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© Adriano Salani, 2011La casa del tempo sospeso[La maison du temps suspendu]par Maria Elena Murdaca
www.balcanicaucaso.org [Mariam Petrosjan [Pétrossian] est arménienne, mais écrit en russe. Son premier livre qui, selon toute vraisemblance, sera aussi le dernier, a connu un grand succès éditorial en Russie, lors de sa parution en 2010. La casa del tempo sospeso vient d’être publiée en Italie aux éditions Salani, dans la superbe traduction d’Emanuela Guercetti. Huit cents pages empreintes d’une grande force d’envoûtement, qui vous aspire avec la même puissance de gravité qu’un trou noir. Compte rendu.]Lorsque j’écrivais, j’écrivais pour moi. Je n’imaginais pas avoir des lecteurs. Depuis que le livre a eu tant de lecteurs, je n’arrive plus à écrire pour moi, parce que je sais que tout ce que j’écrirai sera lu. Mais je n’arrive pas à écrire pour les lecteurs.Mariam PetrosjanMariam Petrosjan, d’Erevan, issue d’une famille d’intellectuels arméniens, est l’auteure d’un livre unique : La casa del tempo sospeso, présenté cette année à Turin au Salon du Livre, en mai dernier. Elle n’écrira jamais plus, il est donc vain d’attendre une prochaine parution. Raison de plus pour savourer cette œuvre à fond. Dix années durant – tel est le temps qu’a nécessité son élaboration, l’A. s’est plongée dans l’écriture pour l’écriture à la manière d’une force thaumaturgique. Résultat, un livre des plus séduisant qui vit son existence propre, tout comme la maison dont il est question. Un livre qui a finalement décidé d’être publié à l’insu de sa conceptrice. De fait, le manuscrit s’est retrouvé par hasard entre les mains d’un éditeur moscovite, qui l’avait reçu via un enchaînement de « bouche à oreille », lequel conduit, à l’autre bout, à une amie de Mariam, qui l’avait eu elle-même en lecture à la fin des années 1990. En 2007, l’écrivaine reçut un appel de la maison d’édition qui lui proposa de le publier. Indubitablement, un livre au destin particulier.Une histoire particulière pour un livre original qui, en 2010, a fait fureur en Russie, accaparant les prix littéraires : Prix 2010 du Libraire étudiant russe, Prix littéraire russe 2010 du Meilleur roman, sélection 2010 du Prix littéraire NazBest, sélection 2010 des Libraires russes, lauréat de bronze 2009 du Grand Prix national du Livre russe, attribué en fonction du vote des lecteurs.Détail curieux : Mariam Petrosjan parle en arménien et écrit en russe. Elle trouve cela naturel, ayant fréquenté l’école russe et lisant cette langue. Quant à la géographie, l’ouvrage ne se situe ni en Russie, ni en Arménie, mais reste étranger à toute forme de coordonnée spatiale.Ne soyez pas effrayé par sa masse. Les quelque huit cents pages du volume sont empreintes d’une grande force d’envoûtement, qui vous entraîne avec la même puissance de gravité qu’un trou noir. On s’en détache difficilement. L’auteure de ces lignes a profité de longues heures de train pour savourer la superbe traduction d’Emanuela Guercetti, regrettant de devoir interrompre sa lecture au terme de son voyage.« La Maison s’élève à la périphérie de la ville. Dans un lieu nommé « Les Peignes ». De longs et hauts immeubles s’y alignent en files crénelées, où s’intercalent des cours carrées de ciment : lieux dédiés aux jeux des jeunes « Peigneux ». Les dents du peigne sont blanches, pleines d’yeux et toutes semblables. Là où ils n’ont pas encore poussé, se trouvent des terrains vagues, ceints de palissades. Les décombres des maisons démolies, les tanières des rats d’égout et des chiens errants sont beaucoup plus intéressantes pour les jeunes « Peigneux » que leurs cours, intercalées entre les dents.Dans le territoire neutre entre deux mondes – les dents et les terrains vagues – s’élève la Maison. On l’appelle la Grise. Elle est vieille et proche en âge des terrains vagues, où sont ensevelies ses consœurs. Elle est solitaire – les autres maisons l’évitent – et ne ressemble pas à la dent d’un peigne, car elle ne tend pas vers le haut. Elle a trois étages, une façade qui donne sur la route, et possède elle aussi une cour : un long rectangle entouré d’un treillis. Autrefois, elle était blanche. Maintenant elle est grise au-devant et jaune du côté intérieur, celui de la cour. Elle est hérissée d’antennes et de câbles, les murs s’effritent et les fissures suintent. S’y adossent garage et annexes, paquets d’ordures et niches pour chiens. Tout cela du côté de la cour. La façade est nue et sombre, comme il sied.La Maison Grise n’est pas aimée. Nul ne le dira à voix haute, mais les habitants des « Peignes » préfèreraient ne pas l’avoir dans leur voisinage. Ils préfèreraient qu’elle n’existe pas du tout. » Ainsi débute le roman.La Maison est une institution pour handicapés. Des adolescents totalement coupés de tout contact avec l’extérieur jusqu’à leur libération, qui arrive inexorablement à l’âge de 19 ans. Or la Maison vit son existence propre, possède ses règles, connaît ses habitants, tandis que les élèves la connaissent et se réfugient en elle. Ils ont avec les murs qui les protègent un rapport qui tient du rituel mystique. La Maison rappelle Hogwards, l’école de Harry Potter. Hogwards est organisée en quatre maisons, la Maison en six groupes. Ici, les enfants sont dotés de pouvoirs magiques. Là, leurs pouvoirs découlent de leur imagination fertile et de leur volonté à toute épreuve. La magie est toute dans les mots qu’ils utilisent et dans les yeux avec lesquels ils voient le monde. Les enfants n’ont pas de nom. Ils se baptisent entre eux de sobriquets qui reprennent des traits physiques ou moraux. Fumeur, Aveugle, Rat d’égout, Verrerie, Sorcière, Lord, Chacal, Sphinx, Vautour défilent dans notre esprit. Et nous nous retrouvons, plongés dans la lecture, en train de nous demander de quel surnom nous serions affublés (Frisée ? Binoclarde ? Bouchon ? Je dois reconnaître que je songe encore au mien.). L’intensité de leurs expériences émotionnelles, à la limite de l’hallucination, se transmet au lecteur via un langage puissamment créateur d’images, lequel fait oublier les infirmités : difficile de garder à l’esprit le fait qu’il s’agit d’aveugles ou d’invalides sans bras ou jambes.La Maison devient un lieu « autre » au regard de l’Extériorité, du monde d’où ils viennent et où ils redoutent de revenir. Malgré tout, ils vivent confinés dans leur univers. Les habitants de la maison font toutes sortes d’expériences. Conformisme, anticonformisme, amitié, haine, sadisme, maladie, mort, sexe, amour, jusqu’à l’extrême : la lutte pour le pouvoir qui mène à l’homicide. Le tout entre éducateurs incompétents ou, dans le meilleur des cas, impuissants. La Maison ne se révèle qu’aux élèves et reste inaccessible aux adultes.Et lorsque la lecture s’achève, une sensation d’amertume. Pas du fait de l’épilogue prévu, mais parce que, malheureusement, l’on est arrivé à la dernière page. Mariam Petrosjan, La casa del tempo sospeso, traduit du russe en italien par Emanuela Guercetti, éditions Adriano Salani, 2011, 879 p. - ISBN-13: 978-8862565622______________
Source : http://www.balcanicaucaso.org/aree/Armenia/La-casa-del-tempo-sospeso-106525Article paru le 23.11.2011.Traduction de l’italien : © Georges Festa – 11.2011.

