samedi 12 janvier 2013

La "Armenia Films" pioniera del cinema italiano / L'Armenia Films, pionnière du cinéma italien

Studio et laboratoire d’impression de la Milano Films, 1911
© http://sempreinpenombra.com

 

L’Armenia Films, pionnière du cinéma italien
 
Akhtamar (Rome), n° 151, 15.01.2013

 
Il s’agit d’une histoire singulière. Racontée dans la banlieue nord de Milan, zone industrielle de la Bovisa. Il y a presque cent ans.

Ici commence l’histoire du cinéma italien. Les fastes de Cinecittà sont encore loin.

A dire vrai, cet été 1904, l’expert-comptable Arturo Ambrosio (propriétaire d’un magasin de photographie) lance les premières prises de vue du cinéma à Turin et fonde celle qui peut être considérée comme la première maison de production cinématographique en Italie, l’ « Arturo Ambrosio et Compagnie - Société en nom collectif. » Mais il s’agit d’une entreprise aux débuts véritablement artisanaux, au point que le studio est installé à l’intérieur de la demeure du propriétaire. Puis la maison de production se renforce et commence à produire plusieurs dizaines de films dans des genres différents, pour achever ensuite son parcours en 1924.

Entre temps, à Milan, un autre photographe, Luca Comerio, fonde en 1907 la maison homonyme de production cinématographique qui, l’année suivante, s’associe avec la SAFFI (Società Anonima Fabbricazione Films Italiani).

Un an plus tard encore (nous sommes en 1909), la Milano Films succède à la SAFFI-Comerio, héritant des ouvriers, des machineries et de l’atelier situé via Farini. Ne suffisant plus, voici que surgit en 1911 le nouveau studio en bordure nord de Milan, là où autrefois régnait la campagne et ses bœufs [buoi], la Bovisa et ses premières usines.

Et nous arrivons au point central de cette histoire.

En 1916, le sieur Johannes H. Zilélian, d’origine clairement arménienne, comme la désinence de son patronyme le laisse entendre, finance et distribue par la Milano Films une série cinématographique, intitulée « Armenia ».

Les affaires cinématographiques prospèrent au point que l’année suivante – nous sommes en 1917 – est fondée l’ « Armenia Films », société en charge de production, location, achat et vente de productions cinématographiques, laquelle s’installe sur une partie des terrains occupés auparavant par la Milano Films.

Une grande inscription sur une enseigne en forme d’arc surplombe l’entrée des studios et est encore aujourd’hui visible, via Baldinucci, au-dessus de l’entrée du jardin public qui est né dans cette zone.

Le domaine devient, ces années-là, la capitale du cinéma national ; là se tournent les plus importants kolossal du cinéma muet.

L’existence de ces maisons de production est néanmoins tourmentée : elles réussissent rarement à tenir plus de vingt ans. Ou bien elles échouent, parce qu’elles ne parviennent plus à supporter les rythmes (et les coûts) d’un art qui progresse à pas de géant, ou bien elles s’agrandissent et, via fusions et incorporations, naissent de nouveaux sujets.

L’ « Armenia Films » ne fait pas exception, elle dont l’existence est étroitement liée à celle de la « Milano », non tant de par leurs affaires conjointes ou la proximité territoriale des studios, que parce que les liens entre les deux sociétés sont entremêlés au point que l’on n’arrive plus à comprendre quelle fut la première à absorber l’autre et inversement.

Le fait est qu’après être tombée en disgrâce et les studios abandonnés (occupés par les réfugiés de guerre), voilà qu’en 1933 la « Milano Films » devient l’« Elios », laquelle porte sur ses fonts baptismaux un certain Luchino Visconti.

On perd les traces de l’ « Armenia Films », comme de son fondateur, Johannès H. Zilélian.

L’enseigne qui surplombe l’entrée de ce qui est aujourd’hui un parc public de la Bovisa nous ramène en arrière, vers ces années, et nous rappelle à quel point, déjà, était active la communauté arménienne milanaise.

Avec une pincée de nostalgie et d’orgueil, songeons à la petite contribution qu’un Arménien a donnée au développement de la cinématographie italienne. 

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Traduction de l’italien : © Georges Festa – 01.2013.
Avec l’aimable autorisation d’Emanuele Aliprandi, rédacteur en chef d’Akhtamar.

Voir aussi l’article « C’era una volta a Milano l’Armenia Films » [Il était une fois à Milan l’Armenia Films], publié le 06.04.2012 in http://sempreinpenombra.com/2012/04/06/cera-una-volta-a-milano-larmenia-films.