dimanche 2 septembre 2012

Aurélien Lévêque - El Puesto

© Hévadis Films, 2012

El Puesto

Un film documentaire d’Aurélien Lévêque



Dire le vent, les espaces voués à la solitude. La Patagonie, cette extrême-Amérique, partagée entre mémoires oubliées et marges économiques. Le quotidien d’un peón d’estancia. Veillant aux barrières, aux troupeaux de moutons.

Dans le sillage d’un Kenneth White, la caméra d’Aurélien Lévêque est attentive aux signes, aux marques, pour ne pas dire aux cicatrices. L’élément minéral, végétal, qui éprouve la dureté climatique, accompagnant l’homme dans ses pérégrinations quotidiennes. Torsions de racines vers le ciel. Troncs moussus absorbant le regard. Comme si la nature, souveraine, labyrinthique, observait, guettait.

L’estancia Rolito. Par delà les rapports de classe, à peine suggérés, une communauté de destin. Perdurer, survivre. Marin, le puestero. Sa cabane de bric et de broc. Des gestes les plus humbles aux regards qui doutent, échappent. Donner à voir l’existence quasi anonyme, aux prises avec le silence, l’immensité. Où l’on songe à la Sakhaline de Tchékhov. Aller jusqu’au bout de la vie, des mots. Jour après jour.

Et puis l’élément animal. Chevaux, castors. Pris au piège eux aussi. Comme si les barrières n’en finissaient pas. Les enfermements. Le poulain rétif. Dont on dépèce la carcasse. Les nuées de moutons dévalant vers le lieu de tonte. Tel un delta, une lave. Les accélérations. L’économie reprend ses droits. Les chiffres que l’on devine. Le geste du tondeur. Détail d’une peau accrochée à une barrière. Anamorphose.

Les rares visites. Rituel du maté. Seller sa monture. L’œil du cheval. Protestation muette ou acceptation résignée. Forêts hallucinées, lunaires. Qui étendent leur emprise à la façon d’une marée. Omniprésence du vent. Dans ce poste de garde, lire les hantises, les sirènes d’un monde autre et familier. Nos exils, nos manques. Etre là, d’avant ou après la catastrophe. Nos Patagonies.

© georges festa – 09.2012.