Aida Begic et Eric Nazarian sur le tournage de Bolis© www.armenianweekly.comEric NazarianPremier cinéaste à employer le mot génocide dans un film turcpar Artsvi BakhchinyanThe Armenian Weekly, 03.11.2011 ISTANBUL – Le nom du réalisateur arméno-américain Eric Nazarian n’est pas inconnu du public en Arménie. Durant trois ans consécutifs, de 2008 à 2010, il a participé au Festival international du Film de l’Abricot d’Or à Erevan. Son premier long métrage en tant qu’auteur/réalisateur, The Blue Hour, remporta quatre prix en 2008 : l’Abricot d’Or du meilleur film dans la catégorie Panorama arménien, le Prix du Jury, le Prix du Premier ministre et le Prix spécial du ministère de la Diaspora dans la catégorie Réalisateurs.Ce fut une agréable surprise d’apprendre que le nouveau film de Nazarian a été réalisé en Turquie, dans le cadre d’un projet omnibus international, intitulé « Do not Forget Me, Istanbul » [Ne m’oublie pas, Istanbul]. La première de ce film a eu lieu au Festival du film d’Istanbul en avril dernier et figure actuellement dans le circuit de ce festival. Dans ce film, sept cinéastes différents présentent des scènes extraites de la vie des diverses minorités ethniques d’Istanbul.Josephina Makarian, Gréco-arménienne vivant actuellement à Istanbul, fait aussi partie du projet. Nazarian, qui est né en Arménie et vit aux Etats-Unis depuis son enfance, présente l’histoire personnelle d’un de ses compatriotes, descendant d’une des communautés les plus anciennes de la ville sur le Bosphore. En dix-huit minutes, le film de Nazarian, intitulé Bolis, saisit à travers des images de la vie quotidienne, les conversations et une brève rencontre entre un musicien arménien de la diaspora et une veuve turque. A travers leur rencontre, l’histoire tragique d’une nation est mise au jour, via le récit du musicien. Il s’agit d’une histoire simple, qui nous rappelle la présence du passé dans la psyché actuelle des Arméniens à travers le monde, ainsi que la responsabilité des héritiers des deux côtés pour ne jamais oublier et parler ouvertement d’une histoire qui a été enterrée, mais qui refuse d’être oubliée. Mon entretien avec Nazarian entend révéler certains aspects de cette collaboration arméno-turque sans précédent.- Artsvi Bakhchinyan : En fait, Eric, de nos jours, n’importe quelle collaboration arméno-turque ne surprend désormais plus personne, mais toi, comment t’es-tu engagé dans ce projet ?- Eric Nazarian : Mon amie Çiğdem Mater m’a présenté le projet. Hüseyin Karabey, le producteur, m’a proposé de participer à l’omnibus. Le thème – ce dont nous nous souvenons et ce que nous nous obligeons à oublier – est important pour moi en tant qu’Arménien et en tant que cinéaste. Le but du projet, qui m’avait été assigné au début, était de rappeler Istanbul à travers ces visions des cultures d’autrefois qui ont contribué à ce qu’est la ville aujourd’hui. Au fil du temps, ces cultures du passé ont été « oubliées », d’où le titre « Do not Forget Me, Istanbul ». J’ai pensé que mon histoire du voyage d’Arménak à Bolis (Istanbul) s’intégrait sur le plan thématique. Le film est basé sur mon scénario de Bolis, qui suit Arménak de Los Angeles à Istanbul sur les traces du magasin d’ouds de son grand-père et d’un héritage familial qui disparut lors du génocide arménien.- Artsvi Bakhchinyan : Tu es né en Arménie, tes parents sont venus d’Iran et tu vis maintenant aux Etats-Unis. Que représente la Bolis arménienne pour toi ?- Eric Nazarian : Quand j’étais enfant, j’allais à l’école américaine en semaine et à celle arménienne, les week-ends. Pour tout ce que j’ai appris sur le cinéma, la littérature et l’art, je suis énormément reconnaissant à mon cher père, Haïk, tante Parik, oncle Hasso et toute ma famille qui m’a fait découvrir les cultures et les arts de toutes les nations. Mon premier souvenir de ce mot, Bolis, est de mon cher grand-père, Hovhannès, qui me transmettra ensuite les histoires merveilleuses et instructives de tous les écrivains et poètes de Constantinople - ainsi s’appelait Istanbul - à l’époque des daguerréotypes en noir et blanc. Il me fit connaître Daniel Varoujan, Siamanto, Krikor Zohrab. Tante Parik me présenta le père Komitas. Mon père, Haïk, qui est photographe, me montra les images intemporelles d’Ara Güler. Mon grand-père, mon père et ma tante m’ont révélé le patrimoine et la culture arménienne extraordinaires de Bolis. Lorsque je suis revenu pour réaliser mon film, j’ai voulu rendre hommage à ce monde de « l’ancienne Bolis » à travers la musique, car le cinéma est un médium audiovisuel. Pour moi, le cinéma est mon épouse. Et la musique ma maîtresse. La musique d’Udi Hrant Kenkulian est l’essence même du blues arménien d’Istanbul. Ce que Ray Charles fut au soul et au blues, Udi Hrant l’est pour la musique arméno-turque… Une véritable légende. Lorsque j’ai entendu parler de lui pour la première fois à l’université, j’ignorais qu’il était aveugle. Quand je me suis documenté sur sa vie, sa musique a résonné en moi avec plus de force encore. Chaque note de Srdis Vra Kar Muh Gah est aussi pure et puissante que les grands chants religieux blues du delta du Mississippi des années 30 et 40. Le premier jour où j’ai accosté à Istanbul, j’ai demandé à mon assistant de me conduire tout droit au cimetière arménien grégorien de Sisli, où j’ai été voir la chapelle de la famille d’Udi Hrant et où j’ai ensuite tourné une scène centrale du film. C’était pour moi un honneur et un témoignage de profonde humilité de me trouver près du lieu où il repose.- Artsvi Bakhchinyan : Je suis totalement d’accord avec ton héros, pour qui Istanbul est une sorte d’opium. Cette ville crée une dépendance.- Eric Nazarian : Pour moi, Istanbul est un paradoxe et un mystère. Comme un oignon que je pèlerais chaque jour, en sachant que jamais je n’atteindrai son cœur. Cette ville est trop complexe et à l’histoire surabondante. Je ne suis pas certain qu’il soit possible d’en dévoiler ne fût-ce qu’une fraction. Je suis arrivé à Istanbul avec des émotions très mélangées. Lorsque l’avion a atterri, mon esprit était agité par toutes ces images d’Armin Wegner et les photographies d’archives du Near East Relief [Secours pour le Proche-Orient], à l’époque du génocide : les déportations, Komitas, Siamanto, Daniel Varoujan et tous les intellectuels et personnalités raflés ce maudit 24 avril 1915. Je suis arrivé très tendu et en colère, mais grâce à mes amis et les Hays de Bolis, j’ai rapidement réalisé qu’une part de mon ADN culturel vient d’ici. Certaines rues d’Istanbul inspirent un sentiment étrange de déjà vu. Je ne sais toujours pas comment décrire cette sensation. J’ai eu l’impression d’arriver chez moi, tout en sachant que je n’étais qu’un étranger dans cette ville. Un état d’esprit très bizarre, mais aussi très poétique, d’être conduit ici. J’ai compris alors que ni le génocide, ni les persécutions, ni la politique ne pourront jamais édulcorer ni diminuer les apports inestimables du peuple arménien à l’architecture, la culture, l’histoire, le patrimoine, la musique et la société stambouliotes. De Mimar Sinan et des frères Balian, les grands maîtres de l’architecture à Istanbul, à Udi Hrant, Hrant Dink et au-delà, certains des plus grands esprits du peuple arménien viennent de Bolis. En fait, autant j’ai éprouvé une « ambivalence », comme dit le personnage d’Arménak dans le film, autant j’ai eu l’impression que la ville est très « addictive ». Je pense que ces deux mots décrivent le mieux ce paradoxe qu’Istanbul est pour moi.- Artsvi Bakhchinyan : De nos jours, il y a comme une mode du « retour aux sources ». Mais le retour de ton héros, Arménak Mouradian, semble quelque peu différent.- Eric Nazarian : Aller à la rencontre de nos racines ne commence pas et ne finit pas en un, deux ou trois voyages. Je pense que, chaque jour, nous voyageons un peu plus dans le passé de nos familles et la culture collective de l’humanité, que ce soit l’Arménie ou la Grèce, le Mexique ou la Russie. J’aime la culture du monde entier. Aussi, pour moi, chaque jour constitue un périple vers mes racines en tant qu’Arménien, mais plus important encore, en tant qu’être humain, capable d’être ému par des artistes du monde entier. Le personnage d’Arménak, dans mon film, éprouve une incertitude prémonitoire, tout en ressentant, comme Arménien, le devoir d’affronter le passé et de partir à sa recherche, comme n’importe quel personnage mythologique à la recherche d’un lieu ou d’un être. Je réalise de plus en plus que tout ce que nous finissons par rechercher dans le monde « extérieur » finit par devenir un voyage « intérieur », afin de découvrir nos âmes et ce à quoi nous appelle la vie. Pour Arménak, la quête de l’atelier d’ouds de son grand-père, qui fut détruit le 24 avril 1915, fait partie de cet appel. La découverte du lieu libère la souffrance et la transcendance dont il doit être capable pour accepter pleinement ce qui s’est passé en 1915. Mon espoir est que le public se mettra à réaliser, en particulier en Turquie, que l’immense majorité de ce que nous appelons la diaspora arménienne occidentale fut créée à cause du génocide. Sinon, pourquoi des Hadjintsis se sont-ils retrouvés en Argentine, des Musa Lertsis à Port-Saïd ou des Arméniens de Cilicie à Marseille ? Ils ont embarqué sur les premiers navires pouvant les emmener loin des massacres et des déportations. Et maintenant, presque cent ans plus tard, pour les descendants du génocide comme Arménak, 1915 c’est toujours hier.