dimanche 16 décembre 2012

Arthur Haroyan - 1915 / Interview 2

© Grupo ARCA - Conselho Nacional Armênio, 2012

 

Entretien exclusif avec Arthur Haroyan, dramaturge du spectacle 1915
 

 
[Portal Estação Armênia a eu un entretien exclusif avec Arthur Haroyan, le dramaturge de la pièce théâtrale 1915, qui présente l’extermination d’environ un million et demi d’Arméniens par les Turcs ottomans, laquelle débuta en 1915. La pièce est à l’affiche ce mardi 23 octobre à l’Espace Scénique Viga, dans le quartier de Sumaré, à São Paulo.

Nous présentons ci-dessous cet entretien.]

- Portal Estação Armênia : Qui est Arthur Haroyan ?
- Arthur Haroyan : Je suis né en Arménie, dans la région de Lori, d’où sont issus les grands écrivains arméniens tels que Hovhannès Toumanian, Hrant Matévossian, etc. A l’époque du tremblement de terre de 1988, lorsque ma ville fut détruite, ma famille est partie à Tbilissi, en Géorgie. J’ai de bons souvenirs de cette ville. Juste après, lorsque tout s’est normalisé, nous sommes rentrés en Arménie et malheureusement, la guerre a éclaté avec l’Azerbaïdjan. Nous avons quitté à nouveau le pays, mais cette fois on est allé en Sibérie, dans la Russie. C’est ainsi que j’ai pris goût aux voyages. Après avoir servi dans l’armée russe en Arménie, qui protégeait la frontière avec la Turquie, j’ai entamé des études de langue et littérature russes. J’ai travaillé comme journaliste, je donnais des conférences sur de nombreux sujets (droits de l’homme, société et sociologie), mais ce qui me plaisait vraiment c’était la scène.
Sans avoir de formation théâtrale, j’ai signé un contrat avec un théâtre de ma ville. J’ai travaillé là pendant un bon bout de temps. J’ai réalisé plusieurs pièces. Quant à ma venue au Brésil, c’est une longue histoire que je vous réserve pour une autre occasion, mais c’est ici, à São Paulo, que je me suis diplômé en théâtre. J’ai réalisé plusieurs travaux publicitaires, des courts métrages, des pièces. Je donne des cours d’arménien à l’externat José Bonifácio (école arménienne de São Paulo).

- Portal Estação Armênia : Comment est née l’idée de la pièce ?
- Arthur Haroyan : Quand j’avais 13 ans, pour l’anniversaire de ma sœur, je lui ai offert un recueil de poésies. J’ai toujours aimé inventer des histoires pour mes amis, sans connaître la fin. J’improvisais sur le moment. Durant mon service militaire, j’ai écrit beaucoup de pièces en arménien et en russe. Bref, aussi loin que je me rappelle, j’ai toujours écrit. Un jour, j’ai pris simplement un cahier et un stylo et, sans avoir de personnages précis, ni de contenu, j’ai mis en image quatre femmes qui se trouvent dans une maison et n’arrivent pas à en sortir. Mais pourquoi n’y arrivent-elles pas ? Et qui sont ces femmes ? J’avais en tête cette question, pendant que j’écoutais de la musique folklorique arménienne. Et j’ai pensé que ces femmes ne pouvaient pas sortir, car à l’extérieur se déroulait un massacre. Gayané, Anna, Anouch et Sona, tels sont les noms de ces femmes. Ainsi est née en toile de fond l’idée du génocide. Ensuite, j’ai ajouté les scènes, les thèmes, les personnages… Au départ, j’ai écrit en arménien, et puis je l’ai traduite et adaptée à la scène. Notre metteur en scène, Rogério Rizzardi, joue toujours avec moi en me disant que 1915 est un scénario de film et non de pièce théâtrale. En fait, il avait raison ; d’ailleurs, en l’écrivant, j’imaginais un film et j’espère que par la suite la pièce deviendra un film.

