jeudi 19 janvier 2012

Genocide Studies and Prevention, Vol. 6, Number 2, August 2011 / Vol. 6, n° 2, août 2011

© University of Toronto Press, 2011


Parution d’un nouveau numéro de la revue Genocide Studies and Prevention (vol. 6, n° 2, août 2011)

The Armenian Mirror-Spectator, 22.10.2011


TORONTO – Actuellement dans sa sixième année de parution, Genocide Studies and Prevention (GSP) présente dans le second numéro de son volume 6 une diversité d’articles originaux, lesquels couvrent un grand nombre de thèmes liés directement au domaine des études sur le génocide. Ce numéro propose des articles dus au président de l’Institut Zoryan, Roger W. Smith, son collègue Bedross Der Matossian et une diplômée du Programme universitaire sur le Génocide et les Droits de l’homme (GHRUP), Regine King, originaire du Rwanda. Cette revue expose les opportunités et la plate-forme que constituent des chercheurs aussi bien reconnus qu’à venir, qu’elle compte.

« Force africaine pré-positionnée, génocide et théorie des relations internationales », par Stephen Burgess, professeur à l’US Air Wave College, examine la proposition de créer une Force africaine pré-positionnée (African Standby Force, ASF) afin d’intervenir lorsqu’un génocide menace ce continent. En lançant l’ASF, les dirigeants africains promirent à l’excès de mettre fin au génocide, compte tenu de leur absence de volonté politique, de la faible capacité de leurs Etats et de la capacité militaire réduite des brigades sous-régionales de cette Force. Burgess note que les dirigeants de plusieurs pays ne sont pas parvenus à atteindre la date butoir de 2010 et interroge une « solution africaine à des problèmes africains » - renforçant l’importance internationale du génocide et la responsabilité internationale de sa prévention.

Regine King, doctorante à la Faculté Factor-Inwentash du Travail social près l’Université de Toronto et diplômée du Programme d’études sur le génocide et les droits de l’homme de cette même université, propose une étude intitulée « Guérir le traumatisme psychosocial par le biais des commissions Vérité et réconciliation : le procès de Gacaca dans le Rwanda de l’après-génocide. » Ecrivant en qualité de chercheure dans le domaine de la santé mentale, au sein de la communauté rwandaise, et de praticienne préoccupée par le bien-être mental des individus et des communautés qui survivent à la violence de masse et au génocide, elle critique l’usage exclusif des commissions Vérité et réconciliation fondées sur les communautés, quel que soit le soutien énergique que leur apportent gouvernements de l’après-conflit et organisations multilatérales, depuis la fin de la Guerre froide. Elle conclut en suggérant que d’autres modèles pouvaient être adoptés afin de compléter Gacaca.

Dans « D’une révolution pacifique à une contre-révolution sanglante : les massacres d’Adana en 1909 », Bedross Der Matossian relève que l’historiographie des massacres d’Adana en 1909 est représentée par deux visions divergentes. Tandis que certains chercheurs turcs nient l’implication des autorités gouvernementales locales dans ces massacres en rejetant toute la responsabilité sur les Arméniens qui se seraient révoltés dans le cadre d’un complot visant à établir un royaume en Cilicie, d’autres chercheurs arméniens, dont les travaux sont éclipsés par le génocide arménien, accusent le Comité Union et Progrès (CUP) d’avoir agi en coulisse pour anéantir le développement économique des Arméniens dans la région. S’affranchissant de l’historiographie existante, le présent article soutient que les massacres d’Adana doivent être pensés comme faisant partie d’un processus révolutionnaire, lequel conduisit à l’érosion de la stabilité sociale et politique dans la région, à l’affaiblissement des institutions publiques et à l’exacerbation des inquiétudes d’ordre économique contemporaines, ensemble qui suscita la mise en œuvre de la violence contre la population arménienne vulnérable d’Adana.

La quatrième contribution à ce volume – « Le Newsnight a-t-il manqué l’histoire ? Ou comment le Programme « Flagship Political Current Affairs » [Pleins feux sur l’actualité politique] de la BBC a relaté le génocide et la guerre au Rwanda entre avril et juillet 1994 » - étudie le rôle des médias d’information exposant ou ignorant un génocide en cours. L’essai est signé par Georgina Holmes, spécialiste de la théorie des relations internationales et des médias et qui rédige actuellement un ouvrage sur la politique des sexes dans le conflit médiatisé au Rwanda. Elle écrit qu’à l’époque du génocide au Rwanda en 1994, le programme « Newsnight » de débats politiques en fin de soirée à la BBC constitua l’une des rares sphères politiques dans les médias, au sein desquelles représentants du gouvernement britannique, partis d’opposition, Nations Unies et organisations non gouvernementales internationales pouvaient commenter la politique étrangère britannique. Depuis 1994, les médias britanniques ont été accusés de ne pas avoir rendu compte du génocide. Or une centration sur les médias écrits crée un vide, lorsque l’on veut comprendre comment « Newsnight » de la BBC couvrit ces événements. Le présent article analyse de quelle manière la BBC contextualisa le génocide d’une manière spécifique jusqu’au 31 juillet 1994. Holmes conclut que « Newsnight » a manqué l’histoire et « a échoué à demander des comptes aux politiques britanniques. »

Le choix final de ce numéro est dû à Roger W. Smith, professeur émérite de gouvernance au Collège William and Mary et président de l’Institut International pour les Etudes sur le Génocide et les Droits de l’homme (une division de l’Institut Zoryan). Dans son article « George Steiner et la guerre contre les Juifs : étude sur une présentation déformée », Smith critique le travail de Steiner, estimant qu’il se fourvoie dans ses interprétations, ses explications et ses implications. Il conteste les thèses de Steiner selon lequel les Juifs s’attirèrent leur destruction prochaine, inventèrent la pratique du génocide et suscitèrent de telles exigences morales à l’égard des êtres humains ordinaires que la tension devint insupportable et se traduisit par une révolte contre la tyrannie de la conscience et de la perfection. Dans son essai, Smith s’efforce de rectifier ces assertions et renvoie son lecteur aux insuffisances émaillant l’œuvre de Steiner, s’agissant de la Shoah.

[Genocide Studies and Prevention : An International Journal a été fondé conjointement par l’Association internationale des Chercheurs sur le Génocide et l’Institut International pour les Etudes sur le Génocide et les Droits de l’homme (IIGHRS) (une division de l’Institut Zoryan). La revue s’est donné pour mission de comprendre le phénomène du génocide, susciter une prise de conscience de ce fléau toujours actuel et promouvoir la nécessité de le prévenir, pour des raisons à la fois pragmatiques et morales. Il s’agit de la revue officielle de l’Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide et est publiée trois fois par an par les Presses de l’Université de Toronto. Pour plus d’informations, contacter l’IIGHRS à admin@genocidestudies.org.]

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Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/221010.pdf
Traduction : © Georges Festa – 01.2012.