vendredi 25 mai 2012

Guillaume Toumanian

© Guillaume Toumanian, Bord de route, 150 x 200 cm, huile sur toile, 2011
Avec l'aimable autorisation de l'artiste  


Guillaume Toumanian – approches du précaire

par Georges Festa


Arbres, mi-bruns, mi-sanguinolents. Zébrant ciel et eau. Silhouettes fugaces, lettres inconnues. Béances floues. Où les perspectives fusionnent, se troublent. Démultiplication du regard. Dans ces fragments d’une logique rompue, lire d’improbables harmonies. L’envers et l’endroit. Aube ou crépuscule ? Qui ne font qu’un. Poème de la guerre et de la paix. Reflet II, 100 x 270 cm, huile sur toile, 2010.

Flaque de chairs et de terre. Que charrie le fleuve. Imprimées dans la boue. Chatoiements d’un lac, horizons nocturnes. Ce qui fut. S’étirant du visqueux. Anamorphose. Accouplements du songe. Se laisser gagner par le multiple, l’insensé. Noces infernales. Les sacrifices d’Icare. Tu auras beau faire. Ils sont là. L’invitation à la mort, aux déperditions. Nouvelle genèse. Ombre, 110 x 130 cm, huile sur toile, 2011.

Les accélérations. Lorsque tout s’emporte. Brûlures, souffles. Les obstacles partent en fumée. Feuillages dérivants. L’humain gagne les nues. Danses d’exorcisme. Car il s’agit là de communion, d’emportement. Epouser l’irrattrapable. Fugacité musicale de l’innombrable. Verts masqués de rouges, d’orangés. Feux follets. Quand l’être échappe, se saisit de l’imperceptible. Bord de route, 150 x 200 cm, huile sur toile, 2011.

Visage de supplicié. D’extase. Ou de cauchemar. Les ambivalences. Emergeant de sa toile. A la manière de l’acteur. Ou du condamné. Une vie en résumé. Plus sûrement, les coups, la lutte. L’injustice, le mépris. Visage de mort ou de sommeil. Surgi d’on ne sait quelles ordalies. Homo homini lupus. Irruption de la fin. Les matins ultimes. Faits de sang. Les meurtrissures. A vie. Figure, 100 x 100 cm, huile sur toile, 2011.

Autre panoramique d’arbres. Occupant tout l’horizon. A la façon d’un peloton d’exécution. Ou de témoins immobiles. Comme si l’immensité se rétrécissait, enserrait. Bientôt le cercle se refermera. Nulle piste, nul signe. Le soleil que l’on devine. Les battements, les senteurs. Tu viens d’arriver. Tu ne reviendras pas. Ce qui se donne, pour une fois. Ondulations vertes. Les lames du temps. Instantané d’Eden. Bord de route, 150 x 350 cm, huile sur toile, collection particulière Bordeaux, 2008-9.

Face à la forêt qui menace. Absences, chuintements. Bleus sombres, noircis. Masses obscures, volumes indistincts. Digues de troncs. Ployant sous la menace invisible. Tentant de barrer le chemin à l’innommé. Combien de temps encore ? Ou trop tard. L’advenu, le dispersé. Paysage anonyme, peuplé de crêtes et de sols mouvants. Comme glissants. Trous noirs. Perdre pied. Réveils sans rémission. Lisière bleue, 85 x 145 cm, huile sur toile, Galerie Galvani, Toulouse, 2008-2009.  

Tu sais maintenant. Par delà les peurs, les masques. Enoncer, rassembler. Donner sens à ce qui est issu du chaos. Y retournera. Les fièvres, les manques. Royaumes perdus. Le regard insiste, croise. Doute. Dans la fosse aux lions. La lumière proche. Esquisser une entrée. Linéaments doubles. A la fois lisses et marqués. Noyés dans leur nuit ou éclaboussés de jour. Vainqueur et vaincu. Entre deux. Figure I, 56 x 38 cm, huile sur toile, collection particulière, 2008-2009.


© georges festa – 05.2012

site de Guillaume Toumanian : http://guillaume-toumanian.com