vendredi 11 janvier 2013

Chaïm Soutine - Une liturgie de l'exil / Liturgy in Exile

Chaïm Soutine, La route folle à Cagnes (La gaude)
huile sur toile, vers 1923, 81,6 x 65,4 cm

 

Chaïm Soutine : une liturgie de l’exil

 
Dans cette torsion des éléments, de la vision, se lisent une célébration, un appel. A l’instar du Greco, l’artiste déplace les codes convenus, tente de saisir cette immanence qui échappe, empreint chaque chose, chaque lieu, et dont il éprouve l’irrépressible nostalgie.

Nostalgie d’une plénitude impossible, rêvée, dont il scande les figures, à la manière du photographe en quête de l’instant miraculeux.

Comment ne pas voir dans cette prière panique, ces épousailles sauvages, où le corps et l’œil ne font qu’un, où le souffle et la main tentent de reprendre ce qui échappe à la raison quotidienne, aux enfermements volontaires, le sillon d’une existence blessée, revendiquant ses traverses, sa singularité pour n’en faire qu’une ?

Car l’œuvre de Soutine se veut chant de la matière, voyage au bout de la mort, vent debout, vaille que vaille. Paysages où se lisent les méandres d’une errance constitutive ; visages où se reconnaissent nomades, parias, inquiets ; façades que zèbre une tourmente toujours menaçante ; cadavres d’animaux, obnubilant la conscience, ayant le dernier mot. 

A l'égal des grands – Rembrandt, Chardin, Rouault -, qu’il admirait, l’artiste nous donne à méditer cet être au monde étrange, baroque, quand il n’est pas innommable ou risible. Peindre à crédit comme on meurt à crédit. Savoir que les éléments ont partie liée, que l’histoire des hommes et les convulsions de la pierre ne sont pas si antinomiques, que le foudroiement et l’abandon nous constituent.lés d'impureté et de soifs.

Smilovitchi (Biélorussie), 1893 – Paris, 1943 : Soutine, un exil visionnaire.

© georges festa – 01.2013. 


Signalons l'exposition "Chaïm Soutine (1893-1943) : l'ordre du chaos"
Musée de l'Orangerie (Paris), 03.10.2012 - 21.01.2013
Commissaire : Marie-Paule Vial