mardi 29 mai 2012

Natalya Beliauskene - If Only Everyone / Si seulement chacun

© Team Production, Erevan, 2012


Le cinéma pour penser : un nouveau film livre une leçon émouvante à partir du conflit du Karabagh
 
par Gayane Abrahamyan
 
Armenia Now, 27.01.12


Vendredi soir, les deux cinémas d’Erevan projetteront le film arméno-russe intitulé Si seulement chacun… - un rappel de la guerre du Karabagh qui, comme le soulignent les auteurs, traite plus de la paix que de la guerre, un appel singulier en faveur du pardon et de la tolérance. Ces projections ont lieu, tandis que l’Arménie fête le Jour des Armées, le 28 janvier. 

Alors qu’une rhétorique belliqueuse se fait entendre des tribunes et que les négociations de paix sont au point mort, le film présente des gens qui ont été témoins de la guerre et qui, se regardant mutuellement en face, parviennent à identifier une même souffrance, une même perte et qui, pourtant, réalisent une chose : nul vainqueur dans la guerre.

« C’est notre appel pour la paix. Dans la vie réelle, il n’y a aucun vainqueur dans la guerre ; c’est le mal qui emporte nombre de vies innocentes. Il est très facile de s’en prendre les uns aux autres, mais il nous faut surmonter cela, » déclare Michael Poghossian, le producteur et le directeur artistique.

La réalisation du film a nécessité deux ans, aboutissant à une tragi-comédie qui débute par des galéjades, dépeignant l’atmosphère typique et la diversité habituelle d’un village arménien avec toutes ses saveurs, et qui évolue au fil des destins individuels se heurtant à une réalité amère.

L’intrigue de ce récit de 94 minutes tourne autour de la fille d’un officier russe qui est tué durant la guerre du Karabagh ; elle se rend en Arménie, vingt ans après la mort de son père et tente de retrouver sa tombe perdue, afin de planter un semis de bouleau qu’elle a ramené de chez elle.

Après de longues recherches, il s’avère, cependant, que son père a été tué de l’autre côté de la frontière et que c’est là où se trouve sa tombe. Accompagnée des camarades de combat de son père et du commandant, dont la vie fut sauvée par la mort de son père, elle réussit à franchir la frontière et découvre la tombe. Là, des ennemis, qui partagent une même souffrance, se retrouvent face à face. 

Au moment même où elle plante le bouleau, un villageois azéri en armes se présente et lui demande ce qu’elle fait. L’effet dramatique du film est à son comble et la souffrance de la guerre rapproche alors les adversaires. Après avoir entendu sa réponse, l’homme dépose son fusil et lui dit, tout en larmes :

« La tombe de mon fils, âgé de dix ans, est de votre côté. Il a été tué par l’explosion d’une mine dans la cour de notre maison. Qui plantera un arbre sur sa tombe ? »

Bien qu’émouvant, le film n’est pas déprimant. Au contraire, il donne à penser, rappelant l’importance de la chaleur humaine, de l’amour et de la paix.

« Il est question de paix et, si notre film ravive quelque bienveillance, une lueur dans le cœur des gens, alors nous y verrons un grand succès, » confie la réalisatrice russe du film, Natalya Beliauskene.

La fille de l’officier russe est interprétée par Yekaterina Shustova, étudiante à l’Institut de Théâtre Boris Schukine de Moscou, qui fait ici ses débuts au cinéma.   

« Pour moi, l’Arménie est devenue le point de départ d’une nouvelle vie ; j’ai découvert beaucoup de choses. Avant ce film, j’ignorais tout d’une guerre ; il [le film] a changé beaucoup de choses en moi, » précise la jeune actrice, présente à Erevan pour la première.

Poghossian a dédié le film aux vingt ans d’indépendance de l’Arménie. Cette production de 500 000 dollars a été financée avec l’aide de l’Etat, les présidences de l’Arménie et du Nagorno-Karabagh, la Converse Bank et 25 000 dollars provenant du Centre National du Cinéma.

Gevorg Gevorguian, directeur du Centre National du Cinéma, regrette qu’aucun film artistique sur la guerre du Karabagh n’ait encore été produit au niveau international.

« Mais ce film est une étape importante vers le progrès ; c’est un mot nouveau et je suis sûr que beaucoup de gens nous en sauront gré, » note-t-il. 

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Traduction : © Georges Festa – 05.2012.