- Artsvi Bakhchinyan : Pour la première fois, le mot « génocide » est utilisé dans un film turc. Comment ça s’est passé ? Quelle a été la réaction lors de la première à Istanbul ?- Eric Nazarian : Pour moi, c’était absolument fondamental que mon film utilise clairement et ouvertement le mot « génocide ». Il fait partie de la psyché et de l’histoire de mon personnage. C’est ce qui est arrivé à mon peuple, donc j’en parlerai très clairement. C’était aussi une condition de ma participation que je parle librement du génocide. Je n’étais pas présent lors de la première à Istanbul, car je terminais le film d’un très cher ami. Mes acteurs fétiches [jigerov], Jacky Nercessian et Serra Yilmaz, étaient présents. Ils m’ont dit que tout le public était plongé dans le silence durant la scène du monologue. Lorsque le personnage d’Arménak déclare : « […] toute la famille de ma grand-mère, d’Aïntab et d’Arabkir, a disparu durant le génocide. » Jacky a très bien décrit le public assis devant lui. Quasiment chacun se tournait vers son voisin, se demandant s’il avait entendu le mot. J’ai été très touché d’apprendre que le film a trouvé un écho chez beaucoup de gens. Mes amis du Festival de l’Abricot d’Or étaient présents parmi l’assistance ce soir-là et m’ont envoyé un très beau courriel, me disant combien les gens étaient émus. J’aimerais faire des films qui puissent combler le vide entre Arméniens et Turcs. Il est temps de remuer tout ça et de trouver de nouvelles manières de communiquer grâce au cinéma. Nous avons le potentiel pour comprendre notre humanité commune via le dialogue et débattre du passé avec tous ceux qui sont ouverts et désireux d’écouter et de partager des histoires. C’est une des nombreuses voies d’avenir. Les politiciens continueront d’argumenter, de serrer des mains, de signer des documents et de sourire pour les caméras. Ce sont eux les diplomates internationaux. Les artistes, d’un autre côté, sont des diplomates de la culture et des bâtisseurs de ponts entre les cultures. Laissons les politiques agir comme ils l’entendent et laissons les artistes créer librement. Je dois dire à quel point je suis fier de faire partie de la plate-forme du cinéma arméno-turc, lors du Festival international du Film de l’Abricot d’Or à Erevan, lequel continue à encourager ce dialogue en invitant des réalisateurs arméniens et turcs à échanger leurs idées et réaliser des films ensemble.- Artsvi Bakhchinyan : Le jeu d’acteurs des deux personnages principaux est très impressionnant. Il ne pouvait y avoir un meilleur choix que Jacky Nercessian, mais ce fut une surprise de voir une actrice turque, Serra Yilmaz, que j’avais vue précédemment dans deux films italiens sur des thématiques gay.- Eric Nazarian : Je me souviens avoir découvert Jacky Nercessian, lors de mes années de lycée, dans le film Mayrig d’Henri Verneuil. Je l’ai rencontré à Paris, il y a quelques années, alors que je projetais mon premier long métrage, The Blue Hour. Je n’oublierai jamais combien il m’impressionna. Il ressemble à l’Arménien Ben Kingsley. Débordant d’entrain. Je suis très reconnaissant à Atom Egoyan de l’avoir recommandé au Festival du Film de l’Abricot d’Or. J’ai repris contact avec lui et nous nous sommes mis au travail. De plus, mon cher ami Vahé Berberian fut une grande source d’inspiration. J’avais initialement écrit le rôle d’Arménak pour Vahé. Ma tante, Parik Nazarian, fut mon héroïne et mon talisman durant toute cette odyssée, m’inspirant avec la musique de Komitas et la chanson Sourp Garabed Em Gnatsel [Loué sois-tu, saint Jean], qui ouvre le film. Serra Yilmaz est une amie [barekam]. C’est une actrice née, avec un esprit incroyable. J’espère que je ferai des films avec Jacky et Serra durant les années à venir. On avait d’excellents rapports de travail sur le tournage. Cette expérience n’aurait pas été la même sans leur soutien total à l’histoire que je voulais raconter.- Artsvi Bakhchinyan : J’ai remarqué que les scènes lumineuses et sombres sont juxtaposées dans ton film. L’as-tu fait délibérément ? En général, les ombres jouent un rôle essentiel au cinéma ; elles semblent symboliser le fait que beaucoup de choses sont cachées dans cette ville.- Eric Nazarian : J’ai travaillé dans le journalisme et le cinéma, si bien que tout ce qui concourt à composer de bonnes images raconte l’histoire. Je voulais faire de Bolis une vision à la fois intime et panoramique de cette histoire. Voilà pourquoi il y a tant de lieux présents, du Bosphore aux étonnants magasins d’antiquités à Kadıköy, au cimetière de Zincirlikuyu, aux ruelles de Çukurcuma, à telle discothèque en plein centre d’Istanbul, au cimetière arménien de Sisli. La ville tout entière est ombre et lumière. Dans un film en couleur tourné en haute définition, je voulais laisser les ombres couler sur le visage de Jacky, lorsqu’il évoque les pages sombres de l’histoire de sa famille dans le sous-sol du magasin d’antiquités. Serra a un visage si évocateur et si expressif ! Nous avons essayé de l’éclairer le moins possible, car ses yeux parlent d’eux-mêmes ; Jacky crève l’écran par sa présence. Avec la haute définition, tu peux t’en sortir sans trop d’éclairages, autrement dit tu peux tourner plus vite. C’est génial, surtout quand tu as tant de lieux prévus. J’ai vraiment adoré travailler avec mon équipe de production. On zigzaguait à travers Istanbul, réalisant un film sur une Turque et un Arménien se découvrant un lien commun. Je savais qu’il s’agissait d’un projet à part et je voulais qu’il fût une ode à ma famille, qui m’a encouragé à faire du cinéma et à écrire une lettre d’amour au patrimoine de l’ancienne Bolis.- Artsvi Bakhchinyan : Une des composantes importantes du film est la musique.- Eric Nazarian : La musique est centrale dans le film. Je voulais ouvrir avec Sourp Garabed sur le voyage de Jacky de la rive européenne d’Istanbul vers celle de l’Anatolie, où il se rend dans un authentique atelier d’ouds pour faire réaccorder le sien. Alors on coupe avec un blues turc envoûtant, chanté par une Arménienne d’Erzéroum ou de Kayséri. On a découvert la chanson sur un vieux 33 tours, que le propriétaire du magasin d’antiquités m’a présenté. C’est un collectionneur averti d’anciens gramophones et de produits dérivés Coca-Cola des années 40 et 50. J’adore les magasins d’antiquités de Kadıköy. Je pourrais facilement passer un mois à les parcourir de long en large à la recherche de ce passé perdu de la ville, qui est loin d’avoir disparu. Il est présent à chaque coin de rue. Grâce à ma chère amie Maral Aktokmakian, des superbes éditions arméniennes Aras d’Istanbul, et à son mari, Arto Erdogan, j’ai été présenté à Taniel Akhbareeg, qui est joueur d’oud dans un groupe magnifique, Knar. Taniel Akhbareeg est de Tigranakert. Il interprète le solo de Sari Siroun Yar [La jeune mariée de la montagne], qui clôt le film. Je suis reconnaissant envers Maral, Arto et Taniel pour leur affection et leur soutien durant la réalisation de ce film. Ce film et mon vécu à Istanbul n’auraient pas été les mêmes sans eux.- Artsvi Bakhchinyan : Et quand pourrons-nous voir ton film en Arménie ?- Eric Nazarian : J’espère que nous le projetterons cette année lors de ce superbe festival international du film de l’Abricot d’Or. ___________
Source : http://www.armenianweekly.com/2011/11/03/armenian-filmmaker/Traduction : © Georges Festa – 11.2011.Avec l’aimable autorisation de Khatchig Mouradian, rédacteur en chef de The Armenian Weekly.
