dimanche 16 décembre 2012

Arthur Haroyan - 1915 / Interview

© Cristiano Rolemberg, 2012
http://estacaoarmenia.com.br/agenda/espetaculo-1915

 

1915 : la pièce d’Arthur Haroyan fait salle comble au Brésil
 
par Anush Kocharyan [Anouche Kotcharian]
 
Hetq, 30.11.2012

 
La première de 1915, pièce d’Arthur Haroyan, a eu lieu à São Paulo, au Brésil, le 28 octobre dernier, et continue d’attirer un nombreux public. J’ai récemment téléphoné à Arthur et je lui ai posé quelques questions sur l’accueil critique et les réactions des spectateurs.

- Anouch Kotcharian : Comment la première, attendue depuis longtemps, de 1915 a-t-elle été accueillie par les Arméniens locaux et les amateurs de théâtre à São Paulo ?
- Arthur Haroyan : J’ai été agréablement surpris de constater que le public se composait pour l’essentiel de Brésiliens. Naturellement, il y avait aussi des Arméniens. Notre site internet a reçu de nombreuses lettres des deux côtés sur la pièce.
Beaucoup de gens nous disent qu’ils n’arrivent pas à dormir, après avoir vu la pièce, car l’histoire est rendue de façon très réaliste. Ils commencent même à mener des recherches de leur côté sur ces événements.
Souvent, à la fin de la pièce, les acteurs se présentent sur scène et s’inclinent devant le public en silence. Applaudir après un tel récit leur paraîtrait incongru. Ils sont très émus en sortant du théâtre.

- Anouch Kotcharian : La crainte que les Brésiliens ne saisissent pas le thème clé de la pièce aboutirait donc à l’opposé ?
- Arthur Haroyan : Nous avons modifié beaucoup de détails, depuis que la pièce a commencé, et nous avons simplifié de nombreuses scènes, car ce qui se déroulait sur scène ressemblait plus à un film qu’à une représentation théâtrale.
Le spectateur ne comprenait rien à ce mélange. Aujourd’hui encore, il n’est pas évident aux yeux de certains que les quatre femmes qui continuent de se détacher dans les scènes soient mortes ou vivantes, après la première scène.
Nous intégrons le symbolisme afin de simplifier les choses. Par exemple, pourquoi boivent-ils et mangent-ils dans des plats vides, ou pourquoi parlent-ils d’un objet, quand rien de tel n’existe sur scène ?
Le symbolisme est devenu est des éléments les plus importants de la pièce ; peut-être en est-il la base.
Je suis davantage satisfait lorsque le spectateur n’arrive pas à deviner l’énigme de la représentation avant la fin, quand ils ne peuvent distinguer la frontière séparant la mort de la vie.

- Anouch Kotcharian : La pièce continuera-t-elle à être jouée ?
- Arthur Haroyan : Nous présentons la pièce chaque mardi et chaque mercredi, pour que les spectateurs puissent se faire une opinion. Le théâtre fait salle comble. Après la pièce, la majorité du public reste et nous avons des débats intéressants.
La pièce se joue jusqu’au 12 décembre [2012] et nous prévoyons de la présenter dans d’autres villes au Brésil. Nous la présenterons même en Arménie, si nous arrivons à trouver des mécènes pour couvrir les frais engagés.
Les acteurs brésiliens, tous professionnels, ont aussi exprimé le désir de se rendre en Arménie, car ils ont pris conscience, au niveau émotionnel, de cette page sanglante de notre histoire.
Ils veulent aussi goûter à la grenade, un des symboles les plus importants de la pièce.

__________

Traduction : © Georges Festa – 12.2012.