mercredi 20 juin 2012

Anna Astvatsaturian Turcotte - Nowhere, a Story of Exile / Nulle part, histoire d'un exil

© http://hybooksonline.com - 2012

Hybooksonline publie en format électronique Nowhere, a Story of Exile
 

The Armenian Weekly, 19.06.2012



Le 17 juin dernier, hybooksonline.com, un nouvel éditeur spécialisé dans la publication d’ouvrages électroniques (e-books), a publié Nowhere, a Story of Exile [Nulle part, histoire d’un exil], d’Anna Astvatsaturian, qui relate son enfance perdue en Azerbaïdjan.

En 1988, Astvatsaturian Turcotte est une petite fille, âgée de dix ans, qui vit dans la ville de Bakou, située en bord de mer, dans la république soviétique d’Azerbaïdjan. Comme n’importe quelle autre petite fille, elle nourrit des aspirations, des passions et des rêves d’enfant. Toute cette existence est balayée, lorsque la population musulmane azérie majoritaire chasse du pays la minorité chrétienne arménienne, recourant à la terreur et à la violence. Sa famille est contrainte de fuir en Arménie, une république voisine, encore chancelante suite à un tremblement de terre dévastateur et non préparée à l’afflux de centaines de milliers de réfugiés, fuyant les pogroms orchestrés par les Azéris. A son arrivée, elle se retrouve étrangère – une petite apatride, survivant dans un sous-sol sans chauffage et se heurtant à nouveau aux discriminations, cette fois de la part de son propre peuple.

Nowhere, a Story of Exile est un récit fascinant, déchirant, raconté via un intermédiaire personnel – les chapitres du journal d’Astvatsaturian Turcotte, qui décrivent l’organisation de la terreur à Bakou, sa vie de réfugiée et son combat pour se trouver, le tout avec, pour toile de fond, l’effondrement de l’Union Soviétique. L’auteur donne la parole à une tragédie sans nom, peu mentionnée en Occident, à la population arménienne d’Azerbaïdjan, ainsi qu’aux enfants victimes d’épuration ethnique partout dans le monde.

[Arrivée en 1992 aux Etats-Unis en tant qu’Arménienne réfugiée de Bakou, Anna Astvatsaturian Turcotte est devenue citoyenne américaine en 1997. Diplômée en droit, elle fut parmi les premiers Américains à œuvrer au sein de la Cour Pénale Internationale de La Haye, aux Pays-Bas, après avoir été témoin de sa création aux Nations Unies. Elle est mariée et mère de deux enfants.]

Pour se procurer l’ouvrage, aller sur www.amazon.com ou http://hybooksonline.com.]  

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012.


mardi 19 juin 2012

Phan Thi Kim Phuc / Nicole Guiraud

Phan Thi Kim Phuc et ses frères et sœurs, fuyant le bombardement au napalm, par l’armée américaine, du village de Trang Bang, Sud-Vietnam, 8 juin 1972 – cliché Huỳnh Công Út [Nick Ut] (Associated Press)
Nicole Guiraud, 10 ans, et Danièle Michel-Chich, 5 ans, victimes de l’attentat à la bombe, par le FLN, du Milk Bar, Alger, 30 septembre 1956

Enfances

 
Deux photographies, une même tragédie. Celle des enfances meurtries, volées. A une différence près : dans un cas, cette route près d’engloutir les survivants de l’apocalypse, accourant, prenant le spectateur à témoin. Dans l’autre, ce banc d’hôpital algérois, où se lisent un semblant de paix, une espérance factice, nous avons survécu.
 
En arrière-plan : ici, un mur de feu et de destructions, soufflant sa nuit ; là, un mur blanc, presque invisible, qui dit précisément l’anonymat du corps blessé, l’abolition pesante des repères, la violence absente, d’autant plus menaçante.
 

Route sud-vietnamienne, où se croisent militaires et victimes, uniformes et nudités, folie meurtrière et innocence en fuite. Hôpital algérois, dans lequel deux enfants opposent à leurs mutilations un regard fixe, un sourire absent, comme déposés.
 

Lorsque l’enfance est rejetée, niée. Terrorisme d’Etat ou terrorisme d’un Etat à naître. Dans les deux cas, un déni, une volonté identique. Déni de la liberté de ceux et celles qui n’y sont pour rien, déni de l’intégrité physique de ceux et celles qui sont différents, déni du droit à la parole de ceux et celles qui sont contraints à fuir ou à mourir.
 

Quelle volonté préside à ces deux crimes imprescriptibles, sinon celle de massifier l’autre, le déshumaniser, l’exclure, le détruire ?
 

Mais il y a plus que la destruction des corps. Il y a celle de la mémoire. Etape ultime du négationnisme. Or, précisément, les témoins, les survivants portent une parole. Leur lumière. Leur vie durant. De l’exil obligé aux ancrages réinventés, de l’identité blessée aux métissages de fortune, d’une langue à l’autre.
 

Phan Thi Kim Phuc – Nicole Guiraud : nous sommes tous les enfants des guerres, des terrorismes. Survivre alors. Mais vivre plusieurs vies, les porter en soi, les multiplier. Lorsque les routes se font cannibales, les lieux bourreaux. Les ailleurs. Les autres. Avec leurs nuits et leurs peurs. Courir. Regarder. Sans oublier.
 

Il n’y a de vraie justice que celle des âmes réconciliées, des ténèbres dites, des enfances réparées. Nos Vietnams. Nos Algéries. Nos Arménies.

© georges festa – 06.2012  
 


vendredi 15 juin 2012

Burcu Gürsel : Sentimental Kinships of Genocide / Parentés sentimentales du génocide

     © Editions de l’Aube, 2006 – Editions 10/18, 2008 – Actes Sud, 2011


Burcu Gürsel : ‘Sentimental Kinships Of Genocide’ in Turkish Works of Genocide and Memoir
 
Conférence prévue à l’Association Nationale pour les Etudes et la Recherche Arméniennes (NAASR), Belmont, Massachusetts



BELMONT, Massachusetts – Le docteur Burcu Gürsel présentera une exploration critique de trois œuvres, considérées généralement comme novatrices dans le rapprochement arméno-turc, pour leur traitement de la découverte de l’héritage arménien, lors d’une conférence intitulée « Sentimental Kinships of Genocide : Tragic (Mis)recognition in My Grandmother, The Bastard of Istanbul and The Grandchildren, » [Parentés sentimentales du génocide : (mé)reconnaissance dramatique dans Le Livre de ma grand-mère, La Bâtarde d’Istanbul et Les Petits-Enfants], jeudi 28 juin, à 20 heure, au siège de l’Association Nationale pour les Etudes et la Recherche Arméniennes (NAASR), 395 Concord Avenue.

Couvrant les genres des mémoires, de la fiction et de l’histoire orale, ces œuvres dues à Fethiye Çetin, Elif Shafak et Ayşe Gül Altinay (1) sont analysées par Gürsel en tant que pierres angulaires de ce que l’on peut qualifier à juste titre de littérature sentimentale dans les traitements récents en langue turque du génocide arménien.

