dimanche 29 avril 2012

La question des Arméniens islamisés en Turquie : problèmes et perspectives / The study of the issue of Islamized Armenians in Turkey : problems and prospects

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La question des Arméniens islamisés en Turquie : problèmes et perspectives

par Ruben Melkonyan

Fondation Noravank, 12.04.2012


Dans la réalité arménienne, la question des Arméniens islamisés de force a attiré l’attention des spécialistes et de l’opinion à différentes périodes. Des publications, comptes-rendus, notes de voyages et articles de valeur sont repérables dès le 18ème siècle, concernant les divers groupes d’Arméniens qui furent éloignés de leurs racines sous la pression de l’islam. A cet égard, il convient de mentionner des auteurs tels que Hakobos Tashian, Minas Bzhshkian, Atrpet, Hovakim Hovakimian, Sarkis Haykouni, Grigor Artsruni, Vladimir Gordlevski et d’autres encore, qui ont beaucoup œuvré en ce sens. Durant la période soviétique, Lévon Khachikyan, éminent érudit, écrivit un article remarquable sur les Arméniens hamchènes islamisés, tandis que Barunak Torlakyan, lui-même Arménien hamchène, publia d’intéressants matériaux sur l’ethnographie et l’histoire des populations chrétiennes et musulmanes parmi les Arméniens hamchènes.

L’on ne saurait oublier, en particulier, que le clergé de haut rang de l’Eglise apostolique arménienne s’est lui aussi impliqué dans les aspects tant scientifiques que pratiques des problèmes liés aux Arméniens convertis de force. Citons, par exemple, le catholicos Vazken Ier, les patriarches arméniens de Constantinople Zaven Ier Der Yeghiayan, Karékine Ier Khatchadourian, Shénork Ier Kaloustian.  

Depuis les années 1980, des recherches de premier plan sur des thèmes liés aux Arméniens hamchènes ont été menées par Serguéi Vardanyan, un passionné, dont les travaux ont grandement contribué à faire connaître le sujet et à susciter d’autres études dans cette direction. Aujourd’hui, Serguéi Vardanyan continue ses recherches sur les problèmes liés aux Arméniens hamchènes et il est agréable de noter que d’autres chercheurs l’ont rejoint au fil du temps, dont, notamment, Haykazun Alvrtsyan, Lusine Sahakyan et Hovnan Simonian (Etats-Unis). Les questions des convertis de force et des crypto-Arméniens de Turquie sont elles aussi étudiées par Karen Khanlaryan, qui a publié une importante monographie.

Depuis 2006, les articles consacrés aux Arméniens relevant d’autres religions ou confessions paraissent périodiquement dans la revue Hanrapetakan. Une enquête plus institutionnalisée a été lancée, à partir de 2007, par la Fondation Noravank, sous l’égide de son directeur Gaguik Harutyunyan. Un programme dédié aux questions des Arméniens convertis à d’autres religions ou confessions a été mis en place au sein de la Fondation ; des études de domaine sont conduites en Turquie et en Géorgie, et des séminaires organisés. Les chercheurs de la Fondation présentent leurs rapports lors de colloques qui se tiennent en Arménie et à l’étranger. Enfin, la collaboration entre la Fondation Noravank et le ministère arménien de la Diaspora se traduit par la publication d’ouvrages couvrant les questions des Arméniens islamisés et des Arméniens d’autres confessions.

