samedi 4 février 2012

Denis Donikian - Des soifs prisonnières des miroirs / Mirrors' jailed Thirsts

© Denis Donikian, « Des soifs prisonnières des miroirs », 2000, 30 x 11 x 9 cm
(colle, figurines, moulages, objets divers)


De la série « Pièces montées », alternant masques, axes, disques, totems polymorphes, enchevêtrements. Denis Donikian nous convie à cette étrange folie qu’est ce monde dont nous sommes à la fois les témoins et les héritiers.

Ténébreuse Iliade, inéluctable Odyssée ou les versions d’une humanité oscillant sans cesse de la geste au burlesque, de la panique à l’innocence, de la légèreté à la nuit.

Car dans ces dispositifs improbables, maîtrisés, qui nous échappent pour mieux nous investir, se joue le mécanisme subtil, biologique des enchaînements. Il était une fois. Grands dieux.

Marqueterie des instants. Trop singuliers, si effrayants de possibles. Le discours n’a ni origine, ni fin. Dans ces bas-reliefs d’un culte innommé, l’artiste nous donne à voir l’envers de la logique, le désordre des certitudes, l'absence des lois.

Démesure de ce que l’on croyait familier. Hérissé de piques, le visage sombre dans une coupe géologique, entraîné vers on ne sait quels enfers. Nos enfers, précisément. Monstres des songes, jouets oubliés.

Quelque Gorgone de foire. La tour aux mille proues. Qu’est-ce qu’une vie, sinon ces accords improvisés, ces vides inattendus, ces élévations soudaines, précaires ? A l’instar d’un labyrinthe l’œuvre nous livre des clefs, s’amuse de notre étonnement, échappe encore et toujours.

Les architectures de hasard. Ou l’histoire disséquée. A la manière d’un archéologue rassemblant des lambeaux du passé. Ou d’un cinéaste. L’expérience totalisante, l’aboutissement. Visage forteresse. Vois ce qui me construit, ce qui me détruit. Tenir malgré tout.

Avancer dans la guerre que se livrent mille et un signes. Mille et un visages. Or l’unicité. La singularité. Ce qui l’emporte. Bouclier, vaisseau, tour de Babel. A la fois roi, reine et fou. Prophétie en mouvement. L’incalculable. Extase, écrasement.

Notre épopée ambre et or. Rêve couronné ou vestige de quelque massacre. Nul ne saura. De tes soifs gagner la source. De tes miroirs rompre les mirages.


© georges festa – 02.2012

site internet : www.denisdonikian.com