dimanche 18 novembre 2012

Aret Gicir - Interview

© Aret Gicir, Mon frère, 2007, huile sur carton, 70 x 100 com
Avec l'aimable autorisation de l'artiste


« Il n’y a aucune diversité culturelle en Turquie. »
 
Entretien avec Aret Gicir, artiste arménien d’Istanbul
 
par Ani Hovhannissian
 
Hetq, 03.10.2012


Aret Gicir, artiste arménien installé à Istanbul, ne laisse tout simplement entrer personne dans son atelier.

Le motif d’un tel secret est sa série d’œuvres ayant pour thème Sa Béatitude Mesrop II Mutafian, Patriarche arménien de Constantinople, actuellement atteint de la maladie d’Alzheimer.

Seules quelques-unes de ses nombreuses compositions sont prêtes à être exposées. Aret nous précise qu’il ne commentera pas les raisons pour lesquelles il s’est centré sur la maladie frappant le prélat jusqu’à l’inauguration de l’exposition.

« Même si mes œuvres ont une signification politique, je veux les affranchir de toute notion liée à la politique et à l’Eglise. Je n’expose les portraits de l’archevêque que d’un point de vue artistique. Je veux que les gens y voient avant tout de l’art, » explique-t-il.

D’Erevan à Istanbul

Aret est le seul Arménien d’Istanbul que j’ai rencontré à se comporter tel un habitant d’Erevan. Après avoir étudié durant un an aux Beaux-Arts à Lyon, Aret est parti en Arménie, où il s’est inscrit à l’Académie des Beaux-Arts d’Erevan.

Pour l’heure, il flâne devant les boutiques de luxe de la place Taksim et, lorsqu’il atteint une petite intersection, il change de direction vers son atelier situé dans un immeuble qui se distingue par son style architectural arménien.

- Ani Hovhannissian : Que pourrais-tu dire du niveau des études à l’Académie des Beaux-Arts d’Erevan ?
- Aret Gicir : Des gens sans aucune notion d'art sont admis gratuitement dans cette école, grâce à leurs relations. Les étudiants réellement méritants sont écartés. Les méthodes d’enseignement sont par ailleurs obsolètes. Tu as l’impression d'acquérir des choses fondamentales, mais qui ne sont pas pertinentes pour l’époque actuelle.

- Ani Hovhannissian : Tu veux dire qu’il y a un manque de bons enseignants ?
- Aret Gicir : Les enseignants sont là, mais finissent par être écœurés. Mis à part quelques exceptions, ils ne sont là que pour se faire un peu plus d’argent. On pourrait penser que des jeunes anticonformistes s’inscriraient de préférence dans une école d’art, mais à Erevan c’est le contraire : ce sont les plus conservateurs. Les esprits indépendants sont une minorité.

- Ani Hovhannissian : Quelle différence, si nous comparons Lyon, Istanbul et Erevan en termes d’art ?
- Aret Gicir : Impossible de les comparer à Lyon, car cette ville est dans un contexte temporel totalement différent. Istanbul essaie d’avoir de l’art contemporain et l’expose. Elles dépensent des sommes énormes en matière d’art contemporain.

- Ani Hovhannissian : Tes tableaux sont cachés dans cette pièce où tu travailles. Pourquoi ne les exposes-tu pas, au moins, dans ton atelier ?
- Aret Gicir : Je pense qu’il existe différentes façons d’exposer l’art. Ça doit se faire dans une exposition officielle. Et puis le processus d’exposition implique pour moitié de cacher les œuvres.

- Ani Hovhannissian : La diversité culturelle est peu présente à Erevan, mais à Istanbul tu peux rencontrer des gens de cultures et de religions différentes. Cette diversité influence-t-elle ton art, et si oui, comment ?
- Aret Gicir : Je ne ressens pas autant de diversité. Probablement parce que je vis ici depuis pas mal d’années. Il n’y a pas une telle diversité ici. Ni  même de sous-cultures. Tout a été effacé. Il n’existe qu’une seule culture – la culture turque.

- Ani Hovhannissian : Outre la peinture, tu es aussi caricaturiste pour le journal Agos. Arrives-tu à vivre avec ça ?
- Aret Gicir : J’ai un style de vie moyen. Ici aussi, les artistes ne vivent pas bien. 

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Traduction : © Georges Festa – 11.2012.

site d’Aret Gicir : http://www.aretgicir.com