Les études portant sur les Arméniens convertis de force dans le champ véritablement universitaire peuvent être considérées comme évoluant normalement, bien que certains développements négatifs s’observent aussi en parallèle. Tout d’abord, des non-professionnels s’impliquent dans le sujet, certains élaborant de tapageuses conclusions au terme desquelles existeraient plusieurs millions de crypto-Arméniens en Turquie, lesquels se soulèveront bientôt, entraînant l’effondrement de la Turquie. Un autre groupe de non-spécialistes, qui comptent peut-être des réussites dans certaines disciplines scientifiques, tentent d’intégrer, eux aussi, ce domaine, et non seulement ils avancent des thèses nihilistes, antiscientifiques et d’ordre souvent amateur, mais se croient aussi obligés de critiquer durement ceux qui s’engagent dans ce sujet. Nous estimons, par exemple, que la question des Arméniens islamisés constitue un sujet interdisciplinaire ; or cela a principalement à voir avec les études turques, car, sans être au fait de la position et de la politique de l’empire ottoman et de la république de Turquie, le sujet ne peut être étudié de manière exhaustive. Pour des raisons inconnues, beaucoup s’imaginent qu’il est très facile de devenir un spécialiste de pointe sur ce sujet, formulant des conclusions et conduisant des analyses qui sont loin d’être scientifiques et réalistes. Malheureusement, dans ce domaine, certains sont guidés par un grief personnel, des complexes, une jalousie ou un esprit étroit, plutôt que par un esprit scientifique impartial. Outre le groupe mentionné plus haut, figurent des maniaques d’internet et des blogueurs de tout poil, pour qui le thème des Arméniens islamisés n’est qu’un nouveau prétexte à parloter.

A nos yeux, ces approches tant laudatives que nihilistes sont inacceptables.

Conjointement à l’intérêt croissant pour le thème des Arméniens convertis de force, l’artifice suivant a surgi dans notre discours universitaire : doit-on donner la priorité à l’identité ethnique ou religieuse pour identifier un Arménien ? Très souvent, l’idée s’empare de notre conscience que seul un chrétien peut être considéré comme Arménien ; d’où il ne saurait exister des notions telles que Arménien converti ou Arménien d’autre religion. Nombre d’arguments sont avancés visant à prouver ce point de vue. Il convient de noter qu’il s’agit d’une question plutôt ardue, mais qu’il faut, à notre avis, aborder dans le cadre de la réalité contemporaine, plutôt que ce que nous voulons voir ou ce qui est idéal. L’existence des Arméniens islamisés de force et de leurs descendants est un fait, et il serait pour le moins partial d’ignorer une population qui a préservé la mémoire de ses origines arméniennes, en dépit de difficultés sans nombre.      

A nos yeux, une réaction aussi véhémente à la question des Arméniens convertis traduit une tendance évidente, comme si le sujet était extrait du cadre des études universitaires, provoquant de nouvelles cassures et approfondissant les anciennes. Surtout, les contre-arguments concernant la question des Arméniens islamisés ne résistent pas à l’examen et paraissent assez désuets. Le principal argument est qu’un Arménien ne peut être que chrétien apostolique et que ceux qui ne sont pas apostoliques ne sauraient être considérés comme Arméniens, ou bien qu’ils le sont sous réserve. Il est nécessaire de souligner que, même si l’Eglise apostolique arménienne a joué un rôle particulier et important dans notre nation, notre identité et notre histoire, néanmoins les identités d’ordre ethnique et religieux diffèrent. Nous avons été Arméniens avant 301 après J.-C., et ces Arméniens qui sont catholiques, protestants, païens ou athées, restent des Arméniens ; aussi convient-il de faire preuve de la plus grande discrétion dans ce que l’on avance. Le célèbre écrivain Raffi compte parmi les intellectuels à l’esprit plus ouvert sur cette question. Il est revenu à de nombreuses reprises sur ce problème, répondant de manière exhaustive à diverses questions. Par exemple, se référant au lien religieux et confessionnel, il note : « Nous estimons que la diversité des religions ne détruit pas l’unité nationale. L’unité devrait être recherchée en harmonie avec ces groupes, l’objectif essentiel étant le dévouement à la nation dans son sens le plus exaltant. » (n. 1, p. 292). « Aucune nation civilisée ou non civilisée sur terre n’adhérerait à une même Eglise. » (n. 2, p. 327). « Ni le catholicisme, ni le protestantisme, ni même l’islam n’ont fait que l’Arménien cesse d’être un Arménien, et inversement, l’appartenance à l’Eglise apostolique ne nous donne pas le droit d’être appelés Arméniens. » (n. 2, p. 332).