A l’instar de nombreux exemples historiques d’une littérature sentimentale, qui entretient et reproduit un calendrier impérial et nationaliste contre la fibre des manifestations publiques et du malaise éthique, ces œuvres assument un rapport direct entre le fait d’afficher une souffrance, d’une part, et catharsis, édification morale et cohésion sociale, d’autre part. 

Dans ces trois ouvrages, le drame que constitue le fait de reconnaître une identité et une histoire ancestrales n’opère pas en tant que remise à niveau tragique de l’idéologie, mais bien plutôt comme le fondement de sa réincarnation. Dépendant des mythologies et des illusions mêmes du lignage biologique personnel, qu’elles semblent « pluraliser » ou « déstabiliser », ces œuvres reproduisent le mode de pensée qu’elles déclarent contester.

[Titulaire d’une licence de l’université de Chicago et d’un doctorat en littérature comparée et théorie littéraire de l’université de Pennsylvanie, Burcu Gürsel a enseigné à l’université Sabançi, avant de bénéficier d’une bourse post-doctorale au Forum Transregionale Studien de Berlin. Elle vit actuellement à Istanbul et achève un ouvrage repris de sa thèse, intitulé Invasive Translations : Violence and Mediation of the False-Colonial, France and Ottoman Egypt (1780-1840) [Outrances de la traduction : violence et médiation du faux-colonial, la France et l’Egypte ottomane (1780-1840).] (2)

Pour plus d’informations sur cette conférence ou la NAASR et son programme en vue de faire avancer les études, la recherche et les publications arméniennes, contacter : hq@naasr.org. 

NdT

1. Fethiye Çetin, Le livre de ma grand-mère, traduit du turc par Alexis Krikorian et Laurence Djolakian, Editions de l’Aube, 2006 ; Elif Shafak, La Bâtarde d’Istanbul, traduit du turc par Aline Azoulay, Phébus, 2007 ; Fethiye Çetin et Ayşe Gûl Altinay, Les Petits-Enfants, traduit du turc par Célin Vuraler, Actes Sud, 2011.
2. Pour un résumé (en anglais) de cette thèse, voir http://repository.upenn.edu/dissertations/AAI3309438/

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012.


George Aghjayan - Reflecting Images : Visiting My Grandmother's Village in Palu / Reflets : une visite au village de ma grand-mère à Palou

Carte du district de Palou sous l’empire ottoman (fin 19ème siècle)
© www.houshamadyan.org


Reflets : une visite au village de ma grand-mère à Palou
 
par George Aghjayan
 
The Armenian Weekly, 13.06.2012


Pour la troisième fois, en moins d’un an, je voyage au pays de mes ancêtres. Chaque fois que j’en reviens, les gens me demandent comment les choses se sont passées et je me démène pour trouver le mot qui convient pour décrire ces pèlerinages. Je me suis décidé pour le mot « productif ». Ce ne sont pas des vacances et je ne les entreprends pas en espérant quelque plaisir que ce soit.

Ces explorations me réservent nombre de moments extraordinaires. Il est souvent difficile d’exprimer les émotions vécues alors, mais j’aimerais en évoquer une.

Ma grand-mère, Margaret Der Manouélian, est née dans le village d’Uzunova Mezre, situé dans le district de Palou. Avant le génocide, c’était un petit village qui ne comptait qu’une centaine d’Arméniens, répartis sur une quinzaine de foyers, ainsi que l’église Sourp Sarkis. Deux fois plus d’Arméniens environ vivaient dans le village voisin d’Uzunova, le long de l’Aradzani (Mourad ou Euphrate oriental)

En 1990, alors que ma femme attendait notre premier enfant, je me souvins de l’histoire de ma grand-mère, survivante du génocide, et de ses six années de servage à Uzunova. En 1996, je me rendis à Palou en espérant visiter Uzunova, sans avoir, malheureusement, la possibilité d’y aller.

C’est donc avec beaucoup d’impatience que j’espérais visiter enfin le village qui est à l’origine d’une grande partie de l’histoire de ma famille, d’autant plus que j’étais accompagné dans ce voyage par ma fille Sarah et mon cousin Steve Mesrobian.

A mesure que nous approchions du village, la beauté incroyable du lieu m’a frappé. Le village est situé le long du barrage de Keban, avec de magnifiques montagnes à l’arrière-plan. D’une certaine manière, sans le savoir, j’ai recréé ce paysage là où j’habite, au Massachusetts.

L’ancien village d’Uzunova se trouve maintenant sous les eaux. L’actuel ne compte qu’une quinzaine de maisons et longe l’ancien village d’Uzunova Mezre. L’isolement d’Uzunova l’a préservé du temps. La vie continue de se centrer sur la pêche, l’agriculture et l’élevage.

En entrant dans le village, je suis naturellement attiré par l’eau, tandis que ma fille est approchée par une femme âgée, qui se dirige vers les champs pour y travailler. Elle nous parle du village en général et j’avance – attiré plus encore vers l’eau. Où se trouve le lieu où ma grand-mère découvrit son père décapité avec d’autres hommes du village ? Tant de pensées qui m’assaillent…

Après avoir observé de jeunes garçons en train de pêcher et lancer des pierres dans l’eau, nous regagnons la route et découvrons une magnifique cigogne. Tandis que nous prenons en photo la cigogne et de nombreux oiseaux plus petits qui nichent aussi à cet endroit, un homme sort de chez lui et nous invite à prendre d’autres photos à partir de là.

Plaisantant dans un premier temps, il nous invite à boire le thé, alors qu’il prend son petit-déjeuner. Assis autour d’une table à siroter du thé, nous discutons. Il nous parle de l’histoire des deux villages. Je lui parle de ma grand-mère, originaire du village, et de l’histoire des Arméniens de ces lieux. Il nous apprend que ses deux grands-mères sont arméniennes. C’est alors que je comprends.

Cet homme et moi nous sommes les deux faces d’une même pièce. Ma grand-mère s’est enfuie, les siennes non. Beaucoup de gens furent tués sur le champ. Je descends de l’une d’elles, et lui d’une autre. Et dans tout le pays il en existe des centaines de milliers, qui en descendent eux aussi.

A ce moment-là, je lui signale que la distance géographique, qui nous sépare, a dissocié l’histoire que je connais du village et la sienne, et c’est une bonne chose que nous ayons pu nous rencontrer pour partager les histoires du village.

C’est alors qu’il s’anime en parlant à sa femme. Il lui explique que nous avons traversé la moitié de la planète pour voir Uzunova. Qu’ils ne peuvent commencer à comprendre notre attachement à ce village, qu’en réalisant l’ampleur du crime qui fut perpétré à notre encontre. 

Puis nous nous promenons autour du village. Je découvre le ravin où ma grand-mère et sa famille se dissimulèrent, lorsque les massacres débutèrent. Nous allons et venons près du vignoble où mon arrière-grand-père se cacha, à l’insu de ma grand-mère. Nous découvrons le cimetière arménien… ici, un ossement à découvert … là, des fragments de rochers. Les arbres qui marquent l’endroit où s’élevait autrefois l’église Saint Sarkis projettent leur ombre sur nous.

Tandis que nous nous éloignons, mes pensées vont vers ma fille. L’histoire de ma famille ne couvre que deux générations. Un jour, ses enfants, petits-enfants, nièces et neveux viendront la voir et lui demanderont… Elle s’est trouvée là et pourra répondre. Un crime tu et oublié est un crime qui ne s’est jamais produit.

