dimanche 13 janvier 2013

Sébastien Lifshitz - Les Invisibles

© Ad Vitam, 2012


Tout bonheur est une innocence.
Marguerite Yourcenar, Alexis ou le traité du vain combat, 1929


 

Qu’en est-il de ces oublié(e)s de l’Histoire, de ces parias du code civil, de ces rebelles à la soumission volontaire, qui pour la première fois nous livrent à cœur ouvert leur chemin de vie hors champ, volontiers iconoclaste, toujours bienveillant ?

Car il faut toujours du courage pour oser dire non, affirmer sa subjectivité, reconnaître les siens. Vies de résistance et de ténacité, itinéraires d’ordalies, fidélités aux mystères d’une enfance : autant de fils d’Ariane libérateurs, communs.

Les Invisibles ou comment donner la parole à celles et ceux qui, dans l’euphorie des Trente Glorieuses, n’ont cessé de partir en quête de leur authenticité. Entre être et avoir, le choix s’impose, tôt ou tard. Entre ombre et lumière, la vie, tout simplement.

Homosexuel(le)s septuagénaires, témoins, mais aussi acteurs, de luttes qui ont dessiné la France contemporaine, contribué à rompre avec les hypocrisies et les exclusions. Mais aussi chacun(e) d’entre nous, avec ses doutes et ses errements, à qui une parole s’adresse, une parole de vérité et d’humanité. Hommage à la tolérance et au respect d’autrui.

Car il faut en finir avec ces Terres Adélie de fortune, ces alcools béquilles, où l’on vieillit prématurément, où l’on se ment à soi-même. Ne plus passer son temps à se tenir. La nature, la vraie, est faite de ces frondaisons mouvantes, de ces vagues d’écume, de ces champs nourriciers, à l’image d’existences parvenues à bon port, épanouies, toujours en mouvement.

Les murs ont pris les choses, confie l’une d’elles. Tant de murs. Ce n’est pas un hasard si le plan initial montre le sauvetage d’oisillons à leur naissance : donner la vie, l’accompagner. Nos bastides où la naïveté le disputait à la bêtise. Ces couples de convenance, tout en surface, jamais en profondeur.

Face à l’injustice, je me dérange, rappelle une autre. Face au silence, à l’ignorance et au mépris, Les Invisibles nous dérangent eux aussi, nous donnent à voir des paysages intérieurs, faits d’échanges quasi miraculeux, car conquis de haute lutte face aux forces de destruction et d’asservissement. A l’image de cette eau qui sourd entre les rochers, où tel autre revient depuis son enfance, la caméra de Sébastien Lifshitz nous réconcilie avec cette part d’innocence, souvent invisible, mais qui déplace les montagnes : notre part d’humanité.

© georges festa – 01.2013.
 

Les Invisibles
avec Yann et Pierre, Bernard et Jacques, Pierrot, Thérèse, Christian, Catherine et Elisabeth, Monique, Jacques
réalisation : Sébastien Lifshitz
images : Antoine Parouty
montage : Tina Baz et Pauline Gaillard
mixage : Alexandre Widmer
son : Alexandre Widmer, Philippe Mouisset et Yolande De Carsin
production : Zadig Films