dimanche 10 juin 2012

Armenian Reactions to Latin Missionaries in the Fourteenth Century / Les réactions arméniennes aux missionnaires latins au 14ème siècle

© J. Paul Getty Trust Publications, 2001


Les réactions arméniennes aux missionnaires latins au 14ème siècle
Conférence du docteur Sergio La Porta, Université de Fresno, 22.03.2012
 
par Andrew Esguerra
 
Hye Sharzhoom, mai 2012, vol. 33, n° 4


Eclairant une période de conflit interne dans la religion arménienne, le professeur Sergio La Porta, titulaire de la chaire d’études arméniennes Haig et Isabel Berbérian, a pris la parole devant une assistance nombreuse à l’université de Fesno, jeudi 22 mars dernier. Cette conférence s’inscrivait dans le cadre du séminaire printanier d’études arméniennes.

Dans son exposé intitulé « Savoir, hérésie et inquisition : la réaction arménienne aux missionnaires latins au 14ème siècle », le docteur La Porta a évoqué la réaction culturelle et religieuse des Arméniens face aux missionnaires catholiques romains à cette époque.

La Grande Arménie, cette région sans accès à la mer où se trouve l’actuelle république d’Arménie, était alors gouvernée par quelques familles de premier plan. Les Arméniens y vivaient, pris en sandwich entre deux puissances politiques régionales, les Mamelouks d’Egypte et l’empire mongol. Bien que l’Arménie cilicienne entretînt des liens importants avec l’Eglise catholique romaine depuis le 12ème siècle, les moines franciscains n’entamèrent leur périple vers la Grande Arménie que dans la seconde moitié du 13ème siècle. Leurs premières tentatives pour propager les enseignements catholiques en Arménie furent suivies par les missionnaires dominicains, qui parvinrent rapidement à dominer l’activité missionnaire dans la région.

Au début, quelques Arméniens accueillirent les moines latins. Zakaria Dzordzoretsi, qui dirigeait le monastère de Saint-Thaddée, permit à des missionnaires franciscains de donner des cours de théologie. D’après les témoignages de voyageurs européens, Zakaria aida aussi à la conversion de quelque 4 000 Arméniens au catholicisme romain.

Le succès rapide des missionnaires catholiques alarma certains évêques arméniens tels que Stépanos Orbélian, qui critiqua de même les relations étroites de la Cilicie avec l’Eglise catholique romaine. Dans une correspondance contemporaine, le chef de l’école monastique de Gladzor, Essayi Nchetsi, conseille à ses compatriotes arméniens d’être prudents dans leurs contacts avec les catholiques et les Arméniens qui suivent leurs enseignements ; de les considérer comme chrétiens, mais de ne pas les inciter à débattre.    

Quoi qu’il en soit, la popularité des enseignements catholiques continua de croître, en particulier après la reconnaissance officielle par la Papauté des Frères-Uniteurs, un ordre monastique arménien qui était pleinement uni à Rome. Le docteur La Porta posa la question de savoir pourquoi tant de moines arméniens furent attirés par le catholicisme romain durant cette période. Laissant entendre que la curiosité intellectuelle fut un motif central, mais aussi que la tradition aristotélicienne latine, qui se développa dans l’ordre dominicain tout au long du 13ème siècle, fut des plus attractive pour des étudiants arméniens eux-mêmes familiers de leur propre tradition aristotélicienne.

La réaction de l’Eglise apostolique arménienne, face aux succès grandissants des missionnaires catholiques romains et catholiques arméniens, se fit plus âpre durant la seconde moitié des 14ème et 15ème siècles. La Porta montra comment des moines dirigeants de l’Eglise apostolique arménienne lancèrent des enquêtes semblables à celles de l’Inquisition, afin de s’assurer que les Arméniens ne se convertissent pas. Bien que ces investigations ne semblent pas avoir été autorisées ou approuvées officiellement par les dirigeants de l’Eglise à la manière de l’Inquisition en Europe, elles furent souvent violentes, parfois même meurtrières. L’A. fit remarquer, néanmoins, que les missionnaires européens ne furent jamais inquiétés et que ces enquêtes et cette violence demeurèrent internes.

En dépit de cette réaction ferme à l’encontre des Arméniens qui s’étaient convertis, le docteur La Porta souligna que les mêmes personnes qui dirigèrent ces procédés inquisitoriaux étaient eux-mêmes bien informés de la littérature catholique traduite en arménien. Intégrant des éléments de la littérature catholique romaine dans leurs ouvrages et réformant le système éducatif monastique arménien d’après les critères catholiques. Ils modifièrent ainsi la forme de la tradition intellectuelle arménienne, tout en assignant des limites à l’identité arménienne.   

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012.