[George Aghjayan est membre de l’Association des Actuaires [Society of Actuaries]. Son principal centre d’intérêt est la démographie de l’Arménie Occidentale. Il contribue régulièrement à The Armenian Weekly. Il préside le Comité National Arménien d’Amérique [Armenian National Committee of America] pour la région Ouest et il est membre du Comité Central de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (FRA) pour l’est des Etats-Unis. Il réside à Westminster, dans le Massachusetts, avec son épouse et leurs trois enfants.]    

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012.


jeudi 14 juin 2012

Raffi [Hakob Mélik Hakobian] - Le Fou / The Fool

© Editions Bleu autour, 2009 (traduction : Mooshegh Abrahamian)
 

Raffi (Hakob Mélik Hakobian)
Le Fou
Œuvres choisies, Erevan (Arménie) : Sovetakan Grogh, vol. 4, 1984
(en arménien)

par Eddie Arnavoudian

Groong, 30.06.2003

 
Cet essai ne prétend pas se substituer aux excellentes recensions du Fou et de l’œuvre de Raffi en général, dues à Donald Abcarian. Lesquelles sont accessibles dans la préface de sa traduction anglaise du Fou (Gomidas Institute, 2000) et dans deux études parues dans la rubrique « The Critical Corner » de Groong (1). Renouvelant cette approche enthousiaste, mon propos est ici d’inciter les lecteurs arméniens et anglais à se plonger et à débattre de cet ouvrage. Le Fou est bien plus qu’une aventure au patriotisme exubérant, dans le style de R. L. Stevenson ou de Walter Scott. Il s’agit d’un traité politique des plus lisible, contenant un diagnostic et une liste très complète de remèdes, à l’attention du mouvement national arménien à la fin du 19ème siècle.

La profondeur intellectuelle et la vision de Raffi, son aisance avec le langage et son immense talent de conteur ont fait du Fou un des romans arméniens les plus lus de tous les temps. Ce qui se comprend. Peu de documents historiques peuvent rivaliser avec le tableau socio-économique et politique achevé qu’il livre de l’Arménie sous domination ottomane, durant la décennie de la guerre russo-turque des années 1870. Entrelaçant aventure et analyse, Le Fou éclaire quelques-unes des structures majeures de l’oppression ottomane. Il met aussi le doigt sur un tournant critique dans la stratégie de l’Etat ottoman, le gouvernement commençant alors à s’allier les clans kurdes contre une possible révolte des Arméniens.

Tout aussi éclairante, la description que livre Raffi de l’existence des Arméniens et des Kurdes, de leur organisation économique, de leurs mœurs, ainsi que de leurs coutumes et traditions nationales et locales. S’inscrivant dans un contexte socio-politique d’ampleur, le récit avec ses personnages bien vivants – les membres du riche clan Khatcho, les jeunes patriotes arméniens Vartan « le Fou » et Doudoukdjian, Thomas Effendi, un marchand, et de nombreux autres – dépeint une nation qui, bien que conduite au bord de la destruction, traverse aussi un processus de transition, s’apprêtant à livrer un combat pour sa survie et son indépendance.

Pour se faire une idée du Fou, il convient d’abandonner toute idée préconçue, étroite, de ce qu’est la perfection artistique. Parouir Sévak avait vu juste, lorsqu’il écrivait que si Raffi était né en France au 18ème ou au 19ème siècle, il aurait créé une œuvre à la mesure d’un Balzac. Mais Raffi est un Arménien, dont l’œuvre reflète et exprime les luttes nationales émergentes d’un peuple, dont toute l’existence fut empreinte par des siècles d’oppression destructrice. Malgré cela, il est talentueux et brillant. Au point que son génie impose une définition moins dogmatique de ce qu’est la bonne littérature. S’il arrive aux personnages de Raffi, dans Le Fou, d’être moins complexes au plan émotionnel et psychologique que ceux que l’on trouve chez Balzac ou Dostoïevski, ils n’en sont pas moins réels et convaincants.  

Dans Le Fou, les personnages principaux sont définis par des traits sociaux et moraux précis, reproduisant à eux tous d’authentiques personnalités qui peuplent alors les communautés arméniennes. Khatcho, chef de famille, concentre certaines des caractéristiques typiques du paysan aisé arménien, patriarche et chef du village. Il en va de même pour le marchand Thomas Effendi, prédateur et collaborateur de la répression qu’exercent les Ottomans. Vartan « le Fou » et Doudoukdjian illustrent à merveille l’émergence d’une nouvelle génération de nationalistes et de patriotes. L’authenticité des personnages de Raffi est, de même, assurée par le fait qu’ils se situent dans un contexte social et politique bien construit et détaillé. Respirant la vie, grâce à une imagination hors pair et un talent pour raconter des histoires, ni l’intrigue, ni les personnages ne sombrent dans l’invraisemblance ou la caricature. Se faisant ainsi d’efficaces porte-parole du message de l’auteur, exhortant à l’éducation de la nation, à l’organisation politique et à l’autodéfense armée, comme étant les composantes vitales de la survie et de la renaissance nationale.

Dans Le Fou, Raffi apparaît comme un critique féroce de l’ordre religieux et séculier arménien. Thomas Effendi, un de ses personnages les mieux conçus, synthétise la haine de Raffi envers le marchand arménien, lequel se comporte en agent direct de la domination ottomane, en échange du privilège de pouvoir escroquer davantage encore une paysannerie déjà appauvrie. Autant d’éléments bien mis en évidence dans le rôle de Thomas Effendi dans la persécution et l’arrestation de Doudoukdjian. Aux yeux de Raffi, le bandit kurde, « courageux et au grand cœur », est noble, comparé à cet « exploiteur vil et fourbe » qu’est le marchand arménien. L’Eglise ne s’en tire guère mieux. La condamnation de ses traditions rétrogrades compose un des piliers du roman. L’encouragement par l’Eglise du fatalisme, de la passivité et de préjugés primitifs est décrit de façon émouvante dans la mort de la fille aînée de Khatcho. Raffi est tout aussi sévère, lorsqu’il condamne le refus par l’Eglise de soutenir un système éducatif éclairé, susceptible de remplacer celui qui se contente de perpétuer l’obscurantisme. Les puissants d’alors furent sûrement piqués au vif par ces critiques aussi inflexibles que systématiques et persuasives.

Par opposition à l’Eglise et aux élites, les semblables du Fou, à savoir son ami Doudoukdjian, organisateur né, et les membres plus jeunes de la famille Khatcho, brandissant tous le drapeau de la libération nationale et la cause de l’autodéfense armée. Ils représentent un type nouveau d’Arménien, davantage conscient, nourrissant des ambitions de liberté et prêts à combattre. Les origines et l’évolution de la génération plus jeune sont retracées avec précision et art. Ni leur personnalité, ni leurs traits de distinction ne constituent des attributs romantiques ou glorifiés. Ils répondent au vécu historique réel d’hommes et de femmes éduqués en Europe, qui ont voyagé dans l’empire ottoman et qui sont familiers avec les notions modernes de libération nationale.