© Anhinga Press, 2011Vocht ev Garod / Plainte et nostalgie : le Livre des Lamentations de Lori Bédikianpar Tamar Boyadjianwww.criticsforum.org « … rien de ce qui s’écoule ne peut rester semblable. »Tandis que je songe à ce vers final du poème de Lori Bédikian, « The Book of Lamenting » [Le Livre des Lamentations] – qui porte le même titre que son premier recueil de poèmes, lauréat du prix de poésie 2011 Philip Levine, à paraître aux éditions Anhinga, le 30 octobre 2011 -, je pense à la grande diversité qui fait de son recueil de poèmes une Oghb, une lamentation élégiaque sur la vie, la famille et le pays d’attache.Pour chacun d’entre nous, ces termes peuvent signifier des choses bien différentes. En tant qu’Arméniens, elles peuvent parfois signifier apparemment la même chose. La poésie de Bédikian nous rappelle le rapport très compliqué qu’entretiennent ces catégories et les modalités par lesquelles, en tant qu’immigrés et êtres humains, nous avons constamment affaire à des formes variées de perte et de changement.Dans des poèmes tels que « Levon », « Letter from Beirut » [Lettre de Beyrouth], « Night in Lebanon » [Nuit au Liban] et « Prayer for my Immigrant Relatives » [Prière pour mes frères immigrés], la narratrice aborde les rudes réalités de la vie en temps de guerre : « For years we have known / the language of bombs » [Des années durant nous avons connu / le langage des bombes], dit le poème « Letter from Beirut », ) adressé au personnage titre, « Cousin » (vers 6-7). Via plusieurs juxtapositions – calme et chaos, lumière et obscurité, immobilité et mouvement – et de multiples enjambements au sein de la versification, des poèmes de ce genre se font les rappels de moments instables et inquiétants du passé et de la difficulté à qualifier un lieu de foyer : « When peoples’ words resemble the buzz / of beehives, help them to hear the music / of home..." [ Lorsque les paroles des gens sont semblables au bourdonnement / des ruches, aide-les à entendre la musique / du foyer…] (« Prayer for my Immigrants Relatives », vers 6-7). Mais qu’en est-il exactement du lieu que la narratrice nomme « foyer » ? De Beyrouth en Arménie, puis aux Etats-Unis, nombre de ces récits sincères et personnels nous font partager des moments de découverte de soi, où nous observons les tentatives de la narratrice pour se réconcilier avec son lieu d’attache au plan historique, géographique et temporel : « The year 1997 rose like a spiral staircase / into a ceiling of darkness » [L’année 1997 s’éleva tel un escalier en spirale / vers un plafond de ténèbres] (« Crossing Out the Date » [Biffures], vers 1-2). Le périple de la narratrice nous fait partager un voyage à travers l’espace, le temps et les lieux, relatant à nouveau des souvenirs profondément enfouis, où famille, histoire et culture interagissent. Chaque poème communique des exemples dans le temps où ces mêmes moments sont vécus, questionnés et minutieusement étudiés.Dans des poèmes comme « The Fisherman » [Le Pêcheur], « Father Picking Grapes, Armenia, 1997 »[Père cueillant des raisins, Arménie, 1997], « Washing of the Feet, Lake Sevan, 1997 » [Lavement des pieds, Lac Sevan, 1997] et « On the way to Oshagan » [A la rencontre d’Ochagan], l’expérience de la narratrice évoque les thèmes de la patrie perdue, remémorée ou imaginée. Obscurité et ambiguïté dominent ces descriptions poétiques de la terre et du pays d’attache, émaillées d’un dialogue intérieur où la nostalgie rencontre le réel, comme dans le poème « On the way to Oshagan » :« … After allhaving my ancestral name, firm family tree, the languageironed to my tongue since the day I was bornhow could I be just another Amerigatzi ? I saythis to myself, though I’m the one with the walkingshoes, the camera, the plaid-patterned pants. » (vers 24-28)[… Après toutavec le nom de mes ancêtres, un solide arbre généalogique, un idiomearrimés à ma langue depuis le jour de ma naissancecomment pourrais-je n’être qu’une simple Amérigatsi ? me dis-jeà moi-même, même si je porte chaussuresde marche, caméra, pantalon aux motifs écossais.]A travers les poèmes, les instants familiers se heurtent à des expériences imprévues. Les assurances de la narratrice quant à des événements difficiles se teintent de doute et de désespoir, comme dans le poème « At my Mother’s Dresser » [Chez le couturier de ma mère] :« As she whirls lipstick towards her mouth,one hand smoothes the color on,as the other dabs the cryingthat’s begun. She does this without a changeof face. She does this as if it’s partof dressing, of carrying on. » (vers 40-46)[Tandis qu’elle agite son rouge à lèvres vers sa bouche,une main lisse la couleur en surface,pendant que l’autre colmate une larmenaissante. Elle fait cela sans que meuveson visage. Elle le fait comme si cela faisait partiede l’habillement, de la vie qui continue.]Ces souvenirs d’enfance et de relations familiales et amicales ont une résonance personnelle pour nombre d’immigrés, rarement déplacés par choix, souvent par les circonstances. Ces récits fonctionnent aussi de façon métonymique – ils sont là comme les symboles d’un héritage arménien, dont la parole porte en son sein la gloire, ainsi que la désespérance de son propre passé : « On the back of every tongue in my family, / there is a dove that lives and dies… and it will chirp the ugliness or the pitted / truth, of how we choke on what we hide » [Derrière chaque langue dans ma famille, / il y a une colombe qui vit et meurt… alors elle gazouillera la laideur ou la vérité / trouée, comment nous étouffons ce que nous cachons.] (« Beyond the Mouth » [Par delà la bouche] (vers 1-2).Les tensions personnelles et culturelles inhérentes aux poèmes de Bédikian vont aussi de pair avec plusieurs sortes de progressions – développement, maturité, éveil – inhibées par les ombres de l’histoire familiale et culturelle, comme le montre le poème « Levon » :« … I don’t even think of poetry.Instead I wonder where the ghosts are now,If the scent is stronger at dawn or dusk,If the know how far we’ve come,If they can hear the rumbling of our wheels. » (vers 26-30)[… Je suis loin de songer à de la poésie.Je me demande plutôt où sont les ombres maintenant,Si leur odeur est plus forte au lever ou au coucher du soleil,Si elles savent jusqu’où nous sommes allés,Si elles peuvent entendre le roulement de nos roues.]Dans The Book of Lamenting, la mélancolie est le résidu de la tension inhérente entre un passé triste et un avenir incertain, portant en elle une angoisse implicite, que suggèrent ses vers conclusifs : « … nothing that runs can stay the same. »Pour la narratrice, ces expériences difficiles aboutissent à des moments de réconciliation et de bilan, puissamment recréés et questionnés dans le bref espace de quelques vers. Comme le vingt et unième vers du poème « The Book of Lamenting » l’énonce, « This is where I am when the world has closed its ears. » [Voilà où j’en suis tandis le monde reste sourd.] Pour Bédikian, cet instant résume le fait et le réconfort d’écrire de la poésie, la reconnaissance silencieuse que le monde peut bannir ses récits et pourtant les entendre haut et fort. [Tamar Boyadjian est post-doctorante à l’université de Californie, Los Angeles (UCLA), où elle a récemment soutenu sa thèse de doctorat en littérature comparée. Il est possible de contacter les contributeurs de Critics’ Forum sur comments@criticsforum.org. Tous les articles publiés dans cette collection sont accessibles en ligne sur www.criticsforum.org. Pour s’abonner à une version électronique de nouveaux articles, aller sur www.criticsforum.org/join. Critics’ Forum est un collectif créé afin de débattre de questions liées à l’art et à la culture arménienne en diaspora.] Lory Bedikian. The Book of Lamenting. Anhinga Press, 2011, 88 p. – ISBN-13 : 978-1934695265___________
Source : http://www.criticsforum.org/pdf/1320683326.pdfTraduction : © Georges Festa – 11.2011.Avec l’aimable autorisation de Lory Bédikian et d’Hovig Tchalian, rédacteur en chef de Critics’ Forum.
© Kaia Kiik, Men’s world, détail, technique mixte sur toile, 2011http://www.kaiakiik.com Lorsque le mur se fait toile. Mis à nu. Convoquer tous les éléments. De sel et de feu. De ciel et de sable. Epousailles de ciment et de cendres. Grammaire subtile, où s’entrelacent fleurs séchées, épices. Poudre de lait. Minéraux broyés. Résine. Lessive. De ce chaos des jours et de labeur. Phrases totalisantes. Car je me fondrai en eux. Volumes et destructions. Lèpre ou écume. Ce pourrait être la page ultime ou première. Panoramiques. Lorsque la partition s’emballe, mue. Se couler dans l'instant. Obscénités, silences. Les immersions d’Orphée. L’impossible toucher. Si proche. Lorsque se dérobent les formes, les signes. Rien ne sera oublié. Ce qui nous compose, nous décompose. Face au vrai mur. Villes ou montagnes. Fracas, salissures. Les multiples strates. Invisibles, superposées. Trop visibles, qui se jouent de nos codes. Avancées neigeuses. La fresque stoppée net. Sauver ce qui peut l’être. Les dispersions. La perte. L’oubli, le souvenir précis. Tu jouais de cette ambre. Les portes azur. Lorsque nous gagnions les profondeurs. Noires, sans limites. Se lover dans les creux. Les cicatrices. Tenter un plan. Organiser ce qui disparut. Disparaîtra. Fouiller comme l’on fouille des détritus. Un tertre. Et si ces notes de hasard n’étaient que jeu ? S’en remettre à l’instinct, aux contrastes improbables. La matière se fait dense, étoilée. Les strates prometteuses. Retrouver le fil. Comme l’on devine les détours. Il fallait cet écrasement. Chairs repoussées. Dessins d’enfance. Ou graffitis de prisonniers. Condamnés à vivre. Voies lactées, érosions mates. Ici et là en genèse. Eblouissements sombres. Ce que l’incendie épargne. Les orages répétés, inexorables. La main lutte, prolonge. Les mémoires dispersés. Chaque page, quelque ligne manquante. La trame rompue. Logique du lambeau. Puzzle spectral. Nos saints suaires. Egarés, enchâssés. Vestiges de conquêtes ou de visages. Si près de jaillir. Car les formes t’échapperont. Théâtre d’ombres. Instants du songe. Ou de plénitude. Mirages informulés. Les incantations. Noces angéliques de mers et moisissures. Puisque tout n’est que dévoration. Superposition. Entre-deux. Lever le voile. Juste un instant. Traverser la faille. Mur monde. Gnose.© georges festa – 11.2011Avec l’aimable autorisation de Kaia Kiik.
