samedi 22 décembre 2012

Reparations : Different Meanings for Different Cultures / Réparations : des significations différentes pour des cultures différentes

© Harvard University Press, 2006

 

Réparations : des significations différentes pour des cultures différentes
 
par Daphne Abeel
 

 
WORCESTER, Massachusetts – Jeudi 27 octobre [2011], un public de 200 personnes a bravé la neige pour assister à l’ouverture d’un colloque de deux jours à l’université Clark, intitulé « Par delà le génocide arménien : la question de la restitution et de la réparation, d’un point de vue comparatiste. » Le principal intervenant était John Torpey, professeur de sociologie au Graduate Center de l’université de la Ville de New York (CUNY).

Après des remarques de bienvenue de la part de Deborah Dwork, directrice du Centre Strassler d’Etudes sur la Shoah et le Génocide (université Clark), Taner Akçam, titulaire de la chaire Robert Aram, Marianne Kaloosdian [Caloustian] et Stephen et Marion Mugar d’Etudes sur le génocide arménien, et organisateur du colloque, la soirée débuta par l’annonce de sa victoire auprès de la Cour Européenne des Droits de l’Homme, laquelle a déclaré, suite aux poursuites engagées par le gouvernement turc à son encontre pour avoir évoqué le génocide arménien, au titre de l’article 301 de son code pénal, lequel interdit d’en parler, que ce même gouvernement a violé sa liberté d’expression en Turquie.

Dans son exposé, John Torpey a présenté un vaste tour d’horizon concernant le thème des réparations, soulignant le fait qu’une réparation peut revêtir un sens différent, selon les cultures et les situations. En dépit de ces différences, a-t-il expliqué, il existe des points communs entre les groupes, dont les Juifs d’Europe, les Arméniens, les peuples autochtones d’Amérique et les Afro-américains, qui exigent tous des réparations pour les dommages subis.

Les réparations impliquent habituellement de s’accorder avec le passé, l’espoir qu’un dédommagement financier sera versé au titre des responsabilités, une réconciliation entre les parties, une compensation financière et l’engagement pris que les crimes ne se répèteront pas, a-t-il précisé. Un accord de réparation n’implique pas forcément un facteur financier, comme dans le cas de la Commission Vérité et Réconciliation en Afrique du Sud, qui a amené des groupes de Noirs et de Blancs à exposer ensemble leurs litiges et leurs différences.  

Dans le cas des Afro-américains, qui demandent réparation au titre de l’esclavage, le facteur monétaire est plus important. Si les réparations n’ont pas été versées à des personnes isolées, la question de la réparation a été traitée en partie par la construction d’hôpitaux et d’écoles dans des quartiers défavorisés, à population noire, et celle du Musée National de l’Histoire Afro-américaine à Washington, D.C.

D’autre part, a-t-il ajouté, les réparations envers les Japonais qui furent internés dans des camps aux Etats-Unis, durant la Seconde Guerre mondiale, n’ont entraîné que le versement de 20 000 dollars par personne, « ce qui est insuffisant pour changer leurs conditions de vie, » nota l’A., mais « une façon de traiter ces errements du passé. »

Les peuples autochtones d’Amérique ont demandé et obtenu des réparations pour la préservation de certains territoires tribaux, artéfacts, nécropoles et la concessions de casinos.

Dans le cas des Arméniens, a déclaré J. Torpey, la question des réparations par la Turquie, pour les actes commis lors du génocide arménien, s’est centrée principalement sur la reconnaissance du génocide par la Turquie. Cette question reste centrale, la Turquie « restant opposée à la reconnaissance. »

L’A. releva le fait que les Arméniens ont obtenu quelques réparations après des procès gagnés contre des compagnies d’assurances, comme la New York Life, qui ont versé des compensations aux descendants de titulaires de polices, qui se virent refuser le bénéfice de leur police d’assurance. « Mais [ces versements] n’ont concerné qu’un groupe très restreint de plaignants, » a-t-il observé.

Il a ajouté : « Le refus par La Turquie de présenter des excuses reste une plaie béante pour les Arméniens. Le gouvernement turc ne semble pas réaliser que le monde ne s’écroulera pas, s’il reconnaît le génocide, et que cela augmenterait ses chances de faire partie de l’Union Européenne. »

D’autres gestes de réparation par les Turcs pourraient inclure la reconnaissance des contributions de la communauté arménienne à la vie de la Turquie, ainsi qu’une révision en profondeur des manuels scolaires.

« De nombreux Turcs soutiennent ces mesures, » a-t-il déclaré.

L’objectif essentiel des réparations, a-t-il noté, « est de garantir que tous les membres de la société jouissent des mêmes droits et opportunités, et d’un respect mutuel. »

L’Allemagne, en tant qu’Etat successeur du Troisième Reich, a été capable de reconnaître la Shoah, contrairement à la Turquie, Etat qui a succédé à l’empire ottoman.

« En fin de compte, a déclaré J. Torpey, la question de la responsabilité est plus importante que celle de la culpabilité. »

Le colloque, qui comprenait des ateliers le lendemain, était soutenu par le Centre Strassler en coordination avec l’Association Nationale pour les Etudes et la Recherche Arméniennes (NAASR) et Eric Weitz, titulaire de la chaire Arsham et Charlotte Ohanessian à l’université du Minnesota.  
     
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Traduction : © Georges Festa – 12.2012.