Dans nombre de leurs dialogues, échanges et monologues, Raffi couvre quasiment chaque aspect de la question arménienne, montrant une profonde compréhension théorique du véritable pouvoir des idées, inefficaces lorsqu’elles ne sont portées que par une poignée de gens, mais impressionnantes lorsque beaucoup s’en emparent. Le discours de Vartan, dans la seconde partie du roman, par exemple, est remarquable par sa compréhension des obstacles internes au progrès et à la renaissance de la nation arménienne. La description du rêve qui conclut Le Fou constitue un véritable manifeste de l’émancipation paysanne et projette une vision d’une renaissance nationale, qui inspire non seulement Le Fou, mais l’œuvre tout entière de Raffi.

A travers Le Fou, Raffi ne cesse jamais de surprendre le lecteur. Ses prises de position sur le rôle des femmes dans la lutte pour la renaissance nationale de l’Arménie sont exemplaires. Il leur accorde une place de premier plan, préconisant leur éducation et leur émancipation des corvées domestiques, de l’ignorance et de l’isolement. Faisant penser aux écrits de Franz Fanon sur les femmes dans la révolution algérienne, il note que les hommes, mêlés à la vie sociale et publique du pouvoir conquérant, sont plus facilement assimilés. A l’inverse, les femmes, du fait de leur isolement social, jouent un rôle essentiel dans la préservation des anciennes traditions culturelles nationales, du patrimoine, y compris le langage. Affranchir les femmes de leur isolement et les éduquer constitue donc une composante centrale de la renaissance nationale.

Le Fou révèle Raffi comme un penseur éminent du renouveau national, qui rappelle aussi un autre grand révolutionnaire, le cubain Antonio Maceo, lorsqu’il souligne l’impossibilité d’être libre sans lutter. La vision chez Raffi des intellectuels d’Istanbul [Bolis], pris au piège d’un nationalisme romantique, dissocié des réalités de la vie dans l’Arménie historique, est des plus pénétrante. Emportés par leurs illusions, ils sont incapables de préparer le terrain, s’agissant de la tâche difficile et inévitable de l’organisation et de la résistance dans les terres ancestrales historiques. Résultat, une classe intellectuelle jeune, gaspillant son énergie, tandis que l’Arménie historique disparaît lentement sous le fardeau de l’oppression.

Le Fou a ses insuffisances. L’une d’elles, en particulier – le traitement réservé à la question kurde et aux relations arméno-kurdes – est significative, car reflétant une faiblesse centrale de la pensée politique arménienne contemporaine. Impair artistique, le caractère forcé de la transformation soudaine de Thomas Effendi en quelqu’un d’honnête, inspirée par sa passion romantique pour Stépanig, la fille de Khatcho.

Malgré tout, Le Fou reste à ce jour un texte qui garde son importance pour les Arméniens et pour tous les peuples opprimés. Il conserve aussi son pouvoir d’inspiration. Sa valeur essentielle a été le mieux exprimée dans ce commentaire récent d’un trompettiste de jazz afro-américain, qui écrit :

« Putain ! Quel bouquin ! Je kiffe, je le sens bien ! J’avais entendu parler des Arméniens et j’ai été super content de me plonger dans ce bouquin. Je me demandais comment Franz Fanon, un psychiatre black, issu de la petite île de la Martinique, avait pu s’engager autant dans la révolution algérienne. Bordel, il était même pas Algérien ! Mais je vais te dire, en lisant ce bouquin, si j’avais vécu à cette époque, j’aurais été du côté des Arméniens ! Raffi […] c’est le Malcolm X du 19ème siècle ! Quel visionnaire ! Toutes ces analogies poétiques, superbe ! »

D’évidence, Le Fou, dans ses éditions arménienne et anglaise, mérite la diffusion la plus large, raison pour laquelle l’on ne peut que féliciter son traducteur anglais !

[Diplômé d’histoire et de sciences politiques de Manchester (Angleterre), Eddie Arnavoudian anime la rubrique de littérature arménienne dans Groong. Ses essais littéraires et politiques paraissent aussi dans Haratch (Paris), Naïri (Beyrouth) et Open Letter (Los Angeles).]  
  
Note

1. Donald Abcarian, « Raffi – An Overview », Groong, 24.06.2002 -  http://www.groong.com/tcc/tcc-20020624.html
Donald Abcarian, « Raffi – A Biography », Groong, 09.12.2002, http://www.groong.com/tcc/tcc-20021209.html

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012.


dimanche 10 juin 2012

L’histoire de la Jérusalem arménienne bientôt portée au grand écran / The story of Armenian Jerusalem to come to life in feature film

Entrée de la cathédrale Saint-Jacques, quartier arménien de Jérusalem, mai 2009
© http://fr.wikipedia.org


L’histoire de la Jérusalem arménienne bientôt portée au grand écran

Armenian Life, 11.05.2012

 
L’histoire des Arméniens de Jérusalem, un récit fascinant de courage, d’espoir et de résistance, saupoudrée d’éléments inévitables de bouleversements et de tragédies, va faire l’objet, pour la première fois, d’un long métrage.

S’il y eut précédemment des tentatives de raconter une partie de cette histoire dans le cadre d’un livre ou d’un film, le centre d’intérêt a toujours été trop limité pour contenir toute la diversité de la présence arménienne dans cette ville, considérée par beaucoup comme le centre du monde.

D’innombrables articles de journaux et de revues ont été écrits sur cette communauté dynamique, qui donna à cette terre son premier studio de photographie, sa première imprimerie et l’univers du grand musicien Ohan Dourian. Mais, encore une fois, ces études n’ont abordé que la périphérie ou signalé, ici et là, quelques jalons fugaces ou fascinants durant leur parcours.  

Arthur Hagopian, journaliste et correspondant à l’étranger australo-arménien, ancien attaché de presse du Patriarcat arménien de Jérusalem, et qui travaille comme consultant sur un film IMAX en 3 D en cours de tournage à Jérusalem (www.jerusalemthemovie.com), dirige le projet visant à porter l’histoire des Arméniens de Jérusalem au grand écran.

« J’ai déjà eu des discussions avec d’importantes sociétés de production de films et des acteurs clé dans l’industrie du cinéma, et ils sont prêts à s’embarquer, » déclare Hagopian. « Ils ont la chutzpah [niaque], les contacts et l’expertise nécessaires pour donner vie à ce projet. »

Il y a quelques années, Hagopian a lancé un projet de site internet (http://arthur-hagopian.com/Armenians/Kaghakatsis/index.htm), dans le but de préserver et maintenir l’histoire, la culture et les traditions des Arméniens « kaghakatsi » (autochtones) de Jérusalem, un des trois groupes d’Arméniens dans la ville. Les Kaghakatsi ont la particularité d’être les premiers Arméniens à s’être établis à Jérusalem, s’appropriant le quartier arménien de la Vieille Ville comme choix d’habitation. L’autre grand groupe est appelé les « Vanketsi ». Ce sont surtout des survivants du génocide ou leurs descendants ; ils vivent à l’intérieur de l’enceinte du couvent [vank] de Saint-Jacques, siège du Patriarcat arménien.

