jeudi 13 décembre 2012

Levon Thomassian - Summer of '42 : A Study of German-Armenian Relations During the Second World War / Eté 42 : Etude des relations germano-arméniennes durant la Seconde Guerre mondiale


Levon Thomassian
Summer of ’42. A Study of German-Armenian During the Second World War
Atgen (Pennsylvanie) : Schiffer Publishing, Ltd., 2012


Une étude sur les relations germano-arméniennes durant la Seconde Guerre mondiale réfute les accusations de collaboration

par Daphne Abeel, 24.11.2012


 

L’historien Levon Thomassian a choisi de traiter une question sensible dans son essai scientifique, des plus documenté, sur les relations germano-arméniennes durant la Seconde Guerre mondiale. S’il est incontestable qu’un certain nombre d’Arméniens, essentiellement d’anciens prisonniers de guerre de l’Armée Rouge, ont servi le régime nazi à différents titres, Thomassian réfute avec détermination la thèse, propagée, précise-t-il, essentiellement par des sources turques, selon laquelle les Arméniens auraient souscrit aux pratiques racistes, antisémites des forces hitlériennes.

Thomassian s’est décidé à étudier ce sujet, après avoir lu un ouvrage intitulé Foreign Volunteeers of the Wehrmacht 1941-45, qui relatait l’existence de la Légion dite Arménienne, formée sous les auspices des forces armées allemandes (1). Ce groupe d’hommes se composait en majeure partie d’anciens prisonniers de guerre de l’Armée Rouge, qui avaient été capturés par les Allemands, lorsqu’ils envahirent l’Union Soviétique en 1941. L’ouvrage faisant cependant peu référence aux Arméniens, Thomassian entreprit de mener ses propres recherches et son étude.

Il observe dans sa préface : « J’ai découvert ensuite que des Arméniens ont servi sous le Troisième Reich à différents niveaux, certains volontairement, d’autres involontairement. » Ses premières enquêtes ont révélé le fait que de nombreuses sources qui faisaient référence aux relations germano-arméniennes étaient d’origine turque et diffusaient souvent la thèse selon laquelle les Arméniens soutinrent le génocide juif. Il cite un article émanant de l’Assemblée des Associations Turques d’Amérique (Assembly of Turkish American Associations – ATAA), dû à Ayhan Ozer, qui déclare : « Des preuves historiques renvoient à une collusion sournoise des Arméniens avec Hitler, visant à exterminer les Juifs durant la Seconde Guerre mondiale. »

La complexité des alliances et des fidélités n’est pas facile à démêler, compte tenu de la violence de cette période et des scissions dans la politique arménienne. Comme l’écrit l’A., « Telle ou telle affiliation ou sympathie pour la mouvance bolchevik, hentchaks, ramgavar ou dachnak influence souvent l’interprétation des relations germano-arméniennes, avant, pendant et après la guerre. »

Rappelons qu’un moment clé, suite à l’absorption en 1921 de l’Arménie brièvement indépendante au sein de l’Union des Républiques Socialistes Soviétiques (URSS), fut l’assassinat en 1933 de l’archevêque Ghevond [Leon] Tourian à New York. Tourian avait refusé de permettre que le drapeau tricolore de l’Arménie indépendante fût déployé sur la tribune, où il devait prendre la parole. Sa mort, perpétrée par des membres du parti dachnak, approfondit notablement le fossé entre les dachnaks et leurs rivaux, les partis ramgavar, hentchak et bolchevik arménien.

