vendredi 21 décembre 2012

El-Halia, 20 août 1955 : un Oradour-sur-Glane de la guerre d’Algérie / El-Halia, Aug. 20 1955 : Algerian War’s Oradour-sur-Glane

Massacre d’El-Halia, Algérie – Village d’Oradour-sur-Glane, France
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El-Halia, 20 août 1955 : un Oradour-sur-Glane de la guerre d’Algérie


Le village d’El-Halia est situé à une quinzaine de kilomètres à l'est de Philippeville (1). Il comprenait 130 habitants européens (hommes, femmes et enfants), employés de bureau, cadres techniques et ouvriers spécialisés de la mine. Ces Européens vivaient en bons termes avec les ouvriers musulmans qui depuis le début des évènements leur avaient affirmé qu'ils n'avaient rien à craindre et qu'ils sauraient les défendre si une bande de hors-la-loi tentait un coup de main.

C'était un village de travailleurs où régnait la paix.

Le 20 août, entre 11h55 et 12 heures, le petit centre était attaqué aux deux extrémités par quatre bandes opérant avec une simultanéité parfaite.

L'effet de surprise fut d'autant plus grand que les attaquants ouvriers ou anciens ouvriers - étaient tous connus des Européens.

Au même moment, une embuscade placée sur la route, à 1,5 km, surprit un des camions de la société dont le chauffeur fut égorgé, et la camionnette du courrier transportant trois Européens qui furent tués et une Européenne qui grièvement blessée et laissée pour morte sur le terrain, put être sauvée.

Au village, les hommes habitant la première et la dernière maison furent surpris sur la route à proximité de chez eux et égorgés.

Les autres, soit 10 Européens, parvinrent à se barricader dans les maisons. Certains armés de fusils et réunis dans le même logement, purent résister ; les autres, non armés, furent égorgés ou échappèrent au massacre en se cachant ou s'enfuyant.

Toutes les femmes et les enfants découverts furent égorgés. Aux ateliers, tous les ouvriers furent abattus sans qu'ils aient pu résister. Parmi les rescapés, six familles seulement durent leur salut à la défense armée ; certains autres échappèrent aux recherches par chance et par suite du manque de cohésion des insurgés.

Au bout d'une heure d'attaque, les ouvriers musulmans étrangers à la région qui avaient assisté jusque-là en spectateurs aux scènes qui se déroulaient sous leurs yeux, se précipitèrent "à la curée" sous les youyous d'encouragement des femmes et se joignirent aux assaillants.

Le massacre se généralisa : les portes des habitations furent dynamitées. Les émeutiers, une fois dans les maisons, cherchaient dans les placards, sous les lits, des hommes, des femmes et des enfants qu'ils connaissaient pour la plupart depuis des années, pour les abattre à coups de fusil, mais surtout à l'aide de haches, de serpes et de coutelas.

Certains recherchèrent avec acharnement leurs camarades de travail européens et les membres des familles qui manquaient parmi les cadavres, pour les exterminer à leur tour. Ils appliquaient à la lettre la consigne de fanatisme aveugle et xénophobe qui leur avaient été données : celle d'exterminer tous les Européens.

Les victimes furent égorgées, mutilées, dépecées avec une sauvagerie indescriptible : une femme fut éventrée et son nouveau-né introduit dans la blessure béante. D'autres femmes furent violées. Des bébés de quelques mois eurent le crane fracassé contre les murs. De jeunes enfants furent égorgés d'une oreille à l'autre et leur corps lardé à coup de couteau. Et lorsqu'ils ne trouvèrent plus d'Européens vivants dans le centre, ils saccagèrent les maisons, puis les dynamitèrent. Il y eut, dans ce seul village, 33 tués, 15 blessés et 2 disparus : parmi eux 21 enfants ou adolescents de moins de 20 ans….

NdE :


1. Actuelle Skikda. 

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Source : http://isly.pagesperso-orange.fr/liste%20el-halia.htm
Lire aussi le témoignage de Madame Marie-Jeanne Pusceddu, rescapée du massacre d’El-Halia : http://babelouedstory.com/cdhas/31_20_08_1955_suite/massacre_el_halia.html
Pour une mise en perspective récente, voir la communication de Claire Mauss-Copeaux, "L'insurrection du Constantinois, 20 août 1955", présentée lors du colloque "Pour une histoire critique et citoyenne - Le cas de l'histoire franco-algérienne", Ecole Normale Supérieure Lettres et Sciences (Lyon), 20-22 juin 2006 - http://www.ldh-toulon.net/spip.php?article1981.