Le projet « Kaghakatsi » est aussi de retracer et d’inventorier les ancêtres des habitants du quartier arménien, une communauté qui est un rêve pour tout généalogiste : chaque « Kaghakatsi » est lié à chacun de ses homologues, directement ou indirectement, par une chaîne ininterrompue qui remonte les siècles, d’après Hagopian. 

A ce jour, l’entreprise « Kaghakatsi » rassemble plus de 3 000 noms, recueillis à partir des archives officielles [« domar »] du Patriarcat arménien, de collections personnelles et de quelques documents d’exception : or, à son apogée, la totalité des effectifs arméniens à Jérusalem – les « Kaghakatsi », « Vanketsi » et le petit nombre de catholiques convertis – s’élevait à plus de 15 000.

Ce chiffre a baissé de façon inquiétante au fil des ans, la première grande déperdition ayant eu lieu en 1948 dans le sillage de l’exode en masse vers l’Arménie.

Les témoignages historiques sont peu abondants, mais certains érudits font remonter les débuts de la présence arménienne à Jérusalem à l’époque de l’empire de Tigrane II, dont les armées balayèrent la région vers 100-150 avant notre ère.

L’on ignore si Tigrane II s’empara réellement de Jérusalem, cet argument étant brandi avec insistance contre la thèse selon laquelle il ne le fit pas. Néanmoins, lorsque le corps principal de sa grande armée abandonna sa mission de conquérir d’autres territoires, il laissa derrière lui d’importantes garnisons et de nombreux colons, dont certains finirent par gagner cette ville de la province de Judée.

Ils s’établirent dans le pays du lait et du miel et prospérèrent. Lorsque, près de quatre siècles plus tard, l’Arménie devint la première nation au monde à accepter le christianisme comme religion d’Etat, leurs effectifs s’augmentèrent des foules de pèlerins qui faisaient un voyage périlleux, depuis les montagnes de leur patrie, pour venir prier sur le lieu de naissance et le tombeau de Jésus.

Les nouveaux arrivants bâtirent églises et monastères, les embellissant à l’aide de mosaïques d’un raffinement à couper le souffle, dont certains subsistent encore, resplendissant de leurs couleurs éternelles. La découverte la plus récente ne fut faite, par hasard, qu’il y a quelques années, dans le quartier de Mousrara, en dehors de la Vieille Ville, lorsque des ouvriers sont tombés sur les ruines d’un autre monastère arménien.

Sur un médaillon (terme archéologique désignant une mosaïque circulaire), installé dans l’entrée, le prêtre artiste a inscrit une humble supplique :

« Moi, le prêtre Yevsdat [Eustache], j’ai construit cette mosaïque. Toi qui entres ici, souviens-toi de moi et de mon frère Ghougas [Lucas] en Christ. » 

« Les Arméniens ont laissé une empreinte indélébile dans les annales de la ville dorée de Jérusalem, » explique Hagopian. « Leur histoire est celle d’une vigueur débridée et d’une vitalité sans bornes, qui se manifestent, par exemple, dans les monuments qu’ils ont érigés et l’art qu’ils ont produit. La cathédrale Saint-Jacques [Sourp Kelkhatir] est, sans conteste, l’édifice chrétien le plus admirable à Jérusalem, tandis que leurs céramiques et leur poterie sont sans égales pour leur finesse artistique. »

« Nous projetons de raconter notre histoire à travers le médium d’un long métrage, qui plongera dans l’âme de cette part unique de l’humanité et répondra à la question : « Qu’est-ce qui fait fonctionner les Arméniens de Jérusalem ? »

Hagopian va écrire le scénario et songe à mettre en scène le film.

« Je ne pense pas qu’on se dirigera vers un documentaire touristique facile, confie-t-il. Nous raconterons une histoire qui puisse captiver le public et le tenir en haleine. »

Sa vision d’ouverture est un panorama de l’armée conquérante de Tigrane II, envahissant la région et marquant une halte sur les frontières de la Judée. Au loin, en partie obscurcie par la brume de la bataille, les contours de Jérusalem invitent par leur miroitement.

Quelques séquences plus tard, l’écran est occupé par le spectacle d’une longue file de caravanes de chameaux, cheminant à travers les étendues désertes de la Judée, les sabots des animaux lourdement chargés soulevant des colonnes de poussière sur leur chemin. Ce sont les premiers pèlerins arméniens qui arrivent en Terre Sainte : ils se dirigent vers le caravansérail du khan El Ahmar, situé sur le site de l’auberge du bon samaritain, où ils bâtiront ensuite une église et un monastère.

Mais, avant le tournage de la première séquence, Hagopian doit s’assurer des fonds nécessaires pour couvrir le coût de la production.

« Nous sommes sûrs qu’il existe un intérêt suffisant, non seulement dans le monde arménien ou chrétien, mais partout où cette ville enchanteresse est révérée, pour que des mécènes et des soutiens se présentent et financent le film, » dit-il.

Hagopian accorde une sentiment d’urgence à ce projet, du fait de la baisse incessante du nombre des Arméniens de Jérusalem, en particulier les anciens qui connaissent et ont vécu ces histoires.

« Il y a quelques années, nous avons perdu la dernières des matriarches de Jérusalem. Il en reste si peu maintenant ; il  existe un danger réel et perçu comme tel que, si nous n’exploitons pas maintenant la banque de souvenirs que constituent ces mémoires vivantes, alors, une fois qu’elles auront disparu, peu de choses précieuses nous resteront, » prévient-il.     

« Si nous ne racontons pas notre histoire maintenant, il sera trop tard ensuite, poursuit-il. Qui sera encore là pour les raconter ? En outre, Jérusalem change en bien des aspects : architecturalement, démographiquement, politiquement. Toutes les anciennes façons d’être disparaissent : qui, parmi la génération actuelle des Arméniens de Jérusalem, a jamais entendu parler de cet incomparable crieur de la ville, Khorène, dont les mélodieuses harmonies matinales nous appelaient à la prière, le dimanche ? Bientôt, la Vieille Ville cessera d’exister en tant que Vieille Ville, pour être transformée en une imitation absurde d’une métropole confuse, son âme dépouillée d’un de ses aspects les plus attachants. »

« Dans le quartier arménien de la Vieille Ville, aux ruelles pavées, chaque carreau a une histoire à raconter. Nous nous donnons pour tâche de retrouver ces récits du passé, de revivre des jours enchanteurs, faits d’innocence et de simplicité, » ajoute-t-il.

Bien que réticent à révéler d’autres détails sur le scénario, Hagopian précise qu’un incident qui s’est produit lors du conflit arabo-israélien en 1948 nécessite d’être reconstitué.

« Nous étions réunis au-dessus de la cuisine d’un voisin, dans un des cloîtres convertis du couvent de Saint-Jacques, où nous avons trouvé refuge lors des combats, lorsque du haut du ciel, un objet sombre terrifiant tomba soudain vers le sol, atterrissant dans l’embrasure de la porte, » se rappelle Hagopian, qui figurait parmi les enfants présents.