- Portal Estação Armênia : 1915 a donc été écrit spécialement pour ceux qui ignorent l’histoire du génocide, c’est ça ?
- Arthur Haroyan : Bien sûr ! C’est l’objectif numéro 1 de la pièce. Elle ne se propose pas seulement de montrer le génocide des Arméniens, mais aussi de maintenir vivante et de montrer la culture d’un peuple qui a plus de 5 000 ans d’histoire.

- Portal Estação Armênia : Le centenaire du génocide s’approche. Croyez-vous que la Turquie reconnaîtra un jour ce crime ?
- Arthur Haroyan : Tout le monde sait ce qui est arrivé aux Arméniens durant la Première Guerre mondiale et cela ne dépend aucunement d’une reconnaissance par la Turquie. Et je suis certain que c’est seulement s’il y a reconnaissance du crime, comme dans le cas de l’Allemagne, que la Turquie pourra poursuivre son histoire sans cette tache sur son passé.

- Portal Estação Armênia : Les membres du groupe théâtral ARCA avaient-ils déjà entendu parler du génocide arménien ? Quelle a été leur réaction, après avoir appris cette histoire ?
- Arthur Haroyan : Ils l’ignoraient pour la plupart. Quand j’ai montré le texte à Rogério, il a été très intéressé car il n’avait jamais entendu parler du génocide arménien. Après de nombreuses recherches avec la troupe, nous sommes arrivés au point où nos actrices brésiliennes se sont mises à chanter Dele Yaman [O mon cœur] en arménien, avec la même émotion qu’un Arménien. Elles connaissaient déjà le monument aux martyrs du génocide, notre église et notre association arménienne (SAMA).

- Portal Estação Armênia : Emouvoir les gens est une façon de leur faire prendre conscience ?
- Arthur Haroyan : Je pense que le théâtre peut amener les gens à penser autrement. C’est ce qui se passe, comme ça s’est passé dans notre propre groupe.

- Portal Estação Armênia : Avez-vous été sollicités par des médias, comme celui-ci ?
- Arthur Haroyan : Des gens sont venus de la part de Veja, Folha, Estadão, Uol et ailleurs… Nous donnons aussi des interviews dans Globo, Band, etc… Je pense qu’on a une bonne couverture. Je suis très heureux de faire connaître notre histoire avec ses pages tristes et tragiques. J’en suis fier !

- Portal Estação Armênia : Parlez-nous de la pièce. De quand à quand est-elle à l’affiche ?
- Arthur Haroyan : Nous sommes à l’affiche du 23 octobre au 12 décembre [2012], le mercredi et le jeudi à 21 heures, à l’Espace Scénique Viga, qui se trouve 1323 rue Capote Valente, à Sumaré.

- Portal Estação Armênia : Avez-vous l’intention de présenter cette pièce dans d’autres villes ou Etats ?
- Arthur Haroyan : Oui. Notre objectif est de faire connaître cette histoire à un maximum de gens. Nous cherchons des soutiens pour cela.

- Portal Estação Armênia : Je sais que vous êtes depuis peu au Brésil, mais comment voyez-vous la communauté arménienne depuis vos premiers contacts jusqu’à maintenant ?
- Arthur Hagoyan : La communauté m’a beaucoup aidé dans ce passage au Brésil. Mon premier emploi a été à l’externat José Bonifácio de São Paulo. J’aimerais aussi remercier les gens qui m’ont aidé à réaliser ce projet, en particulier toute l’équipe du CNA [Conselho Nacional Armênio / Conseil National Arménien – Délégation du Brésil] !

- Portal Estação Armênia : Pourriez-vous ajouter quelques mots spécialement pour nos lecteurs de Portal Estação Armênia ?
-  Arthur Hagoyan : Quel que soit le lieu, n’oubliez jamais vos racines !

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Traduction du portugais : © Georges Festa – 12.2012.