Il nous faut combiner à la fois l’appartenance en bonne et due forme à l’Eglise apostolique arménienne et une largeur d’esprit quant aux questions concernant l’identité nationale. S’intéresser aux Arméniens convertis ne saurait nuire à l’Eglise apostolique arménienne, en l’absence de propagation de quelque anticléricalisme ou posture antireligieuse que ce soit ; bien au contraire, l’on a démontré comment différents groupes d’Arméniens, éloignés par la force du christianisme, continuent de lutter pour préserver ce dernier, fût-ce clandestinement, dans quelles conditions ils ont protégé leur mémoire, etc. En outre, comme nous l’avons rappelé plus haut, nombre d’ecclésiastiques, catholicos et patriarches de l’Eglise apostolique arménienne se sont attelés au problème des Arméniens islamisés de force, tentant de regagner ces Arméniens assimilés.

Rappelons que les Arméniens convertis à l’islam ou les crypto-Arméniens résultent d’une politique oppressive de la Turquie. Ils furent contraints de renoncer à leur religion, leur identité ethnique et à leur langue. Ils sont les preuves silencieuses et durables de la tyrannie ottomane. Parallèlement, ces populations et leurs descendants incarnent des preuves incontestables du génocide arménien, au terme de l’article 2 de la Convention des Nations Unies sur la prévention et la répression du crime de génocide, lequel précise clairement que le fait de transférer par la force des enfants d’un groupe ethnique ou religieux vers un autre groupe constitue un génocide. A l’époque du génocide, des dizaines de milliers d’orphelins arméniens furent islamisés de force et aujourd’hui nous parlons de leurs descendants.

Selon nous, cette question ne doit pas être politisée, doit demeurer pour l’essentiel dans le champ universitaire et être analysée correctement, afin d’en présenter au public les résultats de manière professionnelle. Par ailleurs, deux modes d’approche devraient être adoptés à cette fin – à long terme et à court terme. En conséquence, notre objectif à long terme est de réintégrer et de rendre cette part de l’arménité à ses racines ; c’est là que le christianisme apostolique joue un rôle important. Parallèlement, pour communiquer avec eux maintenant, nous devons adopter une stratégie plus flexible et les accepter tels qu’ils sont. Il est important de noter que l’adoption de l’islam, pour beaucoup d’entre eux, fut une solution temporaire et qu’ils avaient l’intention de revenir au christianisme, à la moindre occasion ; selon les circonstances, certains y sont parvenu et d’autres non. 

Les risques encourus en la matière font l’objet d’un vaste débat – le fait, par exemple, que les Arméniens islamisés viendront en Arménie et ouvriront des mosquées. Précisons, tout d’abord, que nous ne sommes pas partisans d’installer ces populations en Arménie, la plupart d’entre eux vivant dans leurs terres ancestrales, qu’ils ne veulent pas quitter. Lors de nos entretiens avec des Arméniens convertis, chaque fois qu’il était question de ne pas rester fidèles à leur religion, ils soutenaient à l’inverse qu’ils étaient restés fermement attachés à leur terre. Nous devons donc communiquer mutuellement, car nos identités sont comme dénaturées, du fait de la perte, dans un cas, de la terre ancestrale, et de l’autre, de la religion. En enquêtant sur les Arméniens convertis, nous visons aussi à restaurer notre identité altérée, ces populations résidant dans cette partie de notre patrie dont nous avons été dépossédés, et étant celles qui ont fréquenté et continuent à fréquenter clandestinement nos sanctuaires profanés. Le sentiment de cette double altération est aussi présent chez les Arméniens convertis.

Concernant les risques, beaucoup soulignent le fait que nous n’aurions pas dû lancer l’étude de cette question en Arménie, certains non-professionnels prétendant en outre qu’il s’agirait là d’un stratagème ourdi par des services secrets étrangers. Relevons que ce problème a été soulevé tout d’abord par des chercheurs européens, puis turcs. Dans de telles conditions, le silence des scientifiques arméniens eût été, pour le moins, étrange. Les scientifiques arméniens doivent avoir voix au chapitre, au terme de recherches appropriées. Nous étudions aussi les éléments de la culture arménienne qui furent préservés au sein de ces populations – danses, chants, coutumes, toponymie – et nous ne voyons rien de dangereux à cela. Naturellement, comme nous l’avons déjà noté, des hypothèses dénuées de fondement et politisées ne sauraient été admises et pourraient affecter négativement la cause commune. Ajoutons aussi que les études sur les Arméniens convertis de force pourraient contribuer à identifier de manière exhaustive les ressources accessibles en matière d’arménité.    