« C’était un obus – il avait dû être lancé par les combattants juifs, de l’autre côté de la muraille de Jérusalem. Il n’avait pas explosé – mais comment pouvions-nous le savoir ? Tremblants de peur, nous nous sommes dépêchés de nous abriter, tandis qu’un appel était adressé en direction des secours. Quelques minutes plus tard, un compatriote tout petit, Bédros, arrive, appelle tout le monde à rester à sa place et commence à manipuler le missile. Dès qu’il a terminé, il le soulève à bras-le-corps et le descend par un escalier abrupt, l’entourant de ses bras dans une étreinte grotesque. Il traîne ce lourd obus sur plusieurs centaines de mètres et le jette dans un puits abandonné. »

D’après Hagopian, il est encore trop tôt pour hasarder une estimation des coûts engagés. Le projet, au nom de code « Pavés ronds », sera géré par une nouvelle entreprise qui sera constituée à Sydney.

« Qui sait ? On aura peut-être une offre d’un grand studio ou d’un acteur d’Hollywood, impatient de prendre une part active au projet ! »      

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012. 


Vahan Bournazian : Sex, Choice, Fascism and the Nation / Sexe, choix, fascisme et nation

Serguéi Paradjanov (1924-1990) – cliché anonyme
© http://fredhatt.com


Sexe, choix, fascisme et nation
 
par Vahan Bournazian
 
Hetq, 31.05.2012


Qui a choisi le fait que tu sois homme ou femme ? Quand as-tu choisi d’être hétérosexuel(le) ? Ce que nous sommes ne relève pas de notre choix.

En 1999, j’aurais pu me marier. Je connaissais une amie intelligente, gentille et formidable qui, je crois, aurait accepté. Mais je ne me suis pas posé la question, car c’eût été un mensonge. Comment aurais-je pu mentir à mon amie ? Si l’on veut vivre une vie sincère, nous devons avons suffisamment de courage pour reconnaître notre véritable nature. Et les plus courageux de tous la vivent ouvertement.  

Etre gay n’est pas un choix. Qui ferait le choix d’être haï ? Et quelle société, quelle culture, quelle église ou institution ferait le choix que nous nous mentissions et nous abusions mutuellement par des relations faussées ? Ni le sexe, ni l’orientation sexuelle ne sont un choix.

De même, l’orientation sexuelle n’est pas la même chose que le sexe. L’orientation sexuelle constitue tout un éventail et tous les individus existent le long de cette ligne de partage entre les deux points. Il existe de nombreuses visions médiévales du monde que nous rejetons de nos jours ; la science a démontré que la Terre est une sphère et que les individus dans plus de 240 espèces dans la nature ont un comportement homosexuel.

Car le sexe ne concerne pas seulement la reproduction. Des couples mariés ne s’engagent pas dans la sexualité dans un but de reproduction. Personne ne s’investit dans la sexualité avec pour seule intention de se reproduire. Si la reproduction était le but de la sexualité, alors toutes les méthodes de contraception devraient être prohibées, tant moralement que socialement, car la contraception empêche la reproduction.

La sexualité a à voir avec la transcendance. Notre individualité nous isole ; chacun de nous ressemble à une chenille prise au piège du cocon qu’est notre corps. Nous cherchons à transcender notre isolement, à rompre notre solitude, en nous liant avec autrui, à la fois intellectuellement et physiquement. Nous n’accédons à la communion avec autrui que par degrés, et parfois nous nommons cela l’amour. Or la véritable transcendance, le véritable amour, est rare ; et si jamais cela vous arrive, recevez-le comme un don de Dieu.

Combien de fois, dans ta vie, t’es-tu vu nier le droit de choisir ? Tes parents ont peut-être décidé où et ce que tu devais étudier. Ta famille a peut-être décidé avec qui tu devais te socialiser ou non. Tu n’exerces peut-être pas ton métier, car ce travail a été confié à quelqu’un de moins capable, mais qui a davantage d’influence. On t’a peut-être dit avec qui te marier. Mais nul ne pourra jamais te dicter qui aimer.  

Comment te sens-tu, lorsque tu ne peux rien choisir dans ta vie ? Comment te sens-tu, lorsque les autres te dictent leurs décisions ? A quoi ressemblerait une société qui exigerait que tu sois le contraire de qui tu es ?

La fascisme déteste le choix, car le fascisme rejette l’individualité. Le fascisme fait grand cas de la nation, au point de nier la valeur de l’individu. Le fascisme n’aime pas les individus, ni moi, ni toi.

Le fascisme est totalitaire : l’organisation de tous les aspects de la société au sein d’une seule structure hiérarchique, moyennant quoi les décisions sont prises d’en haut, auxquelles tu dois obéir. Autrement dit, une militarisation de tous les aspects de l’existence et la seule question est de trouver ta place dans la hiérarchie : sur quelle tête t’appuieras-tu, et qui s’appuiera sur la tienne ? Une armée a peut-être de bonnes raisons pour être organisée en tant que hiérarchie que l’on ne saurait mettre en question. Or personne ne voudrait passer sa vie entière sous des ordres, tel un soldat. De même, le fascisme doit être imposé par la violence et la haine, car la dévaluation de l’individu à ce point n’est guère attrayante pour quiconque, une fois mise en œuvre.

Le fascisme est nuisible à la nation arménienne car, en niant le choix, en rejetant l’individualité, le fascisme ne permet pas aux individus de développer pleinement leur potentiel. L’Arménie a peu de ressources naturelles. Notre seul bien véritable c’est notre peuple. L’Arménie a besoin que chaque individu découvre et cultive ses talents innés. L’étudiante qui choisit son domaine d’études aura probablement davantage à cœur de poursuivre ses études. L’employée qui choisit un emploi qu’elle aime accomplira un meilleur travail. Le couple qui se marie par amour créera un environnement sincère et aimant pour ses enfants. En exerçant le pouvoir de choisir, les individus excellent dans ce qu’ils choisissent de faire.

Ce qui est bon pour l’individu est bon pour la nation. Une faculté emplie d’étudiants qui ont choisi ce domaine d’étude sera une faculté meilleure. Les étudiants doivent vouloir apprendre. Les professeurs ne sauraient obliger les étudiants à apprendre : en appeler au devoir et menacer de représailles ne servent pas à grand chose. Une étudiante motivée par son domaine d’études apprendra beaucoup plus, et une université emplie d’étudiants désireux d’apprendre réussira de manière plus collective, en tant que communauté, qu’une autre fréquentée par des étudiants démotivés. De même, une entreprise ou un ministère empli de gens compétents, qui ont choisi leur métier, travailleront mieux et réussiront davantage qu’une entreprise ou un ministère empli de gens qui cherchent simplement un emploi et connaissent quelqu’un pour les y placer. En appeler au devoir a peu de sens pour quelqu’un de démotivé ou incompétent. Le pouvoir de choisir profite au progrès de l’individu et, de même, à celui de la nation.

Et les familles ? Les familles sont au service des enfants et chaque enfant mérite une famille aimante, harmonieuse. Chacun aime ses enfants, mais la logique montre que les parents qui se choisissent librement, en se fondant sur l’amour, sont plus aptes à créer un environnement sincère et aimant pour leurs enfants. Je ne peux changer qui je suis. La société devrait-elle recourir à la violence et à la honte pour m’obliger à une relation hétérosexuelle ? Le devoir et l’obligation ne sauraient se substituer à la transcendance de l’âme. Isolé et insatisfait, m’inquiétant sans cesse du vide grandissant dans ma vie, je ne pourrais rendre personne heureux, encore moins ma famille. Devoir et obligations ne sont que de misérables substituts au choix.