Même si, officiellement, le parti dachnak se situa aux côtés des Alliés durant la guerre, une fraction de ce même parti, conduite par Drastamat Kanayan, héros de la Première Guerre mondiale, connu plus familièrement sous le nom de Général Dro, choisit de soutenir l’Allemagne pour parvenir à ses fins. Thomassian réfute cependant l’idée que Dro ait jamais conduit un bataillon arménien au service de la cause nazie. « Le rang d’officier nazi, précise-t-il, y compris celui de commandant de bataillon, était réservé exclusivement aux Allemands. »

S’appuyant principalement sur des documents d’archives allemandes et certaines sources américaines, Thomassian conclut que les Ostarbeiter (Travailleurs de l’Est, qui comptaient des Arméniens) « ne furent guère plus que des esclaves de travail sans solde, au profit de l’agriculture et de divers industries allemandes. »

Thomassian montre que les Arméniens furent assujettis à la politique raciste du national-socialisme. Les Arméniens, dans de nombreux cas, n’étaient pas reconnus comme Aryens et furent contraints de porter des signes d’identification, une tactique étonnamment similaire à l’ostracisme visant les Juifs au moyen de l’étoile jaune. L’Allemagne mit en place ce qui fut appelé l’Ostministerium [Ministère des Affaires Orientales], afin de sélectionner des « volontaires » issus des camps de prisonniers soviétiques, où les conditions étaient effroyables. Pour fuir ces camps, un certain nombre d’Arméniens acceptèrent de rejoindre les forces allemandes. Et puis il y eut ceux, parmi lesquels le général Dro, qui espéraient renégocier l’indépendance de l’Arménie avec l’Allemagne, une fois la guerre remportée par Hitler et ses forces. Dro et d’autres s’imaginaient aussi que leur alliance avec l’Allemagne ferait en sorte que la Turquie n’envahît pas l’Arménie ou n’entrât pas en guerre. Par ailleurs, certains Arméniens étaient disposés à rejoindre les forces allemandes par haine des bolcheviks.

Dans les cas où des Arméniens furent de fait autorisés à combattre les Soviétiques, par exemple en Géorgie, en Arménie et au Caucase Nord, ils n’étaient représentés qu’en très petit nombre, parfois 20 ou 30 hommes dans une unité de commando.

Dans son chapitre conclusif, Thomassian avance son argument le plus solide, quant au fait que les Arméniens ne collaborèrent pas avec les Nazis. Il affirme que ceux qui servirent le Troisième Reich, à divers titres, le firent essentiellement car ils risquaient la mort et enduraient des souffrances dans les camps de l’Armée Rouge. Il souligne que beaucoup plus d’Arméniens se portèrent volontaires et servirent aux côtés des Alliés durant la guerre. La République Socialiste Soviétique d’Arménie fournit à elle seule plusieurs centaines de milliers d’hommes de troupe aux Alliés, tandis que des milliers d’autres, venus des Etats-Unis, de Grande-Bretagne et de France, se portèrent volontaires et combattirent du côté des Alliés. Il évoque aussi les nombreuses contributions apportées par les civils arméniens à l’effort de guerre, en particulier la communauté arménienne de Fresno, en Californie.

Il ne s’agit peut-être pas d’un ouvrage à destination du grand public. D’une écriture dense et très documenté, accompagné de notes en fin de chapitres et d’une abondante bibliographie, ce texte intéressera d’autres historiens et ceux qui en seraient encore à croire la thèse selon laquelle les Arméniens auraient contribué, volontairement ou de manière substantielle, à l’entreprise nazie.

Une annexe comprend d’intéressantes illustrations en couleur des identifications et des marques assignées aux Arméniens, qui différaient de celles réservées aux troupes allemandes. Par exemple, les Arméniens n’étaient pas autorisés à être décorés de la Croix de fer pour actes de bravoure et de mérite, mais avaient la permission de porter un insigne nommé Décoration du Peuple de l’Est.

Onze années de recherches ont contribué à cette étude, qui se base sur la thèse de mastère de l’A., soutenue à l’Université d’Etat de Californie. Si Thomassian rejette fermement l’idée d’une collaboration des Arméniens avec les Allemands, il démontre dans ce volume relativement court qu’en fait, les Arméniens jouèrent un rôle dans la tragédie qui ébranla l’Europe durant la Seconde Guerre mondiale.    
     
NdT

1. Carlos Jurado, Foreign Volunteeers of the Wehrmacht 1941-45, Osprey Publishing, 1983, 48 p.  

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Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/112412.pdf
Traduction : © Georges Festa – 12.2012.