Revenons à l’aspect moral du problème : en tant que chrétiens, nous avons obligation de tendre la main à nos compatriotes égarés qui, contre leur gré, ont été éloignés de nous. A cet égard, une observation intéressante parut en 1969 dans un article dû à S. Bakkalian, prêtre de l’Eglise évangélique arménienne : « Or, aujourd’hui, nous avons un prétexte et une occasion de les [les Arméniens islamisés] aider, et si nous manquons cette ultime chance entre toutes, un jour viendra, à coup sûr, où notre Seigneur nous demandera – à vous et moi : « Où es ton frère ? » (n. 3, p. 179).

Nous aimerions présenter aussi quelques résultats concrets de cette enquête portant sur les Arméniens islamisés. Tout d’abord, la recherche a mis au jour certaines réalités qui renforcent encore plus le caractère irréfutable de la réalité du génocide arménien. Ces arguments se fondent, entre autres, sur les sources turques, et à ce jour la partie turque n’a pu les contester. Il est important de souligner que, depuis 2008, les dirigeants séculiers et religieux de l’Arménie se réfèrent eux aussi à la question des Arméniens convertis de force, ce qui ne s’était jamais produit auparavant. Par exemple, le 24 septembre 2008, le Président de l’Arménie, Serge Sarkissian, a déclaré, durant une visite aux Etats-Unis, lors d’une rencontre avec les représentants de la diaspora arménienne, qu’il était contre les divisions d’ordre linguistique, religieux ou confessionnel parmi les Arméniens (1). Peu après, en février 2009, il a débattu du problème des Arméniens relevant d’autres religions et confessions, lors d’une réunion avec Sa Béatitude Karékine II, catholicos de tous les Arméniens, et le Conseil Religieux Suprême, publiant, suite à cet événement, ce communiqué de presse : « Parmi les questions débattues, un sens davantage complet de l’identité arménienne parmi les Arméniens d’autres religions et confessions et une collaboration efficace entre les diverses communautés confessionnelles arméniennes ont été approfondis. » (2) Dans son discours du 24 avril 2011, le Président évoqua l’islamisation forcée des Arméniens lors du génocide : « L’empire ottoman entreprit une politique, à l’échelle de l’Etat, visant à anéantir le peuple arménien et à le priver de sa patrie. Via toutes les étapes de sa mise en œuvre, massacres, déportations, conversions religieuses [ajout d’importance – note de l’A.] et servage furent considérés comme autant de vétilles routinières. » (3) Notons avec plaisir l’approche du catholicos de tous les Arméniens sur cette question. Par exemple, dans son discours du 24 avril 2010, il déclara : « Les Arméniens, qui furent convertis de force à l’islam, et leurs descendants, qui redoutent d’évoquer leur identité, sont eux aussi des victimes du génocide. » (4)

Notre intelligentsia se préoccupe elle aussi du problème des Arméniens convertis de force. Par exemple, dans un récent entretien, Charles Aznavour, héros national de l’Arménie, a reconnu avoir soulevé cette question durant une rencontre avec le Président arménien : « Un jour, j’ai parlé avec le Président de l’Arménie des Arméniens islamisés et je lui ai dit qu’il fallait faire quelque chose. Ces gens ne sont pas heureux, n’étant acceptés ni par les Turcs, ni par les Arméniens ; il est nécessaire de les aider. Nous sommes une nation et les nations se composent naturellement de gens différents – bons ou mauvais, des gens de religions différentes – chrétiens, juifs, musulmans, c’est normal. L’Arménie a besoin de changer de mentalité et accepter les Arméniens de religions différentes, tout comme l’Europe le fait. » (5)

