dimanche 31 mars 2013

Arthur Pinajian [Pinadjian] (1914-1999)


Arthur Pinajian [Pinadjian], Untitled Landscape, Woodstock, huile sur toile, 1973, 50,80 x 35,56 cm
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Une exposition new-yorkaise révèle l’art d’Arthur Pinadjian
 
par Florence Avakian
 

 

NEW YORK – Une exposition de peintures abstraites d’Arthur Pinadjian s’est ouverte mercredi 13 février à l’Antiquorum, Fuller Building, situé au 41, 57ème Rue Est [East 57th St.]. Cette exposition livre un aperçu révélateur du talent artistique d’un peintre qui a été souvent comparé à Arshile Gorky.

Ces trente-quatre tableaux, proposés à la vente, seront exposés jusqu’au 10 mars, du mardi au samedi, de 11h30 à 17h30. Une part significative des bénéfices soutiendra l’action du Fonds Arménien (Fund for Armenian Relief – F.A.R.) en Arménie.

Un catalogue de ses œuvres, intitulé Pinajian : Master of Abstraction Discovered [Pinadjian : à la découverte d’un maître de l’abstraction], comportant des études dues à plusieurs historiens d’art et édité par Peter Hastings Falk, est aussi disponible.

La soirée d’ouverture fut inaugurée par Arto Vorpérian, du F.A.R., lequel souhaita la bienvenue aux deux cents invités, dont des responsables de musées, des marchands d’art et des amoureux de l’art. Peter Hastings Falk intervint lui aussi, précisant que Pinadjian  ne suivit pas la voie des artistes contemporains, qui emploient une cohorte d’agents, de négociants et d’hommes d’affaires. Pinadjian, en un mot ; « ne s’est pas conformé aux critères actuels. Il peignait chaque jour, mais personne ne vit son art. Il ne recevait aucun compte rendu ; de même, jamais un de ses tableaux ou œuvres sur papier ne fut exposé dans une galerie ou un musée de New York. » Lorsqu’il décéda, ses œuvres, qui avaient été déposées dans un garage, devaient été détruites à sa demande. Heureusement, elles furent sauvées à la dernière minute, comme l’a relaté le New York Times.

Même si aujourd’hui peu de gens savent quel fut le talent créateur de Pinadjian, deux invités racontèrent, lors de la soirée d’ouverture, qu’ils avaient acheté, il y a plusieurs années, une peinture figurative auprès de l’artiste contre cent dollars seulement, « afin que Pinadjian puisse avoir de l’argent pour s’acheter de la peinture. » En fait, cet artiste vivait au jour le jour. Durant l’exposition, ses tableaux abstraits sont proposés à la vente entre 3 750 et 87 000 dollars chacun. Un marchand d’art chevronné faisait remarquer que dans quelques années, le prix triplera ou quadruplera par rapport aux montants actuellement enregistrés, à mesure que grandira sa célébrité.

Fils de Vartanouch, experte dans l’art de la broderie, et de son mari Hagop, qui travaillait pour un teinturier, Pinadjian naquit en 1914, prénommé Achod, à Union City, dans le New Jersey. Néanmoins, il préférait son surnom, Archie. Enfant précoce, il excellait à l’école, sautant plusieurs classes. Il était avide de dessiner des deux mains en même temps. Jeune bachelier à 16 ans en 1930, durant la Grande Dépression, avec son père et son oncle au chômage, il devint employé dans un magasin de tapis pour aider sa famille. A la mort inopinée de sa mère en 1932, il s’installa avec son père et sa sœur dans un appartement plus petit à Long Island, que ne réchauffait qu’un gros poêle.

Cherchant à fuir ces rudes conditions de vie, Pinadjian, tout comme la grande majorité de ses contemporains, fréquentait les cinémas et, après avoir vu Paul Muni dans Scarface, commença sa première bande dessinée. Il fut engagé comme dessinateur indépendant par Lud Shahbazian, journaliste reporter d’images au New York Daily News, puis, à l’âge de 20 ans, proposa ses services comme dessinateur de publicité. Ne suivant que les cours qu’il pouvait se permettre à la Art Students’ League (1) et avec l’aide du G.I. Bill (2), il affina son talent dans l’univers des bandes dessinées de l’époque. Considéré comme un des pionniers de ce nouveau médium, il s’acquit un grand succès en écrivant et en dessinant pour des éditeurs tels que Quality, Marvel et Centaur, tout en travaillant comme illustrateur dans des agences de publicité.

A la suite de son service militaire dans l’armée américaine durant la Seconde Guerre mondiale, où il fut décoré d’une médaille de bronze, il fut attiré par les œuvres des maîtres de l’art ancien et moderne, parcourant musées et galeries d’art de Manhattan. Durant ses vingt-six dernières années, il voua totalement son existence à l’art, vivant dans une pièce minuscule. Ses œuvres d’art ne virent la lumière que huit ans avant sa mort. Artiste, jamais il ne recourut aux stratégies de marketing, ni à quelque réseau de négoce.

L’art de Pinadjian  illustre sa quête émotionnelle entre art figuratif et art abstrait. Son art de la représentation se focalise sur les paysages et les nus féminins. Le grand critique d’art John Perreault note que dans les écrits de Pinadjian, griffonnés dans des calepins ou sur de petits morceaux de papier, nous entrons dans son univers fait de luttes et de tensions : « Pinadjian ne trouvait pas facilement de réponses. Chaque tableau est un puzzle et un combat, apportant une lumière. » 

L’histoire de Pinadjian « est ou pourrait être le fondement d’un mythe nouveau, celui de l’artiste secret, » poursuit Perreault. « L’artiste secret vit parmi nous. Il [ou elle] semble banal vu de l’extérieur et laisse peu voir un appel caché. Pourtant, hors champ, l’artiste secret travaille, produisant tableau sur tableau. L’extase réside dans la création. En contemplant la vie de labeur de Pinadjian, nous participons à cette extase. » 

Le Fund For Armenian Relief [F.A.R. - Fonds Arménien] aide des centaines de milliers de gens via plus de 225 programmes d’assistance et de développement en Arménie et en Artsakh.

NdT

1. Art Student’s League : école des Beaux-Arts, fondée en 1875 à New York - http://www.theartstudentsleague.org
2. G.I. Bill (officiellement titré Servicemen's Readjustment Act de 1944) est une loi américaine adoptée en juin 1944 fournissant aux soldats démobilisés de la Seconde Guerre mondiale (communément appelés les G.I.) le financement de leur études universitaires ou de formations professionnelles ainsi qu'une année d'assurance chômage. - source : http://fr.wikipedia.org/wiki/G.I._Bill (consulté 31.03.13).
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Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/030913.pdf
Traduction : © Georges Festa – 03.2013.