© Cercle d’Ecrits Caucasiens, 2002 – Vintage, 2009La mémoire de Monseigneur Balakian saluée par son descendant en FranceThe Armenian Mirror-Spectator, 12.11.2011 [Ce qui suit est le discours que l’écrivain Peter Balakian a prononcé au Centre National du Livre, au début de cet automne, sur son ouvrage, Armenian Golgotha, les mémoires de son grand-oncle, Monseigneur Grigoris Balakian.]MARSEILLE, France – J’aimerais tout d’abord exprimer ma vive gratitude au Centre National du Livre pour avoir rendu possible ce festival des écrivains arméniens, une semaine durant. Il s’agit là d’une contribution remarquable dans le cadre de l’engagement du gouvernement français à l’égard de la culture et de la vie intellectuelle (je souhaiterais que nous disposions d’une telle institution aux Etats-Unis), qui affirme l’importance du livre en tant que savoir et artefact, mais aussi acte d’imagination et d’étude, et qui célèbre le livre comme un véhicule essentiel pour rassembler peuples et cultures à travers le monde.Pour ce festival que vous avez intitulé si justement Arménie-Arménies, je vous suis reconnaissant d’avoir réuni la culture complexe de la diaspora arménienne sous sa forme actuelle, celle du 21ème siècle. Et je suis reconnaissant envers la France pour valoriser la parole des intellectuels arméniens et la richesse de l’histoire et de la culture arméniennes, ainsi que la richesse de cette histoire entre l’Arménie et la France. Je me réjouis d’être entouré d’autant d’écrivains arméniens venus de République d’Arménie et du monde entier, tandis que nous voyageons ensemble toute une semaine par train dans plusieurs villes, pour finir à Paris ce week-end.Je voudrais remercier les communautés arméniennes de Marseille pour leur hospitalité, et la cathédrale Saints Sahag et Mesrop pour m’avoir accueilli, ainsi que le Père Dertad de l’église Saint-Thaddée pour m’avoir conduit, avec ma femme Helen, mon frère Jim et ma tante Lucille auprès de la tombe de Monseigneur Balakian au cimetière Saint-Pierre, sans oublier Sahag et Mikaël Karalékian, de l’UGAB, pour leur hospitalité.Le fait de me trouver ici avec vous ce soir revêt pour moi une profonde signification personnelle. En me rendant à Marseille pour ces festivités culturelles arméniennes et pour l’édition française, parue récemment, de mes Mémoires, Le Chien noir du destin [Black Dog of Fate] (1), j’entreprends aussi un pèlerinage personnel et familial, là où vécut et travailla mon grand-oncle, Monseigneur Grigoris Balakian – lors de la phase finale de sa carrière comme figure internationale au sein du clergé arménien durant la première partie du 20ème siècle, et comme écrivain et personnalité culturelle arménienne de premier plan.Sous la direction de Monseigneur Balakian, toute l’assise culturelle de cette région méridionale de la France fut planifiée et bâtie durant ces années difficiles qui suivirent le génocide arménien, dans les années 1920 et 1930. A partir des ruines d’une Arménie historique perdue, Monseigneur Balakian eut comme vision centrale la reconstruction de la culture arménienne, là où il fut nommé en qualité de prélat à la fin des années 1920. Cette passion pour rebâtir l’Arménie s’exprime à plusieurs reprises dans ses Mémoires Le Golgotha arménien – même durant les marches de mort, l’idée d’une Arménie émergeant des cendres, « tel un phénix », écrit-il, le maintint en vie, en dépit du désespoir et de l’angoisse.Il y a vingt ans environ, mon ami, le chercheur et éditeur au long cours du magazine Ararat, Léo Hamalian, m’envoya un article d’un magazine français sur un rassemblement qu’organisa votre communauté en l’église Saints Sahag et Mesrop en l’honneur de Monseigneur Balakian. Et j’aimerais citer un court extrait du discours prononcé ce jour-là par M.J. Tchamanadjian, parce qu’en lisant ses mots, il y a plus de vingt ans, je fus étreint par l’émotion et encouragé à agir. En lisant cet article, je réalisai davantage à quel point mon grand-oncle fut important pour la culture arménienne d’avant et d’après le génocide, et je découvris pour la première fois ses Mémoires monumentaux, Le Golgotha arménien, que j’ai commandé immédiatement et que j’ai commencé à traduire, avec divers collaborateurs, puis finalement avec l’aide de ce traducteur hors pair qu’est Aris Sevag. Notre traduction en collaboration du Golgotha arménien fut publiée en 2009 – par un grand éditeur aux Etats-Unis – et a fait l’objet de recensions importantes aux Etats-Unis et à travers le monde, dont Jérusalem, Montréal, Londres et Toronto. Voici les paroles que prononça M. Tchamanadjian, ce jour-là, à Marseille :« Un demi-siècle s’est écoulé ici depuis que cet Arménien d’exception est mort à Marseille, et nous voici aujourd’hui rassemblés ici devant ce sépulcre, afin de lui rendre hommage. Cet Arménien avait pour nom Monseigneur Balakian. Mais qui se souvient encore de Monseigneur Balakian ? Très peu d’entre nous, à n’en pas douter, car même la croix de pierre qui s’élevait sur sa tombe gît à terre. Cette croix qui symbolise cependant notre identité nationale. Monseigneur Balakian fut, durant les années 1930, l’évêque des Arméniens du sud de la France, autant dire à une époque où la nation arménienne était encore sous le choc du premier génocide du 20ème siècle et de la grande diaspora qui s’ensuivit. Homme de conviction, animé sans aucun doute par l’esprit de Dieu, il refusa obstinément toute soumission, tout abandon, et c’est précisément ce qui explique les déplorables vicissitudes que connut sa mission. Il était à l’image même de l’obsidienne du Mont Ararat. Il apporta l’espoir à tous ceux qui étaient emplis de désespoir, montrant à travers ses actions qu’aux âmes bien nées le mot impossible n’est pas un mot arménien. Tel fut le cas, car bien que plus démuni que quiconque, il réussit l’incroyable entreprise de bâtir dans la seule région de Marseille six églises, dont la cathédrale Saint-Mesrop. Nul plus que cet homme ne mérite le titre de Grégoire le Bâtisseur.Or Monseigneur Balakian ne fut pas seulement celui grâce à qui les Arméniens purent recouvrer leur courage et devenir à nouveau eux-mêmes ; il fut aussi un témoin, au sens le plus noble et chrétien du mot. De fait, il fut l’un des très rares survivants parmi les 250 martyrs arrêtés le 24 avril 1915 à Constantinople. Voilà pourquoi la flamme de la mémoire que nous venons d’allumer tous ensemble doit être transmise à nos concitoyens de Marseille, durant les années à venir.Monseigneur Balakian, reposez en paix ; ceux que vous avez tant aimés ne vous oublieront jamais. »Mon grand-oncle fut retrouvé mort, seul chez lui, à l’âge de 56 ans, apparemment décédé d’une crise cardiaque, sans le sou, ayant quitté l’église peu avant sa mort, du fait de querelles intestines d’ordre communautaire. Il semble s’être dépensé sans compter. Comment un seul évêque put-il planifier et surveiller la construction de huit églises (y compris à Nice) en cinq ou six ans ? Sa passion pour rebâtir l’Arménie semble avoir déterminé sa ferveur ; peut-être ses idéaux étaient-ils impossibles à réaliser et sa vision inaccessible, mais son intelligence, son talent et sa volonté de fer eurent pour résultat une nouvelle province arménienne ici, au sud de la France. Je vois plus clairement en lui maintenant un survivant profondément traumatisé par le génocide, lequel voua son existence à ce que le psycho-historien Robert Jay Lifton nomme une « mission de survivant », laquelle se définit par la nécessité du survivant de transformer chagrin et traumatisme en une mission existentielle centrée sur un service éthique ouvert au monde.Dans mes Mémoires, je consacre un chapitre à ma découverte de Monseigneur Balakian et comment cet article d’un magazine français sur la cérémonie que vous avez organisée ici en 1990 approfondit ma compréhension de ma famille et du vécu du génocide arménien.Si j’avais plus de temps, j’évoquerais ce chapitre, mais je préfère vouer le temps qui me reste à dire quelques mots au sujet des Mémoires de Monseigneur Balakian, que j’ai découverts pour la première fois à travers le discours de M. Tchamanadjian en 1990. A mes yeux, Le Golgotha arménien demeure les mémoires les plus exhaustifs, nuancés et complexes d’un survivant du génocide arménien. Lorsque l’ouvrage est paru, un critique littéraire américain, Adam Kirch, l’a qualifié dans sa recension d’ « équivalent arménien aux témoignages de survivants de la Shoah, tels que Primo Levi et Elie Wiesel. » J’espère que vous en France et les Arméniens à travers le monde, vous continuerez à le lire avec attention et à vous assurer qu’il trouve sa voie dans la culture dominante et les programmes d’enseignement, où que vous viviez. NdT1. Peter Balakian, Le chien noir du destin, traduit de l’américain par Georges Festa, Genève : MētisPresses, 2011, 416 p. – ISBN-13 : 978-2940406395___________
Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/121110.pdfTraduction : © Georges Festa – 11.2011.
Nisa Chevènement, L’arbre© www.nisa-art.net De toutes tes forcesPrêt à rompreJusqu'aux étoilesVies germinantesS’élancer fouillerLorsque l’histoireSe tordOcres et jadesLes cavaliersD’apocalypseTu t’élancesA nouveauVersions de l’archeOù s’agrègentBrisures signesNos masquesFoisonnantsQui arrachentA la terreLeurs racinesLorsque les languesS’étreignentVivants et mortsMoissonnentCaps d’espérance© georges festa – 11.2011
Avec l'aimable autorisation de Nisa Chevènement.
© Knopf, 2011The Beauty and the Sorrow [La Beauté et le Chagrin] : une histoire intime de la Première Guerre mondialepar Christopher SilvesterDaily Express, 04.11.2011 Parmi les nombreux livres sur la Première Guerre mondiale, l’originalité de celui-ci est des plus frappante. L’historien suédois Peter Englund a pris un groupe de vingt individualités, originaires de plusieurs pays, « tous au bas de la hiérarchie », et suivi le déroulement de leur vécu.La plupart sont à peine âgés de vingt ans, bien que figure une Allemande, âgée de 12 ans lors du déclenchement de la guerre. Structuré à la manière d’un journal, tout en voletant d’un personnage à l’autre, il est écrit dans un présent fait de tension, qui plonge les lecteurs plus avant dans leurs existences.Englund extrait des citations de leurs journaux, lettres et mémoires, tout en paraphrasant des matériaux repris de ces sources, ce qui lui permet de présenter ses réflexions personnelles.Tandis qu’un de ses personnages est stationné dans la ville arménienne de Van, une province au nord-est de l’empire ottoman, Englund note : « La guerre fournit des prétextes, créant des rumeurs, amputant la diffusion des informations, simplifiant les processus de pensée et normalisant la violence. » L’histoire « la plus tortueuse » est celle de Rafaël de Nogales, un Vénézuélien exilé qui s’embarque d’Amérique vers l’Europe en quête d’aventure.Il se porte volontaire pour l’armée belge par sympathie pour la cause de la Belgique, mais se voit refoulé.Il se tourne alors vers les armées française, monténégrine, serbe et russe, qui le repoussent toutes, si bien qu’il rejoint l’armée turque et se retrouve combattant Russes et Arméniens sur le front du Caucase, Anglais en Mésopotamie et à nouveau les Anglais à Gaza et à Jérusalem.Nous découvrons la vie à Paris à travers le regard de Michel Corday, un fonctionnaire français, trop âgé pour être mobilisé, témoin des débauches de la soldatesque chez Maxim’s.Les prostituées parisiennes, relève Englund, affectées de maladies vénériennes, ont parfois des revenus plus élevés que leurs consoeurs en bonne santé, grâce à des clients espérant ainsi contracter une infection pour éviter d’être envoyé au front. Englund nous conduit aussi vers de lointains théâtres, telle que l’Afrique est-allemande, où une opération d’encerclement par les Britanniques, les Belges et les Portugais, visant des forces allemandes en déploiement rapide, échoue, car 5000 de leurs 7000 porteurs sont victimes des mouches tsé-tsé.Quasiment chaque page de l’ouvrage d’Englund est nouvelle et révélatrice. Un avion britannique est abattu au-dessus de Gaza. Lorsque de Nogalès découvre le cadavre du pilote, celui-ci a été dénudé et ses pieds découpés par les pillards qui n’ont pas pris la peine de délacer ses chaussures.La sélection des témoignages par Englund est originale et captivante, tel cet officier de la cavalerie hongroise, cette infirmière britannique servant dans l’armée russe, cette Australienne chauffeur dans l’armée serbe ou ce pilote belge.L’effet d’ensemble de leurs récits souvent singuliers est percutant et irrésistible. Posté sur une hauteur, le soldat italien Paolo Monelli observe le cadavre d’un officier médecin autrichien en décomposition, dans une crevasse toute proche, durant plusieurs jours et s’adresse à lui dans son journal : « Tu continueras d’exister un peu comme matricule durant l’appel du sergent, un sujet pathétique pour des discours de commémoration, mais toi, mon gars, tu n’existes pas et c’est comme si tu n’avais jamais existé. On les appelle les morts, mais ce qui gît là-bas n’est plus que du carbone et du sulfure d’hydrogène, recouverts de lambeaux d’uniforme. »Peter Englund, The Beauty and the Sorrow : An Intimate History of the First World War, traduit du suédois en anglais par Peter Graves, Knopf, 2011, 560 p. – ISBN-13 : 978-0307593863[Historien, Peter Englund est Secrétaire perpétuel de l'Académie Suédoise.]____________
Source : http://www.express.co.uk/posts/view/281687/Book-review-The-Beauty-And-The-Sorrow-An-Intimate-History-of-the-First-World-War-Traduction : © Georges Festa – 11.2012.

