samedi 8 décembre 2012

Nancy Kricorian - All the Light There Was / Toute cette lumière alors

© Houghton Mifflin Harcourt, mars 2013 (à paraître)

 

Nancy Kricorian
All the Light There Was
[Toute cette lumière alors]
Boston (Massachusetts) : Houghton Mifflin Harcourt, 2013
 
Un roman retrace une famille arménienne dans Paris occupé par les nazis
 
par Daphne Abeel
 


La romancière Nancy Kricorian a choisi un cadre quelque peu inhabituel pour son nouveau roman. Son récit a pour thème la situation critique de la famille Pégorian et de leur communauté arménienne – tous réfugiés du génocide arménien – en quête d’une vie meilleure et plus sûre à Paris. Mais l’histoire et la violence les rattrapent à nouveau, tandis qu’ils luttent pour survivre à l’invasion et à l’occupation nazie de la France, durant la Seconde Guerre mondiale.

Ecrivaine au style aisé, Kricorian a enquêté avec beaucoup de soin sur la toile de fond présidant à son récit, fondant son intrigue sur ces Arméniens qui rejoignirent la résistance communiste en France, inspirés par Missak Manouchian, un poète arménien qui fut finalement tué avec vingt-deux membres de son groupe par les Allemands en 1944. Pour documenter son récit, Kricorian s’est rendu à Paris à plusieurs reprises et a interviewé des Arméniens qui vécurent sous l’Occupation. Elle est même parvenue à contacter un des rares membres survivants du groupe de Manouchian.

Son héroïne est une adolescente, Maral Pégorian, la fille d’un cordonnier et de sa femme, Azniv, qui bataille pour contribuer aux ressources de la famille grâce à des travaux de couture. Le reste de la maisonnée se compose de Chaké, la tante de Maral, et de Missak, en quelque sorte le frère aîné de Maral, qui s’engage rapidement dans la Résistance avec un ami militant, Zaven Katchérian.

Kricorian dépeint de manière vivante la situation à Paris à cette époque, en particulier le combat incessant pour se procurer de la nourriture. La famille survit en grande partie grâce à un régime à base de navets et de rutabagas, agrémentés à l’occasion d’autres légumes ou parfois d’un poulet. Les rues sont bondées de soldats et d’officiers allemands , qui tentent d’importuner Maral et ses amis.

Volet important dans le roman, la passion naissante entre Maral et Zaven, tandis que celui-ci s’implique de plus en plus dans les actions de la Résistance. Avec Missak, le frère de Maral, il prend de nombreux risques, se joignant à des manifestations, griffonnant des graffiti anti-nazis sur les murs et distribuant des tracts.

Le génocide refait surface, à certains égards, par son absence. Il est présent dans le silence obstiné du père de Maral quant au passé et à travers la dépression de sa tante Chaké.

Autre volet de l’intrigue, l’aide qu’apportent les Pégorian à une famille juive, les Lipski, dont la fille est âgée de trois ans. Lorsque les Lipski sont raflés par les nazis et envoyés dans un camp de concentration, les Pégorian réussissent à sauver la petite et à l’exfiltrer clandestinement, avec l’aide de membres de la Résistance, de Paris, afin qu’elle vive avec une tante en province. 

Un aspect de l’engagement de l’Arménie dans la guerre est représenté par le personnage d’Andom Chirvanian, un Arménien, convaincu par le général Dro de rejoindre l’armée allemande, pour éviter de mourir de faim dans un camp soviétique pour prisonniers de guerre. De belle prestance et avide de se lier à la communauté arménienne de Paris, il est conduit dans le groupe de Maral avec quelques conséquences étonnantes.

Des tragédies frappent les familles Pégorian et Katchérian. Néanmoins, Kricorian entrelace habilement les rebondissements du récit, afin de minimiser, dans une large mesure, les épisodes tragiques qui affectent nombre de ses personnages. Notons qu’elle ne creuse jamais en profondeur, préférant laisser le récit évoluer de telle manière que le lecteur ne puisse manquer d’être captivé, en dépit de quelques coups de théâtre empruntés.

Le véritable Missak Manouchian n’apparaît qu’en marge dans ces pages, restant, en fin de compte, hors champ. A l’opposé, Kricorian crée deux familles arméniennes imaginaires, dont les histoires livrent un portrait crédible de l’existence de cette communauté d’immigrés arméniens, luttant pour survivre au milieu de la guerre et de l’occupation.

[Diplômée du Dartmouth College, Nancy Kricorian a vécu à Paris, puis a obtenu un mastère en Beaux-Arts à l’université de Columbia. Elle est l’auteure de deux premiers romans, Zabelle (Grove / Atlantic, Inc., 1998) et Dreams of Bread and Fire (Grove Press, 2004). Elle vit à New York.]        

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Traduction : © Georges Festa – 12.2012.