dimanche 18 décembre 2011

Vartan Matiossian : The Aryan Myth, Hitler and the Armenians / Le mythe aryen, Hitler et les Arméniens

Monastère de Gandzasar (Haut-Karabagh), 1216-1238 (détail)
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Vartan Matiossian

Conférence sur les Arméniens et le mythe aryen

The Armenian Weekly, 16.12.2011


NEW YORK – Jeudi 1er décembre [2011], le docteur Vartan Matiossian a présenté une conférence intitulée « Le mythe aryen, Hitler et les Arméniens », lors d’une manifestation organisée par le Centre Zohrab au Complexe diocésain à New York.

Retraçant la définition des origines de la race « aryenne » en particulier, Matiossian débuta ses observations par un panorama sur les concepts de race et de langue, depuis la fin du 18ème siècle. Le concept de « mythe aryen » émergea à la fin du 19ème siècle, expliqua-t-il, et contrairement aux opinions de cette époque, il est aujourd’hui considéré comme un terme purement linguistique.

L’orateur cita plusieurs exemples de poètes et de journalistes européens, qui ont présenté les Arméniens sous un jour défavorable, dont le poète français Alphonse de Lamartine et le journaliste anglais S.A. Longworth. Après un séjour à Constantinople en 1835, Lamartine écrit : « Comme les Suisses d’Europe, ils sont travailleurs, pacifiques et ponctuels ; mais, comme eux, ils sont calculateurs et avares. […] Leur nature n’a rien d’héroïque ou de guerrier. Le commerce est leur culte : ils le vénèrent, quel que soit leur maître. »

Matiossian évoqua les attitudes contemporaines, dont l’antisémitisme grandissant et les points de vue négatifs sur les Arméniens. A l’instar des Juifs, les Arméniens sont perçus comme des changeurs, des marchands et des banquiers peu honnêtes. Ce genre d’opinion était très répandu à travers l’Europe, y compris en Allemagne, qui cultivait des visées expansionnistes en direction de l’empire ottoman, à la fin du 19ème siècle. En 1898, le romancier allemand à succès Karl May, qui deviendra un des écrivains favoris d’Hitler, prévient que l’on ne peut faire confiance aux Arméniens.

Tout cela se combinait à des sentiments anti-Arméniens en Turquie à la fin du 19ème siècle. Monseigneur Grigoris Balakian, qui survécut au génocide arménien en se déguisant en travailleur allemand, écrivit plus tard que les officiers allemands avec qui il travaillait sont d’avis que les Arméniens sont des « Juifs chrétiens » et des « usuriers assoiffés de sang du peuple turc ».

Avec la montée du nazisme en Allemagne, ce genre de sentiments devint un stéréotype. Hitler était particulièrement soucieux d’éliminer les minorités ethniques en Allemagne. Centrant son attention sur la pureté prétendue de la race aryenne, il s’efforça de supprimer Juifs, gitans et autres populations indésirables de la nation allemande. Dans un entretien en 1922, il considère déjà les Arméniens comme une « race mélangée ».

Matiossian souligna le fait qu’après l’introduction des lois aryennes en 1933, les Arméniens firent pression pour être reconnus officiellement en tant qu’Aryens, leur identification putative avec les Juifs pouvant faire d’eux une cible. Ce qui ne mit toutefois pas fin à ces rapprochements dans la presse et le monde universitaire. Lors des pogroms de la Nuit de Cristal en 1938, rappela l’A., les Arméniens semblent aussi avoir été pris pour cible, confondus probablement avec les Juifs.

L’orateur expliqua ensuite comment les Arméniens firent pression avec succès contre cette dangereuse classification, après le déclenchement de la Seconde Guerre mondiale, lorsque les autorités allemandes semblèrent, une fois de plus, être enclines à considérer les Arméniens comme des Sémites. Une grande part de cette tâche fut entreprise au moyen de la Société Germano-Arménienne, créée en 1914. Vers 1942-43, malgré des signaux contradictoires de la part d’officiels allemands, les efforts des Arméniens aboutirent à assurer la sécurité de la population arménienne en Allemagne et dans les territoires occupés.

Vartan Matiossian est actuellement directeur exécutif du Comité National Arménien pour l’Enseignement à New York. Né à Montevideo (Uruguay), il a soutenu son doctorat d’histoire à l’Académie Nationale des Sciences en Arménie. Il est l’auteur de cinq ouvrages en arménien et d’un ouvrage en espagnol, et a traduit treize livres de l’arménien en espagnol.

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Source : http://www.armenianweekly.com/2011/12/16/matiossian-lectures-on-armenians-aryan-myth/
Traduction : © Georges Festa – 12.2011.