Darrell DelamaideThe Grand MirageBarnaby Wood Books, 2011par Norm Goldmanwww.examiner.com
Recréer l’histoire sous la forme d’une fiction a toujours piqué ma curiosité car cela m’oblige à me tourner vers le passé afin de comprendre pleinement l’objet du récit. C’est le cas avec The Grand Mirage de Darrell Delamaide, où je repars, à travers un périple éclatant et imagé, dans l’empire ottoman au début du 20ème siècle et la construction du chemin de fer de Bagdad – un grand projet et l’entreprise de deux empires, l’allemand et l’ottoman.L’importance de ce chemin de fer pour l’Allemagne ne saurait être sous-estimée, car il permettra les transports à travers la Turquie, la Syrie et l’Irak actuels jusqu’à Bagdad, puis vers Bassorah. Ayant directement accès au Golfe Persique, Bassorah représentait une menace sérieuse pour l’Angleterre, le Golfe donnant directement sur la Mer d’Arabie, voie navigable vers les côtes de l’Inde et le joyau de la Couronne impériale britannique. De fait, ce chemin de fer fut à la source de litiges internationaux avant la Première Guerre mondiale, d’aucuns soutenant même qu’il fut l’une des causes majeures du conflit.En outre, à cette époque, il y eut beaucoup de bouleversements dans ces parages, où coexistaient des groupes divers, partisans d’une réforme de l’administration de l’empire ottoman. Cette formation s’appelait les Jeunes-Turcs et leur mouvement s’opposait au sultan ottoman, plaidant pour la réintroduction d’une monarchie absolue et désireux de ressusciter l’empire ottoman. En 1908, ils instaurèrent une seconde ère constitutionnelle, qui devint la révolution des Jeunes-Turcs, tout en gardant le sultan comme prête-nom. Les Jeunes-Turcs prirent le contrôle du gouvernement via le Comité Union et Progrès. Parallèlement, une animosité se manifesta à l’égard des minorités ethniques tels les Arméniens, qui étaient chrétiens, et les Kurdes, qui étaient musulmans, ces derniers ayant massacré 300 000 Arméniens en 1894.Orchestrant avec clairvoyance tout cet arrière-plan que nous venons de rappeler, Delamaide développe son récit autour des agissements de son principal protagoniste, Richard Leighton, 9ème baron Leighton et orientaliste. Edward Grey, Secrétaire au Foreign Office, recrute Leighton en qualité d’espion afin de surveiller la construction du chemin de fer du Bagdad.Leighton n’apprécie guère ce rôle, qui lui semble mensonger et à certains égards lâche. Néanmoins, son loyalisme vis-à-vis de la Grande-Bretagne l’emporte, quelque pusillanime qu’il puisse se montrer au début, en particulier lorsqu’il songe au danger, pour le cas où le Kaiser parviendrait à réaliser son chemin de fer Berlin-Bagdad. Le résultat pourrait être désastreux pour la Grande-Bretagne, car l’Allemagne deviendrait des plus agressive en Europe et mènerait peut-être à la guerre. Pour ne pas jouer les trouble-fête, les Allemands vendent le projet en soulignant l’avantage du rail pour le commerce, plutôt que la possibilité de s’en servir comme moyen de transport de troupes vers le champ de bataille.Leighton accepte d’intégrer une caravane en partance pour Bagdad et d’agir en tant qu’éclaireur britannique, sous couvert de travailler à des traductions du Coran.Tout cela semble innocent à souhait et dépourvu de tout danger véritable. Néanmoins, à mesure que l’histoire se déroule, Leighton découvre que les Allemands ne sont pas vraiment abusés par ses indiscrétions et feront tout, y compris l’assassiner, pour l’empêcher de mettre à jour leurs projets.Le rejoignent dans la caravane son fidèle domestique, ainsi qu’un ingénieur américain, missionné par les Etats-Unis, qui fut un temps membre des Rough Riders de Teddy Roosevelt (1).Delamaide se jette à corps perdu dans cette saga, faite d’espionnage, d’agents doubles, d’une diplomatie fourbe et de magouilles de la part de la Deutsche Bank, principal soutien financier des Allemands, mais aussi d’un massacre inexpliqué d’ouvriers du chemin de fer et d’intrigues internationales. Sans oublier une histoire d’amour impliquant l’ex-petite amie arménienne de Leighton, Elena – sur qui nous n’en savons guère jusqu’aux derniers chapitres où elle joue un rôle important.Bien que le rythme du récit me semble parfois un tantinet ralenti, en particulier dans les premiers chapitres, je ne peux que recommander cette œuvre remarquable de Delamaide, en ce qu’il parvient à rassembler avec intelligence réalités et fiction pour atteindre à un réalisme qui rend le contexte historique aussi chaotique, et dangereux, que tout ce qui peut advenir aujourd’hui au Moyen-Orient. Il s’agit là d’un roman qui eût pu aisément échapper à tout contrôle. Or, grâce à une narration maîtrisée et une évocation talentueuse de l’époque et des lieux, ce récit retiendra votre imagination, bien après l’avoir quitté.[Journaliste chevronné, Darrell Delamaide a parcouru les cinq continents. Il est aussi l’auteur de The New Superregions of Europe, Gold et Debt Shock.]NdT1. Allusion au conflit hispano-américain de 1898, où s’illustra le 1er régiment volontaire de cavalerie - http://fr.wikipedia.org/wiki/Rough_Riders____________
Source : http://www.examiner.com/books-in-montreal/review-the-grand-mirage-review-1Article paru le 08.11.2011.Traduction : © Georges Festa – 11.2011.
Nisa Chevènement, Chaos© http://www.nisa-art.net/ ProjetésEn tous sensL’éventail rompuVictorieuxDéfaitsC’est alorsSans cesseRessurgitLe fleuveRadieux calcinéNe plus compterLes mille filsLorsque la terreVomit érupteDiadèmes charnelsAu loinNos précipicesDe la raison RenversementsDe cette glaiseJe ferai une cimeVenusDe si loinNul ne sauraJamaisChiffres des corpsLa geste héroïqueMêlantDisparitions appelsTelle une vagueIrrépressible© georges festa – 11.2011Avec l'aimable autorisation de Nisa Chevènement.
