dimanche 27 janvier 2013

Hagop J. Hacikyan : The Young Man in the Gray Suit / Le Jeune homme au costume gris


Agop J. Hacikyan
The Young Man in the Gray Suit
[Le Jeune homme au costume gris]
Interlink Books, 2012

 

Un roman familial explore l’identité métissée, les passions et les haines
 
par Daphne Abeel
 

 
Le nouveau roman d’Hagop J. Hacikyan s’intéresse à l’identité complexe de la famille Kardam, en particulier à l’histoire de son plus jeune fils, Nour, lequel découvre un secret dans son passé qui donne l’impulsion à ce récit aux intrigues multiples.

Le roman débute dans les années 1950 et se déroule entre la demeure [yali] des Kardam sur le Bosphore et New York, les deux pôles du récit.

Nour, le plus jeune fils de Riza Bey, est un jeune trentenaire, éduqué en partie aux Etats-Unis et désigné, par delà ses frères aînés, pour gérer le prospère négoce de tabac de son père. Riza Bey est dépeint comme un personnage aux multiples défauts, présentement homme d’affaires à succès et philanthrope, mais ancien gouverneur d’Aïntab, qui prit parti pour les Jeunes-Turcs et fut peut-être complice lors du génocide arménien. Il a épousé trois femmes et est le père de six fils et de trois filles.

Son mort soudaine précipite la lecture de son testament, lequel répartit ses immenses richesses entre ses femmes qui lui ont survécu, Safiye et Leïla (sa seconde épouse étant décédée), et ses enfants. Mais son ultime legs fait l’effet d’une bombe. Riza laisse un héritage de plus d’un million de dollars à une femme, inconnue de la famille, nommée Maro Balian.

De nombreuses intrigues émaillent ce roman à rebondissements, dont l’implication des fils aînés dans des affaires criminelles, lesquelles vont de la vente illégale de tabac de l’entreprise familiale au trafic d’opium.

Le fil conducteur du récit est cependant la tentative de Nour pour découvrir qui est Maro Balian. Il a toujours cru être le fils de Leïla, la troisième femme de Riza Bey, mais il déniche la vérité grâce à une ancienne domestique de la famille et découvre qu’il est, en fait, le fils de Maro et que son père l’a sauvée, réfugiée arménienne, durant les déportations. Maro, déjà mariée et avec un fils de son époux arménien, Vartan, devient membre de la famille de Riza Bey et la mère de son fils. Seule Leïla, la mère adoptive ou de substitution, sait la vérité sur les origines de Nour. Maro et son premier fils, Tomas, sont finalement chassés du clan et rejoignent ensuite Vartan.

Le testament de son père indiquant que Maro vit peut-être à New York, Nour entreprend un périple tortueux afin de localiser sa véritable mère. Maro et son mari, Vartan, forment un couple arménien identifiable, vivant en diaspora. Ils publient un journal arménien ; Vartan joue un rôle actif dans la communauté en tant que conférencier et défenseur de la cause arménienne. Outre Tomas, ils ont quatre autres enfants, un fils et trois filles.

Leïla et Vartan sont tous deux consumés de jalousie. Leïla redoute que, si Nour retrouve sa véritable mère, il ne l’abandonne. Et Vartan, qui sait que Nour est le fils de Riza Bey, est non seulement jaloux, mais éprouve de la haine envers un homme qu’il sait avoir été actif dans le génocide des Arméniens, soulageant peut-être sa conscience en sauvant Maro.

Nour finit par trouver Maro et fait la connaissance de toute sa nouvelle famille, dont sa demi-sœur. O scandale, le demi-frère et sa sœur s’embarquent dans une passion torride, alors que Nour est aussi amoureux d’une jeune Turque, médecin, Esin, qu’il envisage d’épouser.

La découverte par des Turcs d’une ascendance ou même d’un parent arménien se fonde naturellement sur une réalité, une expérience vécue par beaucoup, après avoir exploré en profondeur leurs origines. La découverte de Nour a des conséquences complexes et il reste, durant un certain temps, déchiré par les passions et les exigences de ses deux familles.

Agop J. Hacikyan brasse un grand nombre de thèmes dans ce roman et les péripéties de l’intrigue, les révélations, en particulier les activités criminelles des frères de Nour, sont parfois d’une noirceur telle que le lecteur peut avoir quelque difficulté à suivre certains aspects du récit.

Il n’en reste pas moins que beaucoup trouveront cette histoire d’identité métissée, ses origines et ses suites, à la fois dérangeante et irrésistible.

Universitaire canadien, Hacikyan vit au Québec et est l’auteur d’un précédent roman à succès, A Summer without Dawn, une saga historique centrée sur le génocide arménien (1).         

NdT

1. Traduction française : Agop Jack Hacikyan et Jean-Yves Soucy. Un été sans aube. Presses de la Cité, 1992, 614 p. ISBN : 2258035686.

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Traduction : © Georges Festa – 01.2013.