mardi 13 mars 2012

Kiril Nikitenko - Visionnaires russes, vers la lumière / Russian visionaries, towards the light

Portrait de Lioudmila Alexeïeva
© Kiril Nikitenko


Visionnaires russes – Vers la lumière
Exposition de portraits des leaders de la pensée contemporaine russe alternative
par Kiril Nikitenko
Sous l’égide d’Elena Khodorkovskaïa
Galerie Joseph, Paris, 9 – 15/03/2012


54 portraits en noir et blanc. Hommes politiques, écrivains, acteurs, musiciens, animateurs de télévision, animateurs radio, journalistes de presse écrite, économistes, scientifiques, hommes d’affaires avocats, défenseurs des droits de l’homme, prisonnier de conscience. Le Panthéon des Justes de Russie. En résistance. Hérauts d’une liberté vacillante, menacée, toujours éclairante. Héros d’un quotidien fait de dominations, reculs, mais d’espérance.

Dans ces regards tenaces, qui offrent leur humanité, en dépit des faiblesses, des soumissions volontaires ou de la tentation cynique, toujours à l’œuvre, rôdant sans cesse, se lit une même passion, un même élan. Regards venus du fond des âges, lorsque se mêlaient fléaux de mort et de tyrannie. Regards du témoin, veillant à ce que l’irrémédiable n’advienne pas. Regards de miséricorde, sur lesquels se lisent compassion, épreuves du temps, mémoire de ce qui fut. Regards qui savent la nuit toujours aux aguets, l’abîme des disparus, l’imprescriptible. Regards d’enfance première – rien n’est jamais joué, chacun a les dés en main. Regards de combattants, qui savent le prix qui fut toujours payé, l’obole de mort. Regards de veille, à mi-chemin entre cauchemar et délivrance – un jour viendra, ils rendront compte, nous serons là. Regards de prophètes, face au mur et aux fusils, déjà ailleurs, loin devant. Regards d’infinie tendresse, la paume reposant contre la joue, esquisse d’un sourire. Regards inquisiteurs – tout compte fait, chacun savait, sait. Regards grands ouverts, où se donne une conscience libre – vois, tu peux nous rejoindre, n’aie crainte. Regards de fou blessé – ta folie est mienne, tout peut basculer, prendre conscience, comme l’on soulève une pierre. Regards millénaires, faits de chair et de terre, sur lesquels se sont inscrits l’effroi glaçant et l’attente salvatrice. Regards de compagnonnage sur cette terre meuble, où le temps nous broie, où les vents nous effaceront, mais où il t’est loisible à tout moment de te relever. Regards de justice, qui savent le poids des manquements, des absences, comme celui de l’honneur et de la véritable fraternité. Regards lourds, qui ne cillent pas, éprouvent la cruauté et ses abîmes, enregistrent. Regards amusés, drolatiques – de cette tragi-comédie dénouons les fils, en finir avec le dédale totalitaire.

Regards sans faille, sur lesquels se brisent doutes et renoncements, fussent-ils passagers. Regards d’audace, de courage – nul ne connaît les limites, il nous est toujours possible d’inventer un monde. Regards maternels, les refuges dans la nuit, tu n’es pas seul, partager, protéger. Regards d’innocence, enjouée, inquiète – reprendre le flambeau, courir sur la dune, étreindre nos étoiles.


© georges festa – 03.2012

Avec l'aimable autorisation de Zoé Reyners.