Edmond Kéossaïan [Keosayan], Mkhitar Sparapet / Star of Hope, film, 1978© http://haykmedia.comLéo
Le Capital khodja : rôle social et politique du capital marchand chez les Arméniens
Erevan (Arménie), 1934, 373 p. (en arménien)par Eddie ArnavoudianGroong, 09.07.2007 Deuxième partie : Les seigneurs indépendants du Karabagh et les guerres de 1722-1728Une part substantielle de cet ouvrage est consacrée au soulèvement arménien, au début du 18ème siècle, en Arménie Orientale, conduit avec superbe au Karabagh par David Bek. Dans son analyse, Léo reprend comme argumentation certains des préjugés staliniens les plus risibles des années 1930. Le soulèvement est ravalé au rang de simple querelle ethnique provinciale, tandis que David Bek est présenté comme un épurateur ethnique, parmi d’autres, Arméniens et non Arméniens (p. 307-308), agissant sur l’ordre de puissances étrangères. Or les faits énoncés par Léo témoignent une fois encore contre lui. La révolte de 1722-1728 fut un moment critique, quoique éphémère, dans le renouveau d’une politique arménienne indépendante au sein d’une région, où une élite arménienne autochtone avait maintenu un certain niveau d’indépendance, quand cette dernière avait disparu partout ailleurs en Arménie.Sur une brève période, durant le premier quart du 18ème siècle, les forces militaires et politiques arméniennes émergèrent pour jouer un rôle dirigeant dans les régions du Karabagh et d’Erevan. La désintégration et le recul de l’empire persan à la fin du 17ème siècle et au début du 18ème siècle laissèrent le Caucase ouvert à la conquête pour ses voisins, les empires ottoman et russe. Or l’emprise déclinante de l’ancien pouvoir, parallèlement à la lutte encore incertaine entre les nouveaux empires rivaux, libéra un espace dans lequel les seigneurs arméniens du Karabagh, alliés aux chefs de l’Eglise et aux marchands locaux, livrèrent un combat afin de faire progresser leurs intérêts, plutôt que ceux des puissances étrangères.Le fait que ce mouvement échoua allait s’avérer une sorte de débâcle pour l’avenir du peuple arménien. La défaite de la dernière force politico-militaire autochtone en Arménie ouvrit la voie à un contrôle total de la politique arménienne, passant alors à une alliance des élites de la diaspora et une partie de l’Eglise (p. 121), dont la stratégie d’appui sur le pouvoir étranger devait laisser derrière elle un territoire dévasté.I. Les seigneurs indépendants du Karabagh Du fait, en partie, de ces imposantes barrières naturelles qui l’isolent des régions environnantes, la région du Karabagh (y compris des territoires de l’Aghvank et du Syunik proprement dits) (1) avait conservé à travers les siècles son identité arménienne très marquée, ainsi qu’une relative indépendance politique. La région assimila sa physionomie arménienne entre le 1er siècle avant J.-C. et le 8ème siècle après J.-C., sans jamais intégrer totalement le courant dominant de la société et de la politique arméniennes. Durant le règne des monarques arméniens et, bien que de plus en plus faiblement, lors des invasions mongoles et tatares destructrices du 13ème au 16ème siècle, ses élites gardèrent une présence politique distincte, alors même que toutes les autres traces d’une noblesse séculière avaient disparu.Tandis que, dans les autres provinces, les principautés féodales arméniennes furent progressivement remplacées par leurs équivalents kurdes et turcs, et que l’homogénéité territoriale, religieuse et nationale de l’Arménie fut sapée par l’implantation de populations non arméniennes et non chrétiennes, le Karabagh arménien survécut, bien que, selon Léo, sous une forme ressemblant à une régression vers une époque primitive antérieure. A sa tête se trouvaient les seigneurs arméniens, les méliks, du Karabagh. Comparés à l’aristocratie même mineure des empires ottoman, persan ou européens, ils étaient provinciaux, appauvris, incultes et plutôt grossiers, note Léo. Mais, au plan local, leur importance était considérable.Même si le Karabagh, à la fin du 17ème siècle, n’était guère plus qu’un avant-poste négligeable de l’empire persan, les méliks arméniens avaient rang de seigneurs feudataires et agissaient en tant qu’officiels politiques pour le compte de l’Etat dirigeant. Ils avaient le droit d’entretenir une armée et de collecter des impôts au nom de l’Etat, ainsi que d’administrer la justice et l’ordre dans la région. D’une importance secondaire au regard de l’Etat persan, ils formaient néanmoins une couche sociale puissante, leur statut suscitant dans l’imagerie populaire l’image d’une « classe de mangeurs ». Imaginaire populaire où l’on croyait qu’ils avaient hérité leur statut, droits et privilèges de l’ancien ordre féodal arménien. Une de leurs fonctions qui contribua peut-être à leur émergence en tant que force sociale et politique était leur responsabilité quant à l’organisation et la régulation du commerce – en leur nom et au nom de l’Etat.Le poids social et l’influence politique des méliks du Karabagh fluctua constamment, dépendant à la fois de la puissance du gouvernement central et de sa stratégie politique spécifique, qui soutenait parfois les privilèges des provinces afin d’obtenir leur loyauté ou les leur refusait en d’autres temps. A la fin du 17ème siècle et au début du 18ème, la situation amena les méliks du Karabagh à rechercher un niveau plus important d’influence et d’indépendance. Tant qu’ils furent, ainsi que les marchands et l’Eglise, leurs alliés, autorisés à prospérer, ils ne s’intéressèrent guère au combat politique et se contentèrent de leur statut au sein de l’espace persan. Mais la situation commença à changer, lorsque l’Etat impérial formula des exigences financières et économiques à des niveaux intolérables. Confrontés à un pouvoir persan à son crépuscule, de plus en plus avide, et encouragés par leurs contacts avec l’Europe et la Couronne de Russie en particulier, ils se mirent à caresser l’espoir d’une plus grande indépendance, tout en recherchant de nouvelles protections (p. 170-173).A la fin du 17ème siècle, les méliks du Karabagh devinrent un facteur politique et militaire important, lors de la première phase de la renaissance nationale arménienne. Les signes de cette reprise étaient d’ordre à la fois culturel et politique. L’aspect culturel se manifesta dans les différentes régions de l’Arménie, durant la période de relative (soulignons ce terme) stabilité dans la région au 16ème siècle (p. 147-151), suite aux longues périodes de dévastation dues aux guerres entre Ottomans et Persans. Le renouveau politique au sein de l’Arménie historique fut néanmoins propre au Karabagh et conditionné par l’existence des méliks qui, lors des guerres de 1722-1728 dans la région, devinrent des protagonistes clé, s’opposant avec succès au pouvoir persan et résistant à l’invasion ottomane.II. Le soulèvement arménien De 1722 à 1728, les forces armées arméniennes au Karabagh organisèrent une résistance autonome de grande ampleur, tout d’abord contre la domination persane, puis contre celle des Ottomans. Motivés par des nécessités d’autodéfense contre un brigandage croissant au sein d’un empire persan de plus en plus en proie aux désordres, ainsi que par la promesse d’une intervention et d’une aide tsariste imminente, les dirigeants arméniens et géorgiens commencèrent, dans les années 1720, à organiser leurs premières formations militaires relativement indépendantes et modernes. Léo décrit l’émergence de bataillons arméniens, découlant des exigences d’une alliance arméno-géorgienne lancée par le souverain géorgien, quasi nationaliste et anti-Persans, Vakhtang VI (2). Préparant une armée géorgienne afin d’aider une attaque tsariste espérée contre la Perse, ce souverain mobilisa aussi séparément des unités issues de la population arménienne nombreuse à Tbilissi, tout en exhortant les seigneurs arméniens du Karabagh à former les leurs.Ainsi apparurent deux célèbres campements militaires arméniens, baptisés le Grand Campement, installé dans le Mont Mrav, et le Petit Campement, au voisinage de Chouchi (p. 274, 277, 283-4). Dans ces régions montagneuses lourdement fortifiées, ces campements, parallèlement à d’autres forces militaires arméniennes, regroupèrent jusqu’à 40 000 soldats, composés en grande partie de paysans ordinaires, prêts à se battre contre un pillage insupportable de la part des autorités étatiques et provinciales persanes. Au départ atomisés, un grand nombre d’entre eux se soudèrent lors de ces guerres en une formidable unité de combat avec l’arrivée en 1722 du légendaire David Bek et d’une quarantaine d’autres officiers issus de l’armée géorgienne de Vakhtang VI.Bien que les deux dirigeants les plus marquants du Karabagh, David Bek et Mkhitar Sparapet, fussent des étrangers, les forces arméniennes et leurs chefs étaient enracinés localement et financés par les marchands basés à Erevan et par les riches Arméniens autochtones dans la région. Après avoir débarrassé la zone des agents du pouvoir persan, les chefs arméniens se lancèrent dans une résistance de cinq années contre les tentatives des Ottomans pour s’emparer du Caucase. En dépit d’une infériorité numérique et d’énormes handicaps logistiques, les Arméniens enregistrèrent des succès militaires qui, associés au nom de David Bek, ont accédé au rang de légende dans la tradition nationaliste arménienne et ont été durablement gravés dans l’imaginaire arménien grâce au roman de Raffi, David Bek (3). En 1724, il fallut plus de deux mois aux troupes ottomanes, estimées entre 30 et 40 000 hommes, pour soumettre les détachements arméniens qui défendaient Erevan. Lors de la bataille d’Halidzor en 1726-27, l’armée ottomane subit ses plus grandes pertes aux mains de David Bek, abandonnant 148 bannières et une énorme quantité de matériel militaire. Des victoires similaires furent enregistrées à Méghri et ailleurs. Dans ce chaos régional, le Karabagh, avec David Bek à sa tête, s’assura une indépendance de fait vis-à-vis de l’empire persan (p. 351), dont il avait délogé les représentants en 1722. Le pouvoir arménien acquit suffisamment d’importance aux yeux des officiels ottomans pour que ceux-ci proposassent des négociations séparées avec les dirigeants du Karabagh (p. 314).Fait le plus notable, au plan historique, cette résistance arménienne fut réalisée sans l’aide des Russes. David Bek combattit en toute indépendance. Il n’eut ni à supplier, ni à mendier. Ne s’appuyant sur d’autres forces que les siennes. Face à l’indifférence, au mieux, et au travail de sape, au