par ailleurs, avec le vingtième anniversaire de l’indépendance de l’Arménie.

Le diplomate s’est brièvement arrêté sur le rôle de Dvin à l’aide de notations historiques, qui ont mis en évidence le titre de ville d’art et de culture, ouverte aux relations internationales et au commerce, avec non moins de six routes commerciales différentes qui partaient de son centre.

Après les discours officiels, le maître Gevorg Dabaghian a diverti le public de quelques mélodies de doudouk, en introduction à la visite des salles d’exposition.

Chapiteaux du 5ème siècle, monnaies d’époques diverses, précieux plats en céramique, un splendide reliquaire en argent et pierres précieuses (« Sainte-Croix d’Haghpat »), un Evangile manuscrit du 15ème siècle, tentures.

Tout le matériel exposé est d’une facture recherchée, disposé avec ordre pour une visite qui permet de mieux connaître encore l’art arménien dans ses expressions les plus grandes.

Cette collection à visiter présente des exemples uniques, sans répétitions inutiles d’objets, livrant au visiteur une vision précise de ce qui est montré. Chaque pièce est accompagnée de notes explicatives et chaque salle présente des panneaux qui illustrent l’histoire de Dvin et d’Ani.

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Source : http://www.comunitaarmena.it/akhtamar/akhtamar%20numero%20125%20%2815%20novembre%29.pdf
Traduction de l’italien : © Georges Festa – 12.2011.