samedi 31 mars 2012

Caminos / Bouts de route - Compagnie Vía Expresa

© Compagnie Vía Expresa, 2012


Caminos – Teatro y música

par la Compagnie Vía Expresa

Centre d’animation Place des Fêtes, Paris – 31.03.2012



Je veux boire son oubli cristallin !


Adapté du Soleil sur la mer [El Sol bajo el mar] du dramaturge péruvien José Enrique Mavila (1957-2002) et de l’égérie du surréalisme argentin, la poétesse Alejandra Pizarnik (1936-1972), Caminos / Bouts de route nous invite aux confins du réel et du songe, là où finitude et délivrance se confondent, se croisent, s’opposent.

Scène immobile où deux amas blancs attendent, dissimulant piano et saxophone. Les musiciens s’en emparent. Toile de fond, obscure, que scandent rais de lumière ou zébrures de pluie. Nul ne saura. L’ode à la passion, l’absence. Les jardins du désir.

Saxophone solo. Au loin, une plage, une voiture. L’homme au chapeau, en veste blanche. Agitant grelots, canne. Fouillant dans une poche. Cris. Quel destin se joue là ?

Pianiste et chanteuse reprennent bientôt leurs droits. Comme si les mots ne suffisaient pas. Stridents, désarmants. Arrière-plan d’éclairs, nuées stellaires. Ce leitmotiv de nos errements.

L’homme assis prépare sa canne à pêche. « Contigo en la distancia ! » Une histoire de chien perdu, qu’il s’agit de retrouver. Une histoire de femme, en filigrane. Invisible, obsédante.

« Au désert ce qui est au désert / A la mer ce qui est à la mer ! » Dos au public, face à la toile. Face à la route. Partir pour Lima. Et si le chien s’était réfugié dans la cathédrale ? Duo saxophone – saccades de lumière.

La femme s’avance, s’assied. Lisse ses cheveux. L’homme à la chemise bleue. Deux cœurs gris en toile de fond. Elle, son éventail. Lui, son verre. « No hacemos nada, pero lo hacemos mal ! » Discordances, évitements. Saxophone et enseignes.

Pour une tête / Por una cabeza. Nouvelle toile de fond. La femme au chapeau. La jeune fille et la chaise. Scène de cabaret improvisé, où se disent les hasards, les certitudes. Ce qui nous entraîne pour mieux nous perdre.

« Et la jeune fille de nouveau gravit le vent. » Ciel en arrière-plan. Dialogue musical. Le saxophone va jusqu’à imiter le vent, tandis qu’elle se déchausse. Disparition.

Puis les flaques rouges sur le mur. Lancinantes, irrépressibles. Accroupie au sol, chevelure et bras étendus, tel un songe de Füssli. Mouvement de balancier. A la manière d’un oiseau rompu. Faisant écho à la geste du pêcheur. Corps acéphale. Tandis que l’écran est envahi de flammes rouges et noires. L’enfer n’est jamais loin.

L’homme à la bouteille vide. Montent vagues et épis sanguinolents, sombres. « Je veux boire son oubli cristallin ! » Qui dira jamais ces noces de mort et d’absolu ?

Retour au chant. Final. Libérateur. Ces Caminos sont nôtres, souverains, définitifs.

© 03.2012


Caminos / Bouts de route
en espagnol sous-titré
avec Mayra España, Jorge Lozano, Ricardo Martinez, Natalia Calvo, Linnett Hernandez
Mise en scène de Luis Peñaherrera
Avec la complicité d’Arnaud Egger, Hélène Achte et Corinne Leconte

site de la Compagnie Vía Expresa : http://via.expresa.free.fr/
contact : via.expresa@free.fr