Et une société qui exige qu’un individu rejette la transcendance, rejette la chance d’un véritable amour et, à l’inverse, s’enlise dans la tromperie, le mensonge, ce qui est contraire à la véritable nature de l’individu, équivaut pour la société à agir contre Dieu. Mon sexe et mon orientation sexuelle ne sont pas un choix ; et si, un jour, je trouve l’amour, il sera fondé sur ma véritable orientation sexuelle et ce sera un don de Dieu.

Nous sommes une petite nation dans un petit pays. Nous devons trouver le moyen de nous respecter mutuellement et de trouver notre place. Ceux qui appellent à la violence et à la haine contre leurs compatriotes arméniens qui se trouvent être différents, ne font que déshumaniser leurs frères et font montre de la même intolérance qui fut à la base du génocide. Chasser d’Arménie les Arméniens qui diffèrent en ceci ou cela, revient à faire le travail de nos ennemis. Le véritable nationaliste respecte l’individualité, la vérité et le choix, car ces valeurs font grandir une nation meilleure.

[Vahan Bournazian est professeur associé à l’Université Américaine d’Arménie.]         

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012.


Armenian Reactions to Latin Missionaries in the Fourteenth Century / Les réactions arméniennes aux missionnaires latins au 14ème siècle

© J. Paul Getty Trust Publications, 2001


Les réactions arméniennes aux missionnaires latins au 14ème siècle
Conférence du docteur Sergio La Porta, Université de Fresno, 22.03.2012
 
par Andrew Esguerra
 
Hye Sharzhoom, mai 2012, vol. 33, n° 4


Eclairant une période de conflit interne dans la religion arménienne, le professeur Sergio La Porta, titulaire de la chaire d’études arméniennes Haig et Isabel Berbérian, a pris la parole devant une assistance nombreuse à l’université de Fesno, jeudi 22 mars dernier. Cette conférence s’inscrivait dans le cadre du séminaire printanier d’études arméniennes.

Dans son exposé intitulé « Savoir, hérésie et inquisition : la réaction arménienne aux missionnaires latins au 14ème siècle », le docteur La Porta a évoqué la réaction culturelle et religieuse des Arméniens face aux missionnaires catholiques romains à cette époque.

La Grande Arménie, cette région sans accès à la mer où se trouve l’actuelle république d’Arménie, était alors gouvernée par quelques familles de premier plan. Les Arméniens y vivaient, pris en sandwich entre deux puissances politiques régionales, les Mamelouks d’Egypte et l’empire mongol. Bien que l’Arménie cilicienne entretînt des liens importants avec l’Eglise catholique romaine depuis le 12ème siècle, les moines franciscains n’entamèrent leur périple vers la Grande Arménie que dans la seconde moitié du 13ème siècle. Leurs premières tentatives pour propager les enseignements catholiques en Arménie furent suivies par les missionnaires dominicains, qui parvinrent rapidement à dominer l’activité missionnaire dans la région.

Au début, quelques Arméniens accueillirent les moines latins. Zakaria Dzordzoretsi, qui dirigeait le monastère de Saint-Thaddée, permit à des missionnaires franciscains de donner des cours de théologie. D’après les témoignages de voyageurs européens, Zakaria aida aussi à la conversion de quelque 4 000 Arméniens au catholicisme romain.

Le succès rapide des missionnaires catholiques alarma certains évêques arméniens tels que Stépanos Orbélian, qui critiqua de même les relations étroites de la Cilicie avec l’Eglise catholique romaine. Dans une correspondance contemporaine, le chef de l’école monastique de Gladzor, Essayi Nchetsi, conseille à ses compatriotes arméniens d’être prudents dans leurs contacts avec les catholiques et les Arméniens qui suivent leurs enseignements ; de les considérer comme chrétiens, mais de ne pas les inciter à débattre.    

Quoi qu’il en soit, la popularité des enseignements catholiques continua de croître, en particulier après la reconnaissance officielle par la Papauté des Frères-Uniteurs, un ordre monastique arménien qui était pleinement uni à Rome. Le docteur La Porta posa la question de savoir pourquoi tant de moines arméniens furent attirés par le catholicisme romain durant cette période. Laissant entendre que la curiosité intellectuelle fut un motif central, mais aussi que la tradition aristotélicienne latine, qui se développa dans l’ordre dominicain tout au long du 13ème siècle, fut des plus attractive pour des étudiants arméniens eux-mêmes familiers de leur propre tradition aristotélicienne.

La réaction de l’Eglise apostolique arménienne, face aux succès grandissants des missionnaires catholiques romains et catholiques arméniens, se fit plus âpre durant la seconde moitié des 14ème et 15ème siècles. La Porta montra comment des moines dirigeants de l’Eglise apostolique arménienne lancèrent des enquêtes semblables à celles de l’Inquisition, afin de s’assurer que les Arméniens ne se convertissent pas. Bien que ces investigations ne semblent pas avoir été autorisées ou approuvées officiellement par les dirigeants de l’Eglise à la manière de l’Inquisition en Europe, elles furent souvent violentes, parfois même meurtrières. L’A. fit remarquer, néanmoins, que les missionnaires européens ne furent jamais inquiétés et que ces enquêtes et cette violence demeurèrent internes.

En dépit de cette réaction ferme à l’encontre des Arméniens qui s’étaient convertis, le docteur La Porta souligna que les mêmes personnes qui dirigèrent ces procédés inquisitoriaux étaient eux-mêmes bien informés de la littérature catholique traduite en arménien. Intégrant des éléments de la littérature catholique romaine dans leurs ouvrages et réformant le système éducatif monastique arménien d’après les critères catholiques. Ils modifièrent ainsi la forme de la tradition intellectuelle arménienne, tout en assignant des limites à l’identité arménienne.   

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Traduction : © Georges Festa – 06.2012.


Rifat N. Bali - Model Citizens of the State : The Jews of Turkey during the Muti-Party Period / Des citoyens modèles de l’Etat : les Juifs de Turquie durant la période du multipartisme

© Fairleigh Dickinson University Press, 2012


Un nouvel ouvrage s’intéresse au traitement des Juifs en Turquie
 


TORONTO – L’Institut Zoryan annonce la traduction et la publication d’un nouvel ouvrage, dû à l’écrivain Rifat N. Bali, intitulé Model Citizens of the State : The Jews of Turkey during the Multi-Party Period [Des citoyens modèles de l’Etat : les Juifs de Turquie durant la période du multipartisme] (Fairleigh Dickinson University Press, Rowman and Littlefield Publishing Group, 2012).

Ce livre décrit le traitement réservé à la communauté juive en Turquie, de 1950 à nos jours, son combat contre l’antisémitisme, sa lutte pour ses droits constitutionnels et l’attitude de l’Etat et de la société turque à l’égard de ces problèmes.