pire, de l’empire tsariste, la puissance et les prouesses militaires arméniennes prouvaient, s’il en était besoin, le potentiel d’une force d’organisation autochtone, laquelle était plus qu’une simple machine aux ordres du pouvoir européen/tsariste.Les opportunités nées du conflit se heurtèrent néanmoins aux choix politiques stratégiques opérés par les chefs arméniens. Malgré leur indiscutable position de force, ils refusèrent de négocier directement avec l’Etat ottoman et prolongèrent au contraire ces guerres dans l’espoir que les Russes vinssent porter des coups tels à leurs ennemis ottomans qu’ils assurassent aux Arméniens un avantage plus décisif. Mais les forces russes n’eurent jamais l’intention de se présenter et ne le firent jamais. Pendant ce temps, la prolongation de la guerre, dans l’attente de l’arrivée d’une aide tsariste, s’avéra être la perte de la partie arménienne (p. 355-57). L’économie arménienne fut dévastée et l’armée affaiblie et démoralisée. Parallèlement aux divisions internes qui en résultèrent et qui s’aggravèrent rapidement, le décor était donc planté pour une défaite probable du mouvement arménien (p. 354-5), laquelle défaite devait conduire à la disparition finale des seigneurs arméniens du Karabagh, qui avaient remarquablement résisté, et au triomphe du postulat politique instauré par Israël Ori.III. Le pouvoir tsariste, la libération de l’Arménie et le soulèvement du Karabagh Via ses interventions dans le Caucase, l’Etat tsariste ne soutint pas un seul instant la lutte pour la libération de l’Arménie – que ce soit avant ou après les guerres des années 1720. Durant le premier quart du 18ème siècle, la Russie tsariste n’eut jamais pour intention de libérer l’Arménie ou la Géorgie, ni même d’aider les Arméniens ou les Géorgiens à se libérer par eux-mêmes. Tout au plus, la Couronne tsariste entendait substituer à l’occupation ottomane et persane une occupation russe. Pierre Ier le Grand promit volontiers une aide généreuse, mais à seule fin de convaincre Arméniens et Géorgiens de faire la guerre et, en affaiblissant ainsi le pouvoir ottoman, faciliter une future conquête russe du Caucase, anticipant le contrôle par la Russie d’importantes routes commerciales et sur une zone d’importance militaire stratégique. Jugeant la période opportune pour les ambitions russes et malgré la disparition d’Israël Ori en 1711, Pierre Ier le Grand envoya ses agents courtiser les populations chrétiennes autochtones de la région, établissant des liens avec Vakhtang VI et poursuivant de leurs assiduités l’indomptable chef de l’Eglise arménienne, Yessaia Hassan-Tchalalian. Afin de s’assurer la collaboration des Arméniens, les autorités tsaristes permirent l’institution de nouveaux archevêchés et évêchés de l’Eglise arménienne, accordant, non sans faux-fuyants, de nouveaux privilèges aux marchands arméniens (p. 272). Encouragés par les promesses russes, Vakhtang VI et les dirigeants arméniens ajustèrent leurs ambitions, afin de coïncider avec une invasion et une conquête de la région par la Russie.La Couronne tsariste ne leur rendit pas la pareille. S’emparant de postes de commerce décisifs sur les rives occidentales de la Mer Caspienne et désireuse d’éviter une guerre avec l’empire ottoman, son armée se retira, laissant Arméniens et Géorgiens s’opposer seuls au pouvoir ottoman. Tandis que la guerre faisait rage entre forces arméniennes et ottomanes, l’Etat tsariste fit tout son possible pour empêcher Arméniens et Géorgiens de parvenir à quelque accord d’indépendance avec les représentants du sultan. Dans de vastes régions, une population civile chrétienne innocente fut laissée à la merci des armées ottomanes et persanes qui, les jugeant coupables d’avoir « fait entrer les Russes », les massacrèrent par milliers.Les autorités tsaristes avaient d’autres desseins en tête que la libération du peuple arménien. Traitant ces derniers comme des pions dans une compétition démographique, politique et économique avec ses ennemis persans et ottomans, Pierre Ier le Grand projetait la déportation de l’ensemble des communautés arméniennes, ainsi que leur riche classe marchande (p. 310-311), hors de leurs terres d’origine afin de les réinstaller dans d’autres régions qu’il avait conquises le long de la Mer Caspienne. Ces populations étaient censées y former une base sociale pour le régime tsariste (p. 326, 330). A leur honte éternelle, des membres de l’Eglise arménienne se révélèrent les partisans les plus serviles et les plus enthousiastes de ces projets tsaristes de déportation, n’implorant que la protection des populations face aux attaques ottomanes ou persanes (p. 341).IV. Réflexion conclusive pour un prochain débat… Bien que le soulèvement arménien des années 1720 constitue un moment déterminant de l’histoire moderne de l’Arménie, il ne saurait être considéré comme un précurseur du mouvement révolutionnaire arménien ultérieur, au 19ème siècle. Le mouvement du Karabagh fut d’un ordre qualitativement différent de celui du mouvement nationaliste de la fin du 19ème siècle et du début du 20ème. De fait, le mouvement révolutionnaire arménien du 19ème et du début du 20ème siècle a plus à voir avec les mouvements anticolonialistes du 20ème siècle en Afrique, en Asie et en Amérique latine qu’avec le mouvement arménien précédent, dirigé par David Bek.Le mouvement du Karabagh fut une alliance de féodalités provinciales arméniennes, d’une partie de l’Eglise Arménienne orientale et de sections locales de marchands arméniens, qui saisirent l’occasion d’accroître leurs privilèges aux dépens des autres dans cette région. Ils avaient peu d’égards pour les besoins de la population ordinaire des différents groupes nationaux qui vivaient côte à côte. Néanmoins, même sous cette forme féodale, il s’agissait d’un soulèvement contre une domination étrangère qui fut soutenu par la masse de la paysannerie arménienne, laquelle souffrait terriblement entre les mains des chahs de Perse et des sultans ottomans, et de leurs affidés. Or, compte tenu de sa nature particulière et de la manière avec laquelle il fut battu et éliminé en tant que force dans la région, il ne parvint pas à se transformer en un mouvement national démocratique et moderne, susceptible de prendre en compte les réalités politiques, sociales, économiques et démographiques de la région.Même si la politique consistant à s’appuyer sur l’Etat tsariste joua un rôle, la défaite du Karabagh résulta en premier lieu du fait que son élite n’évolua pas vers une force de cohésion, capable d’élaborer son propre Etat politique. En Arménie orientale, l’élite arménienne demeura fondamentalement un conglomérat de féodalités disparates, provinciales et bornées, que David Bek rassembla, tant qu’il eut l’ascendant militaire et que la situation économique le permit. Mais cette même unité se désintégra rapidement face aux revers militaires et aux destructions économiques. Chaque féodalité, chaque faction repartit en quête d’arrangements fructueux pour elle-même avec quelque puissance étrangère, fût-ce au prix de trahir ses alliés arméniens antérieurs. La défaite des seigneurs arméniens du Karabagh en 1722-1728 mit un terme à toute perspective d’évolution vers une élite nationale unificatrice, pouvant jouer un rôle indépendant et décisif dans le futur mouvement national arménien. Découlant principalement du sous-développement de la nation arménienne, cette défaite découla en retour de la dispersion globale des élites arméniennes, contradiction structurelle qui, aujourd’hui encore, conditionne le développement, le sous-développement et les difficultés d’existence de la population arménienne en Arménie et même au-delà. ***
L’ouvrage de Léo aborde beaucoup d’autres sujets et, parmi des diatribes staliniennes parfois interminables et déplaisantes, figurent quelques observations perspicaces touchant à d’autres pans de l’histoire et de la politique arméniennes. L’une d’elles est digne d’être relevée ici.Léo ne néglige pas entièrement la classe marchande arménienne d’Istanbul. Cette classe, soutient-il, comparée au caractère cosmopolite et même internationaliste du capital khodja, était restreinte et limitée à l’empire ottoman. Intégrée dans l’appareil d’Etat et de gouvernement, elle exerçait un réel pouvoir, particulièrement en qualité d’usuriers intraitables. Tenant dans ses griffes nombre de féodaux arméniens, ainsi que maints officiels ottomans, gouverneurs de provinces, collecteurs d’impôts, généraux d’armée. Ces derniers répercutant naturellement les exigences de leurs usuriers sur leurs serfs et leurs populations imposables. Indirectement ou non, l’usurier arménien faisait ainsi office de pillard sans pitié auprès de toute une population, quelles que fussent la nationalité ou la religion. Léo laisse entendre, non sans vergogne, que c’est la classe des amiras et non l’Etat ottoman qui fut le véritable exploiteur du peuple arménien (p. 252).La classe des amiras n’était pas dénuée de concurrents. Intégrée dans un Etat ottoman déclinant et quasiment turcisée, elle suscita un mouvement d’opposition de la part des communautés arméniennes ottomanes, lequel évolua vers une force réformiste, séculière et constitutionnelle, non négligeable, qu’incarna notamment la figure d’Erémia Tchélébi. Issue des luttes internes de la communauté arménienne, cette opposition aux amiras fut, aux yeux de Léo, davantage porteuse de progrès que le capital khodja.Bien qu’il faille lire Léo à l’aide d’un marteau, si l’on veut se défaire du grotesque de son argumentation, cet ouvrage garde une très grande valeur et permettrait un débat bien plus vaste, que nous n’avons ni le temps, ni l’espace d’aborder ici. NdT1. Aghvank : toponyme arménien de l’ancienne Albanie (Azerbaïdjan actuel) ; Syunik : ancienne région historique de Siounie, marz le plus méridional de l’Arménie actuelle.2. Vakhtang VI de Karthli ou Hussain Qouli Khan (né le 15 septembre 1675, mort à Astrakhan le 26 mars 1737), membre de la famille des Bagrations, dirigea le Karthli comme régent de 1703 à 1711/1714, puis comme roi de 1719 à 1724 - http://fr.wikipedia.org/wiki/Vakhtang_VI_de_Karthli3. Œuvre de Raffi, publiée en 1882.[Diplômé d’histoire et de sciences politiques de Manchester (Angleterre), Eddie Arnavoudian anime la rubrique de littérature arménienne dans Groong. Ses études littéraires et politiques paraissent aussi dans Haratch ! (Paris), Naïri (Beyrouth) et Open Letter (Los Angeles).]___________
Source : http://groong.usc.edu/tcc/tcc-20070709.htmlTraduction : © Georges Festa – 11.2011.