jeudi 17 mai 2012

Wolfgang Gust - Der Völkermord an den Armeniern 1915/16 / Génocide arménien 1915/16

 © Zu Klampen, 2005


Génocide arménien 1915-1916 : choix de documents extraits des archives politiques du ministère allemand des Affaires Etrangères
 
par Wolfgang et Sigrid Gust
 
Massis Post, 02.05.2012


Notre ouvrage traite en profondeur du génocide arménien durant la Première Guerre mondiale. Il s’agit d’une compilation de documents officiels provenant du ministère allemand des Affaires Etrangères, à une époque où l’Allemagne était l’allié le plus important de la Turquie. Les consuls allemands étaient alors présents dans la plupart des régions de Turquie orientale (à l’exception de Van), où la majorité des Arméniens souffrit et périt. Les diplomates et informateurs allemands recueillirent des rapports de témoins oculaires et autres matériaux, et parvinrent à envoyer tous ces documents à l’ambassade d’Allemagne à Constantinople. Comme ils pouvaient utiliser des télégrammes chiffrés qui n’étaient même pas accessibles à leur allié autrichien, et certainement pas aux diplomates américains, tous ces documents furent transmis sans être aucunement censurés.

Ces rapports émanant des consuls d’Allemagne et de leurs informateurs livrent ainsi une description authentique de la déportation et des massacres des populations arméniennes avec une intensité qui n’est comparable qu’à celle des documents américains. Mais il existe une différence de taille : les rapports allemands furent communiqués en temps réel, tandis que la plupart des rapports américains furent rédigés des années plus tard. Autre différence importante, le fait que les diplomates allemands étaient beaucoup plus proches des officiels turcs que leurs homologues américains, du fait de leur alliance politique et militaire.

Les rapports des ambassadeurs d’Allemagne à Constantinople revêtent deux aspects. Premièrement, ils informaient directement Berlin de ce qu’ils apprenaient de leurs consuls et informateurs. Deuxièmement, ils rassemblaient et envoyaient des documents dans lesquels l’interférence des politiques turcs de premier plan (en particulier, Talaat, Enver, Djemal et Halil) avec les agissements et l’opinion de l’Allemagne, est évidente.

Les documents extraits du ministère allemand des Affaires Etrangères à Berlin illustrent la politique allemande concernant la Turquie et la soi-disant « question arménienne » : alors que la plupart des consuls allemands et leurs témoins oculaires éprouvent très souvent de la sympathie pour les Arméniens, les autorités allemandes de haut rang à Berlin concevaient la « Realpolitik » de l’Allemagne dans un sens tout autre. Pour n’en donner qu’un seul exemple : la communauté chrétienne d’Allemagne s’inquiétant au vu des rapports émanant de Turquie, le chancelier Bethmann Hollweg promit d’être solidaire des chrétiens, partant des Arméniens aussi. En réalité, il était proche de l’allié turc. En réponse à un télégramme provenant de l’ambassadeur d’Allemagne Wolff-Metternich, lui demandant moins de considération pour la Turquie, et davantage de soutien moral envers les Arméniens, Bethmann Hollweg écrit : « Notre seul objectif est de maintenir la Turquie à nos côtés jusqu’à la fin de la guerre, peu importe que cela ait pour résultat que les Arméniens périssent ou non. »

En 1919, l’Allemand Johannes Lepsius, un ami bien connu des Arméniens, publia une partie de ces documents, mais la plupart d’entre eux avaient été trafiqués par le ministère allemand des Affaires Etrangères. L’objectif de cette manipulation était de dissimuler la coresponsabilité de l’Allemagne, du fait de la Conférence de Paris qui se tenait alors. L’on ignore si ces manipulations advinrent avec le consentement de Lepsius, mais ce ne fut probablement pas le cas. Lepsius n’obtint que des copies de la part du ministère, qu’il ne put comparer aux originaux.

Notre ouvrage est subdivisé en quatre parties.

La partie 1 compile des documents qui témoignent du génocide. Pour la plupart des consuls et leurs informateurs, il n’y a aucun doute que toutes les actions visent à un anéantissement complet du peuple arménien.

La partie 2 livre un résumé des affirmations, hésitations et agissements politiques des Allemands à l’ambassade d’Allemagne à Constantinople.

La partie 3 aborde les agissements d’officiers allemands importants à l’encontre du peuple arménien, incluant même les ordres allemands de déportation.

Enfin, la partie 4 détaille l’action politique allemande à Berlin et Constantinople, culminant dans la conclusion que l’Allemagne a une claire coresponsabilité dans le génocide arménien. Ceci se fonde sur le fait que les Allemands acceptèrent finalement la déportation de tous les Arméniens (excepté ceux de Constantinople), y compris les femmes et les enfants, alors qu’ils savaient, au vu des rapports de leurs consuls, que cela signifiait un arrêt de mort pour la plupart d’entre eux. Si les témoignages sur le génocide sont connus à partir d’autres sources, nos documents concernant la coresponsabilité de l’Allemagne sont totalement nouveaux et n’ont jamais été publiés auparavant.

L’ouvrage comprendra environ 800 pages dans la version allemande originelle (dix pour cent de moins dans la version anglaise, du fait de la traduction), qui se compose d’environ 650 pages pour 240 documents (dont 80 publiés par Lepsius, mais la plupart dans une version falsifiée), une introduction de 100 pages et autres éléments (préface, index, glossaire, etc.). Si nous parvenons à financer la correction des épreuves, la composition, la mise en page et l’impression, nous pourrons vendre l’ouvrage 50 euros l’unité, permettant un tirage élevé de 2 000 exemplaires pour l’Allemagne et 3 000 exemplaires en langue anglaise.

L’Institut Zoryan a déboursé 70 000 dollars US pour l’édition microfilmée, un lecteur équipé d’imprimante, et pour la traduction d’environ 300 documents. L’Institut sera donc cité en tant que partenaire en couverture de l’édition anglaise. Nos besoins financiers pour achever ces deux ouvrages seront d’environ 10 000 euros pour les traductions restantes (introduction, préfaces, index, etc.) et d’environ 25 000 euros pour la correction des épreuves, la composition, la mise en page et l’impression de chaque version, ce qui fait un total de 60 000 euros. En échange, notre mécène sera autorisé à concevoir la mise en page de la couverture de la version allemande originelle, ainsi qu’une partie du contenu des deux versions.
        
NdT : Rappelons que cet ouvrage vient d’être traduit en turc : Wolfgang Gust, Alman Belgeleri Ermeni Soykırımı 1915-16 - Alman Dışişleri Bakanlığı Siyasi Arşiv Belgeleri, traduit de l’allemand en turc par Zekiye Hasançebi et A. Takcan, Istanbul : Belge Yayınları, 2012.
Voir aussi l’entretien accordé par Wolfgang Gust à Toros Sarian, paru en 2008 in Massis Weekly et traduit sur notre blog : http://armeniantrends.blogspot.fr/2009/02/wolfgang-gust-interview.html.

__________

Traduction : © Georges Festa – 05.2012.