Quant aux développements concernant le problème des Arméniens islamisés de force en Turquie, il convient de noter le fait que, via diverses structures, ce pays tente de spéculer à ce sujet, ce à quoi il fallait s’attendre. Un des développements liés à cette question vaut d’être relevé. Au cours de la période récente, des évolutions intéressantes et en même temps dangereuses ont pu être observées dans la politique ethnique que mènent les autorités turques, en particulier dans certaines régions à l’est du pays, principalement peuplées de Kurdes. Un des principaux arguments de la partie kurde est qu’ils représentent une majorité absolue dans certaines régions orientales de la Turquie et que, de fait, ces régions sont homogènes au plan ethnique, à savoir kurdes. Naturellement, cette situation résulte de la politique génocidaire menée par les autorités ottomans, au moyen de laquelle la population autochtone de ces territoires – les Arméniens – furent exterminés ou anéantis. Néanmoins, actuellement, les autorités turques tentent de mettre en cause le fait que ces régions soient « homogènes au plan kurde » et, pour cette raison, ont tendance à utiliser le facteur des Arméniens islamisés de force. Depuis quelque temps, les médias turcs et les historiens turcs officiels propagent l’idée que beaucoup d’Arméniens convertis se trouvent dans les régions orientales du pays. Très souvent, certaines déclarations, prononcées avec des intentions contraires, correspondent à la réalité ; or, certaines structures turques eurent connaissance de ce fait depuis fort longtemps et firent de leur mieux pour contrôler et assimiler totalement ces fragments d’arménité. Comme les autorités turques n’ont pu parvenir à un succès complet dans leurs tentatives, elles s’efforcent aujourd’hui de renverser la situation à leur profit. En particulier, le même contexte pourrait être applicable au fait que, du moins avec l’approbation tacite des autorités turques, des efforts sont entrepris pour rendre autonomes et actifs les Arméniens islamisés de force dans différentes régions de l’Arménie historique (à savoir, au Dersim). De fait, il s’agit là d’une évolution plutôt agréable à nos yeux, mais les autres composantes de ce sujet doivent aussi être prises en considération. En soulevant le problème des fragments d’arménité survivant dans l’Arménie historique, les autorités turques tentent de l’exploiter pour montrer que ces régions ne sont pas homogène au plan kurde et qu’il existe aussi d’autres groupes. Selon nous, les tentatives visant à restaurer les églises arméniennes devraient elles aussi faire partie de ce contexte. Tout cela peut causer des tensions entre Kurdes et Arméniens islamisés et conduire à des effets imprévisibles, les Kurdes pouvant les considérer comme des rivaux. Néanmoins, il convient de noter, pour l’heure, que les tentatives mineures de faire ressurgir la présence des Arméniens dans la région sont considérées positivement et parfois même encouragées dans les milieux kurdes. Quoi qu’il en soit, de possibles développements à risque ne sauraient être négligés. Actuellement, une des principales tendances de la politique ethnique de la Turquie est de faire s’affronter mutuellement les intérêts des différents groupes ethniques. L’on peut donc soutenir aisément que la dimension ethnique continue de constituer une part importante de la politique intérieure de la Turquie et, bien que des tendances nouvelles, que l’on observe, peuvent parfois paraître positives, simultanément de possibles menaces et pièges en sous-main doivent être pris en compte.

En conclusion, il convient de relever deux champs d’évolution concernant la question des Arméniens islamisés. Premièrement, du fait de la crise en cours de l’identité ethnique en Turquie, beaucoup de gens vont soupçonner, rechercher et reprendre leur identité arménienne ; ils s’associeront à l’arménité avec toutes les conséquences qui s’ensuivent. Deuxièmement, une partie des Arméniens convertis choisira la voie de l’assimilation complète (aujourd’hui encore, ils se trouvent à un certain niveau d’assimilation et certains sont totalement assimilés). Nos études scientifiques impartiales doivent constituer un point d’appui solide pour que les autorités politiques et religieuses puissent entreprendre des actions pratiques, concrètes et efficaces.

Références :

1. Րաֆֆի, Ի՞նչ կապ կա մեր և Տաճկաստանի հայերի մեջ, Երկերի ժողովածու, Երևան 1991, հատոր 11-րդ:
2. Րաֆֆի, Մինչև ե՞րբ, Երկերի ժողովածու, Երևան 1991, հատոր 11-րդ:
3. Պագգալեան Ս., Մեր մնացորդը, Բանբեր հոգեւոր ամսաթերթ, Մարսել, 1969, թիվ 9-10:


[Expert au Centre d’Etudes arméniennes (Fondation Noravank), Ruben Melkonyan est vice-doyen à la Faculté d’Etudes Orientales, Université d’Etat d’Erevan, département de philologie.]

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Traduction : © Georges Festa – 04.2012.