Dans une recension de l’édition turque, parue dans The Armenian Weekly, la journaliste turque Ayse Gunaysu, par ailleurs membre du Comité contre le racisme et les discriminations au sein de l’Association Turque pour les Droits de l’Homme (section d’Istanbul) depuis 1995, présente cet ouvrage comme « révolutionnaire… dévoilant des faits et des récits de première main, lesquels montrent de manière indubitable comment les élites turques soumirent à un chantage les dirigeants de la communauté juive – et, à travers eux, les organisations juives aux Etats-Unis – afin de s’assurer leur soutien à la position de la Turquie contre la campagne des Arméniens pour la reconnaissance du génocide… Le livre apporte de même un riche matériau sur la manière avec laquelle les diplomates turcs et les porte-parole semi-officiels de la politique de la Turquie, tout en menant leurs actions de pression, menacèrent Israël comme les Etats-Unis en faisant savoir que, si le groupe de pression juif échouait à empêcher les initiatives arméniennes à l’étranger – la Turquie pourrait ne plus être en mesure de garantir la sécurité des Juifs de Turquie… Les autorités turques ont eu pour pratique routinière de nier invariablement ce genre de menaces. Or, les recherches opiniâtres de Bali au sein des archives révèlent des récits de première main qui confirment ces allégations. »

Expliquant sa motivation pour écrire ce livre, Bali déclare : « Il existe un certain nombre de faits, qui m’ont décidé à entamer des recherches sur l’histoire des Juifs dans la république de Turquie. On pourrait tous les résumer par le fait que j’étais fatigué d’entendre et de lire le discours à l’eau de rose, répété sans relâche par les dirigeants de la communauté juive de Turquie, ainsi que par les intellectuels, les politiciens et les historiens turcs. Ce même discours était aussi dominant hors de Turquie. Je voulais découvrir ce qu’il y avait réellement derrière cette rhétorique. »

Bali détaille comment, malgré la tentative des dirigeants de la communauté juive à Istanbul de se couler dans le moule du citoyen turc « modèle », tel que défini par Kemal Atatürk et, sans égards pour la politique officielle du gouvernement envers la communauté juive, les comportements antisémites de la population musulmane, dans sa majorité, au sein de la société turque, ont perduré.

L’ouvrage décrit comment, dès le début, la communauté juive subit un traitement similaire, de la part du gouvernement de Turquie, et connut les mêmes problèmes, peurs et réactions que les minorités arménienne et grecque durant la période du parti unique, entre 1923 et 1949, eu égard à des faits tels que la loi sur l’imposition du capital et la politique des bataillons de travaux forcés. Durant les vingt premières années de la période du multipartisme, cette communauté connut les pogroms des 6 et 7 septembre 1955, la révolution du 27 mai 1960 et le coup d’Etat militaire du 12 mars 1971. Les trois minorités souffrirent également de ces événements dramatiques, qui firent des victimes et provoquèrent des spoliations, suscitant une vague d’émigration vers la Grèce, Israël, l’Europe et l’Amérique du Nord.

Bali explique comment une mutation dans le traitement réservé par l’Etat turc à ses citoyens juifs débuta à la fin des années 1960 et au début des années 1970, du fait de trois événements clé à l’extérieur de la Turquie : la guerre de Six Jours remportée par Israël en 1967, l’invasion de Chypre par la Turquie en 1974 et le mouvement pour la reconnaissance internationale du génocide arménien. L’A. montre que le gouvernement turc inversa, durant les années 1970, sa politique visant à interdire les liens des minorités avec des organisations à l’étranger, en encourageant les Juifs de Turquie à prendre contact avec les organisations juives américaines, dès qu’il réalisa l’importance des groupes de pression politiques juifs américains. Dès lors, la Turquie adopta une politique consistant à utiliser le groupe de pression juif américain contre son homologue grec, afin de lever l’embargo sur les armes lié à l’affaire de Chypre, et contre le groupe de pression arménien, afin de poursuivre sa politique de négation du génocide. Bali détaille les efforts pour éloigner la communauté juive américaine de la communauté arménienne en diffusant une propagande selon laquelle le génocide arménien serait une non vérité ou bien que tout ce qui a pu se passer en 1915 ne saurait être comparé à la Shoah, partant, ne peut être qualifié de génocide, et que les Turcs se seraient montrés des plus tolérants et amicaux envers les Juifs depuis leur expulsion de l’Espagne en 1492.

Bali démontre que, grâce à cette politique nouvelle, les gouvernements turcs successifs ont obtenu la collaboration des Juifs de Turquie pour convaincre les groupes de pression juifs américains de soutenir activement les mesures en faveur de la Turquie, y compris la lutte contre les résolutions sur le génocide arménien au Congrès des Etats-Unis, excluant le génocide arménien des Musées de la Shoah à Washington et Los Angeles, empêchant des communications sur le génocide arménien d’être présentées lors de colloques en Israël sur la Shoah, interdisant la projection de films liés au génocide arménien aux Etats-Unis et en Israël, etc. La stratégie utilisée par les gouvernements turcs comprend l’aide financière, des concessions économiques et autres avantages, mais aussi des menaces voilées, au terme desquelles l’absence de collaboration de la part du groupe de pression juif, de l’Etat d’Israël ou des dirigeants de la communauté juive de Turquie mettrait en péril la sécurité et le bien-être économique des Juifs en Turquie.

Lorsqu’on l’interroge sur l’effet éventuel que pourrait avoir sa recherche, Bali répond : « Je ne pense pas que le livre ait quelque impact négatif que ce soit sur les relations israélo-turques et/ou turco-juives. La Realpolitik et les préoccupations stratégiques dominent toujours et enjolivent même l’histoire passée. Mais j’espère qu’enfin, l’opinion anglophone aura l’opportunité de lire l’histoire « vraie » des relations turco-juives, au lieu d’un succédané embelli. »

Analysant à l’aide de documents la manipulation par l’Etat turc de sa minorité juive vulnérable et son assentiment, cet ouvrage constitue un précieux cas d’école sur la manière avec laquelle la Realpolitik, en politique intérieure et dans les affaires étrangères, déforme la vérité et comment la coercition par la force contribue à enfreindre les droits de l’homme collectifs. Il sera d’un grand intérêt pour les spécialistes et les chercheurs sur les minorités non musulmanes en Turquie, les groupes de pression en Amérique, les décideurs de la politique israélienne, ainsi que sur les communautés juives, grecques et arméniennes à travers le monde.

[Né en 1948 à Istanbul, Rifat N. Bali est un chercheur indépendant, spécialisé dans l’histoire des Juifs de Turquie et membre associé du Centre Alberto Benveniste d’Etudes séfarades et d’Histoire socioculturelle des Juifs (Ecole Pratique des Hautes Etudes/CNRS/Université Paris Sorbonne). Il est lauréat 2009 du prix de la Recherche Alberto Benveniste pour ses publications sur les Juifs de Turquie.

L’Institut Zoryan est l’organisation mère de l’Institut International d’Etudes sur le Génocide et les Droits de l’homme, qui gère un programme annuel, accrédité par l’université, sur ce thème et coédite la revue Genocide Studies and Prevention : An International Journal, en partenariat avec l’Association Internationale des Chercheurs sur le Génocide et les Presses de l’université de Toronto.]   

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Traduction : © Georges Festa – 05.2012.