jeudi 31 mai 2012

Florencia Demirdjian - Guiragos : la historia de un niño sobreviviente / Guiragos : histoire d'un enfant survivant

© A.D.O., 2012


Première à Santa Fe (Argentine) du documentaire Guiragos, la historia de un niño sobreviviente

http://guiamenc.blogspot.com


Le 28 avril dernier, au cinéma El Cairo, de Santa Fe, a eu lieu la première du documentaire Guiragos, la historia de un niño sobreviviente [Guiragos, histoire d’un enfant survivant], de Florencia Demirdjian, dans le cadre du 97ème anniversaire du génocide arménien.

Ce documentaire est une réalisation A.D.O., une société de production indépendante composée de Delfina Demirdjian, Sabrina Demirdjian et coproduite par l’Université nationale de Rosario. Il a été tourné en Arménie et en Argentine. Il a reçu le soutien institutionnel du Conseil National Arménien [Consejo Nacional Armenio] et de nombreuses personnalités d’Argentine et d’Arménie.

Il a été, de même, déclaré d’intérêt éducatif et culturel par le ministère de l’Education nationale, la Chambre des Sénateurs et la Chambre des Députés de la province de Santa Fe, ainsi que par le Conseil municipal de Rosario.


Pour une réparation historique
 
par Daniela Barreiro
 
El Ciudadano web, 28.04.2012


Dans Guiragos : La historia de un niño sobreviviente, Florencia Demirdjian aborde le génocide arménien à travers l’expérience de son grand-père et un voyage dans lequel elle retourne au pays de ses ancêtres.

C’est avec l’intention affichée d’en faire un outil pour se rapprocher de la culture arménienne, outre le fait de lutter pour la reconnaissance et la réparation historique du génocide subi par ce peuple durant la Première Guerre mondiale, que Florencia Demirdjian a tourné Guiragos : La historia de un niño sobreviviente.

Entre 1915 et 1923 (bien que beaucoup rappellent que tout cela a commencé quelques années auparavant), le gouvernement ottoman ordonna la déportation d’environ un million d’Arméniens vers les déserts de Syrie, voyant en eux une « cinquième colonne » de la Russie ennemie. Sur leurs routes d’exil, la majorité des déportés fut massacrée ou périt de faim et de maladies. Néanmoins, la Turquie se refuse à qualifier cette tragédie de génocide, redoutant les demandes territoriales et patrimoniales que présenteraient les membres de cette communauté. « Nous sommes la troisième génération d’Arméniens et notre grand-père est un survivant du génocide, déclare Florencia, se référant aussi à ses sœurs Delfina et Sabrina Demirdjian. La principale motivation, qui présida à la réalisation de ce documentaire, fut celle de parcourir l’histoire de notre famille. Il y a quelque temps, nous avons été invitées au festival du film d’Erevan, la capitale actuelle de l’Arménie, ce qui fut pour nous comme un voyage initiatique. D’un côté, j’avais très peur d’y retourner, mais comme il y avait au milieu le festival, on s’est décidées, » précise-t-elle sur ce voyage qu’elle entreprit en 2009 afin de présenter son film Fémina, las mujeres y el poder [Femme, les femmes et le pouvoir].   

« Nous rentrons, cent ans après, sur la terre de mes ancêtres, poursuit-elle. Cette expérience nous a permis de renouveler notre regard ; car nous avions un souvenir de l’Arménie bâti à partir d’une expérience de souffrance et de mort. Alors, se trouver là-bas, parler avec des gens qui vivent là-bas, nous a reliées avec des choses très belles ; nous commençons à vivre cette culture ; les saveurs et les odeurs qu’a su nous transmettre mon grand-père sont devenues plus réelles. Nous sommes arrivées avec un regard nouveau pour le transmettre à la quatrième génération, afin qu’ils puissent répondre à certaines questions. »

Dans Guiragos, produit par A.D.O., une société de production indépendante composée de Delfina Demirdjian, Sabrina Demirdjian et coproduite par l’Université nationale de Rosario, la réalisatrice lance un dialogue avec des Arméniens d’Erevan et de la diaspora, découvrant et vivant son « être arménien ». A partir de ce voyage et avec la naissance d’une quatrième génération d’Arméniens en Argentine, émerge ce qu’elles appellent une « vision nouvelle » du pays.

« Comme l’Etat turc ne reconnaît pas le génocide, la souffrance, après cent ans, est la même. Tant qu’il n’y aura pas de reconnaissance de la part de l’Etat perpétrateur du génocide, la blessure ne pourra pas guérir. Nous, la troisième génération, nous avons besoin de rappeler cette blessure ; en parler, la raconter, la transmettre car, sinon, on risque de s’enliser, » déclare la cinéaste.

Concernant les ressources qui ont contribué à raconter cette histoire, la réalisatrice précise : « Nous avons utilisé une partie des archives familiales ; nous possédons des photos de mon grand-père jusqu’à six ans et après ses dix-neuf ans ; dans l’intervalle, il n’y a d’autre document que quelques papiers d’identité. Mais le récit est centré sur les images de notre voyage en Arménie et les entretiens que nous avons eus avec une grande partie de notre famille. »

« Nous avons opéré aussi quelques détours, surtout avec les nouvelles générations. Par exemple, Luca, mon neveu plus jeune, fait une recherche via les nouvelles technologies sur (Mustafa Kemal) Atatürk et découvre que, sur un site turc, ils le considèrent comme un leader charismatique ; c’est pour souligner ces choses que nous avons choisi d’opérer des détours. »  

« Ce que nous voulons transmettre, c’est le fait que si, après 100 ans, les empires n’arrivent pas à assumer une responsabilité pour leurs crimes, le monde ne changera jamais et il deviendra impossible de nourrir quelque illusion que ce soit quant à l’avenir, » conclut Demirdjian. 

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Article publié le 19.05.2012.
Traduction de l’espagnol : © Georges Festa – 05.2012.