samedi 26 janvier 2013

Santiago du Chili, Musée de la Mémoire et des Droits de l'Homme / Santiago, Chile : Museum of Memory and Human Rights

Façade sud du Musée de la Mémoire, Santiago du Chili, janvier 2009
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Pour ceux qui n’ont pas d’histoire, un musée mémorial au Chili

par Juan José Santos Mateo

Hyperallergic, 23.01.2013

 

SANTIAGO, Chili – Descendez un escalier et ouvrez la porte. Celle-ci se referme derrière vous et vous vous retrouvez dans une pièce sombre. Vous disparaissez ; impossible de quitter le lieu et d’avoir un point de repère. Quelques minutes plus tard, 500 profils de 500 différentes personnes diffusent une lumière blanche – vous vous retrouvez entouré de gens, certains morts, d’autres disparus, quelques autres encore en vie. Vous êtes l’une des victimes de la dictature chilienne. Finalement, la porte s’ouvre et vous sortez, réchauffé à nouveau par la lumière naturelle du soleil. Vous venez de visiter l’installation « Geometria de la Conciencia » [Géométrie de la conscience] d’Alfredo Jaar. Vous êtes au Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme de Santiago, au Chili.

Ce musée commémore les victimes des violations des droits de l’homme qui se produisirent entre 1973 et 1990, sous la dictature d’Augusto Pinochet. Grâce à des artéfacts documentaires tels que des vidéos, des témoignages, des objets et des lettres, le visiteur peut découvrir de quelle manière les militaires ont tué, torturé, fait disparaître et contrôlé les citoyens de ce pays durant presque trente ans. Si les événements dont il témoigne inspirent la compassion, les musées mémoriaux tels que celui-ci (il en existe beaucoup d’autres à travers le monde) sont nécessaires pour comprendre les conséquences de l’histoire. L’histoire elle-même fut une victime de la machine à effacer de l’Etat.

Dans la salle principale se trouve un grand mur où figurent des informations sur d’autres pays soumis à des gouvernements répressifs. Nombre d’entre eux, une fois mis fin à leur régime de terreur, ont organisé des « Commissions Vérité », qui ont œuvré afin de clarifier les faits et réparer les dommages causés aux victimes. En réalité, ces commissions ne disposent souvent que de peu de pouvoir effectif, maints gouvernements perdurant toujours à l’ombre de la répression, de l’autoritarisme et de l’absence de liberté. Elles n’en sont parfois que l’ombre.

Une des meilleures contributions de ce musée controversé sont ses expositions temporaires. Nous avons là une démonstration parfaite du pouvoir de l’art comme moyen idéal de s’opposer à la souffrance collective. Citons les expositions d’artistes tels que Monica Weiss, Arturo Duclos, Marcelo Brodsky, Gonzalo Díaz ou Fernando Botero, présentant des projets qui lient des valeurs universelles à des réalités locales. Autant de thérapies poétiques qui revitalisent le concept d’art politique.

Pour ceux qui n’ont pas le moindre souvenir des événements qui eurent lieu, ce lieu physique et symbolique les aidera à se souvenir du coup d’Etat et de la mort du président Salvador Allende, il y a trente ans. Les visiteurs découvriront un lit où nombre de personnes furent torturées, entendront les mots du fils d’une victime, éprouveront la peur des survivants et, s’ils le désirent, allumeront une bougie pour ceux qui ne peuvent se rendre dans cet édifice.

Pour ceux qui n’ont aucune mémoire, qui nient ces atrocités, qui célèbrent encore les agissements de Pinochet (un hommage a même eu lieu l’an dernier), qui critiquent la construction du musée, à l’instar de Magdalena Krebs, la directrice des bibliothèques, des archives et des musées du Chili, qui soutiennent que les crimes perpétrés durant ces années ont une explication qui n’est pas montrée, un génocide nécessite-t-il une justification ? Peut-il y avoir une quelconque justification ?

Or ceux qui développent un cas volontaire d’Alzheimer n’entreront pas dans ce musée. C’est contradictoire, mais c’est une réalité. Chacun sait ce qui se trouve ici. Si vous approfondissez, vous pouvez débattre d’autres sujets qui sont contestables, comme le fait de savoir si le musée a été construit à des fins électorales ou si la parole et les mots des victimes ont été réellement décomptés. Il s’agit là de questions pertinentes. D’autres doutes vont dans le même sens : est-il logique de montrer ces atrocités d’une manière propre et esthétique, comme l’a déclaré l’artiste Jota Castro lors de sa visite du Musée de la Mémoire ? Or, comme je l’ai dit, par delà tous ces débats, ce musée est nécessaire, surtout au Chili, un pays qui continue de souffrir à l’excès d’un traumatisme. 

Le Musée de la Mémoire et des Droits de l’Homme est situé Avenida Matucana 501, à Santiago, au Chili.     

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