mardi 31 janvier 2012

Etudes arméniennes - SOAS, Université de Londres / Armenian Studies - SOAS, University of London

© www.soas.ac.uk


Etudes arméniennes – Université de Londres, School of Oriental and African Studies (SOAS)

par Vazken Khatchig Davidian

Armenian Voice (Londres), n° 58, Winter 2011


Octobre 2010 a vu le premier anniversaire de la réintroduction des études arméniennes à la School of Oriental and African Studies (SOAS), à l’université de Londres. Financé par la Fondation Calouste Gulbenkian, ce programme suscite déjà un vif intérêt. Il propose des cours de culture et d’histoire arménienne, ainsi que de l’arménien occidental. Ce dernier constitue un développement particulièrement bienvenu, l’arménien occidental étant considéré comme une langue en péril par l’UNESCO.

Afin de marquer cet heureux événement, qui coïncide avec une célébration majeure dans le calendrier arménien – Tarkmantchats, la Fête des traducteurs, considérée plus largement comme une fête de la langue et de la littérature -, le docteur Krikor Moskofian, du programme d’études arméniennes à la SOAS, a organisé toute une série d’événements qui s’étendaient sur une période de trois week-ends.

Une conférence passionnante, par Ara Sarafian, directeur de l’Institut Komitas de Londres, inaugura le premier week-end. Sa communication s’intitulait : « Armenian Serfs [Khafirs] in the Sassoun Region of the Ottoman Empire : A Critical Interpretation Based on New Archival Evidence » [Les serfs arméniens [khafirs] dans la région de Sassoun sous l’empire ottoman : une approche critique fondée sur de nouvelles preuves d’archives]. L’exposé proposa une approche critique de la notion de servage dans la région de Mouch / Sassoun, d’après les rapports détaillés du Père Grigoris [Krikoris Vartabed], adressés au Patriarcat arménien de Constantinople en 1872. Le texte, ainsi que le débat qui s’ensuivit, présidé par le docteur Igor Dorfman-Lazarev, livra d’utiles aperçus sur le vécu de la vie paysanne arménienne en Arménie Occidentale historique.

Moment fort du week-end suivant, l’exposé-bilan du programme conduit par la SOAS à la Faculté des Langues et des Cultures, par son doyen, la professeure Anne Pauwels. Dans son intervention, « Keeping Alive in a Global Diaspora : Challenges and Initiatives for Armenian in the World » [Rester en vie dans une diaspora globalisée : défis et initiatives pour l’arménien à travers le monde], A. Pauwels évoqua les défis auxquels sont confrontées des langues telle que l’arménien, dans un monde où globalisation, déplacement et migration sont la norme. Elle souligna les importants défis linguistiques que rencontrent migrants, réfugiés et autres, non seulement en termes d’apprentissage de langues nouvelles, mais aussi de préservation de leur langue d’avant la migration. L’A. conclut en mettant en relief les stratégies et les initiatives susceptibles d’aider les communautés à maintenir en vie leurs langues et à les préserver ainsi dans un contexte transnational. Cet exposé très instructif fut agrémenté d’exemples repris des travaux de l’A. parmi les communautés de migrants en Australie. A quoi succéda un débat animé, présidé par le professeur Ian Brown, de la SOAS.

Ce second week-end accueillit aussi une communication, la seule en arménien, du docteur Zaven Yégavian, directeur du département d’études arméniennes à la Fondation Calouste Gulbenkian. Le docteur Yégavian présenta un panorama de l’enseignement arménien dans les écoles de la diaspora arménienne. Après un rappel de l’histoire du système éducatif arménien en diaspora, il souligna les difficultés et les défis que rencontrent ces institutions. La rencontre était présidée par le docteur Krikor Moskofian.

Le dernier week-end intégra deux événements très intéressants. Le premier fut une conférence prononcée par le docteur Tim Greenwood, assistant d’histoire médiévale à l’université de Saint-Andrews en Ecosse, sur « Three Late Antique Silver Crosses » [Trois croix d’argent de l’Antiquité tardive]. Cet exposé captivant présenta et analysa très en détail une croix en argent récemment découverte, qui porte une longue inscription en arménien. Cette croix fut analysée dans le cadre de deux autres objets en argent, de l’Antiquité tardive, originaires d’Asie Mineure, plus précisément deux autres croix en argent. Le docteur Greenwood évalua les apports potentiels de ces découvertes, eu égard à notre connaissance de l’histoire de l’art arménien, ainsi que de l’histoire et de l’identité arméniennes dans l’Antiquité tardive. La réunion était présidée par le docteur Sossie Kasbarian, de la SOAS.

L’événement final de ces célébrations fut la projection d’un documentaire sur celle qui fut probablement le plus grand écrivain arménien du début du 20ème siècle, la féministe et militante Zabel Essayan, de Constantinople. Le film, réalisé par Talin Suciyan et Lara Aharonian, s’intéresse aux années de maturité d’Essayan, suite à son émigration en Arménie soviétique, jusqu’à sa disparition lors des purges staliniennes. Il souligne aussi à quel point ce géant de la littérature arménienne est peu connu aujourd’hui en république d’Arménie. Dans une scène emblématique du film, une habitante d’Erevan se demande : « Mais qui est cette Zabel Essayan ? », après avoir découvert que la rue où elle vit a été rebaptisée du nom de l’auteur. Cette manifestation s’acheva par un débat entre le docteur Victoria Rowe, spécialiste de la littérature féministe arménienne de la fin du 19ème et du début du 20ème siècle, et Talin Suciyan, journaliste arménienne d’Istanbul.

Aboutissement durable de cette série d’événements, le lancement par le docteur Moskofian de la Society of Western Armenian Speakers [Société des Arménophones occidentaux]. Se réunissant une fois par mois, la Société encourage les membres de la communauté à converser en arménien occidental avec les étudiants linguistes de la SOAS, dans un cadre amical, décontracté et informel. Des personnes de tous âges et avec différents niveaux de langue sont les bienvenues, à condition de s’exprimer, ou de s’y essayer, en arménien occidental.

Pour plus d’informations, veuillez contacter le docteur Krikor Moskofian à la SOAS ou par courriel : moskofiank@yahoo.co.uk.

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Source : http://www.caia.org.uk/wp-content/uploads/magazine//http___caia.org.uk_armenianvoice_58_index.pdf
Traduction : © Georges Festa – 01.2012.