mardi 19 mars 2013

Institut Zoryan , 2012 : une année féconde en ouvrages et en projets / Zoryan Has Productive 2012, with Multiple Books and Programs

                    

Institut Zoryan (Toronto), 2012 : une année féconde en ouvrages et en projets


 

TORONTO – 2012 a été une année féconde pour l’Institut Zoryan. Avec la publication de cinq ouvrages en trois langues et deux revues universitaires, la mise en œuvre de son 11ème programme annuel d’études sur le génocide et les droits de l’homme, avec plus de dix pays participants, et son soutien à une conférence remarquée sur les droits essentiels des enfants en Arménie, l’Institut poursuit ses efforts systématiques en vue de promouvoir au plan international la vérité et les droits de l’homme.

Nouvelle édition, en italien, de l’ouvrage de Samuel Shahmuradian, La Tragédie de Soumgaït : les pogroms anti-Arméniens dans l’Azerbaïdjan soviétique. Volume I : Récits de témoins oculaires. L’édition fut préparée par Pietro Kuciukian et publiée par les éditions Guerini e Associati, de Milan, et constitue la 9ème langue de publication d’un ouvrage de l’Institut Zoryan. Durant trois jours, en février 1988, la ville azerbaïdjanaise de Soumgaït devint le théâtre de pogroms anti-Arméniens. La tragédie de Soumgaït constitua une tentative brutale, organisée, de blocage d’une situation politique face aux demandes pacifiques d’autodétermination des Arméniens du Haut-Karabagh. Ces événements marquèrent le début d’un plan prémédité, visant à dépeupler l’Azerbaïdjan de ses habitants arméniens et, finalement, russes et juifs.
L’ouvrage est une compilation d’entretiens menés par le journaliste arménien Samuel Shahmuradian, avec des survivants de Soumgaït, immédiatement après les événements en février 1988, dont le souvenir était encore très vivace. La version italienne livre au lecteur une version abrégée des entretiens, en faisant une référence pour les lecteurs italiens. Cette nouvelle version répartit de même ces entretiens en chapitres thématiques, facilitant la navigation et approfondissant le contexte pour les néophytes. Cette édition comprend la préface, reprise de l’édition anglaise, signée par Elena Bonner, militante des droits de l’homme. ainsi que celle de l’édition française, due à Bernard Kouchner, homme politique français, militant des droits de l’homme et cofondateur de l’association Médecins Sans Frontières.

The Asia Minor Catastrophe and the Ottoman Greek Genocide : Essays on Asia Minor, Pontos and Eastern Thrace, 1913-1923 [La Catastrophe de l’Asie Mineure et le génocide grec ottoman : essais sur l’Asie Mineure, le Pont et la Thrace Orientale, 1913-1923] est une compilation d’études novatrices, présentées par d’éminents chercheurs lors de deux colloques universitaires organisés par le Centre de Recherches Helléniques sur l’Asie Mineure et le Pont [Asia Minor and Pontos Hellenic Research Center] à Chicago, éditées par George N. Shirinian, directeur exécutif de l’Institut Zoryan. Cet ouvrage et son approche précise de l’expérience grecque, dans le cadre élargi du génocide des minorités chrétiennes dans l’empire ottoman, vise à combler un vide dans la littérature scientifique sur le génocide grec et est l’un des premiers à aborder les expériences génocidaires des Arméniens, des Grecs et des Assyriens, d’une manière comparative, en tant qu’histoire intégrée. Comme l’écrit le professeur Roger W. Smith, président du conseil scientifique de l’Institut Zoryan : « Seule l’approche comparative peut produire des généralisations soigneusement délimitées quant à la nature et au mécanisme du génocide en tant que problème global qui se pose à l’humanité. »

Quelques mois plus tôt, la même année, la traduction et la publication d’un nouveau livre de Rifat Bali, grand historien, voyaient le jour. Model Citizens of the State : The Jews of Turkey during the Multi-Party Period [Des citoyens modèle de l’Etat : les Juifs de Turquie durant la période du multipartisme] livre une analyse du traitement de la communauté juive en Turquie, de 1950 à nos jours, leur combat contre l’antisémitisme, la lutte pour leurs droits constitutionnels et l’attitude de l’Etat et de la société turque face à ces problèmes. L’A. présente l’ouvrage comme une tentative de révéler la vérité derrière « le discours lénifiant, répété sans cesse par les dirigeants de la communauté juive de Turquie, comme par les intellectuels, les politiciens et les historiens turcs. » Le livre décrit comment, lors des quarante premières années d’existence de la république de Turquie, la communauté juive connut des problèmes, des peurs et des réactions analogues à celles des minorités arménienne et grecque. Un tournant se produisit néanmoins dans les années 1970, lorsque les gouvernements turcs successifs s’acquirent la coopération des Juifs de Turquie afin de convaincre les groupes de pression juifs d’Amérique, pour que ceux-ci soutinssent activement des mesures en faveur de la Turquie, dont la lutte contre les résolutions sur le génocide arménien au Congrès des Etats-Unis, l’exclusion du génocide arménien des musées de la Shoah à Washington et Los Angeles, interdisant des conférences sur le génocide arménien lors de colloques sur la Shoah en Israël, etc. Ce livre constitue une précieuse étude de cas quant à savoir comment la realpoltitik dénature la vérité et comment la contrainte par la force contribue à la violation des droits de l’homme au niveau collectif.

Editeur de renom à Istanbul et champion reconnu des droits de l’homme, Ragip Zarakolu a collaboré avec l’Institut Zoryan en vue de conforter les bases d’un corpus commun de savoir, à l’attention des Turcs et des Arméniens. En dépit de son incarcération par le gouvernement turc en octobre 2011, Zarakolu a poursuivi ses efforts pour faire ressortir la vérité historique sur le génocide arménien. En janvier 2012, Belge Yayınları, sa maison d’édition, a publié l’édition turque de Der Völkermord an den Armeniern 1915/16 : Dokumente aus dem Politischen Archiv des deutschen Auswärtigen Amts [Le Génocide arménien de 1915-16 : documents des archives politiques du ministère allemand des Affaires Etrangères], compilés et édités par Wolfgang Gust et publié à l’origine en allemand. L’ouvrage étant le produit d’une dizaine d’années de recherches intensives, l’édition et la traduction ont été supervisées par Wolfgang et Sigrid Gust. Il s’agit d’un vaste choix de quelque 218 télégrammes, lettres et rapports adressés par des responsables consulaires allemands dans l’empire ottoman au ministère des Affaires Etrangères à Berlin, décrivant en détail, parfois en images, le génocide alors en cours des Arméniens, et constitue une accusation sans appel du comportement des Allemands comme des Turcs.
Mehmet Ali Birand, grand journaliste turc, aujourd’hui disparu, déclarait à ce propos : « Le message de ce livre est le suivant : puisque les Turcs ne le feront pas, à nous de le faire. Ils verront ces documents et comprendront les faits en notre possession. Ils comprendront que nous n’agissons pas en ennemis, mais que nous essayons d’expliquer une catastrophe. » L’ouvrage a été traduit dans un turc des plus compréhensible et élégant par les éditions Belge. D’évidence, ce travail a nécessité dix années. Il s’agit là d’une étude extrêmement importante et coûteuse. Sans entrer dans les détails, lorsqu’on lit ce livre et que l’on découvre les documents, lorsqu’on s’initie au sujet grâce à cet ouvrage, il est impossible de ne pas croire au génocide et de ne pas donner raison aux Arméniens. Fût-on spécialiste du sujet, ou ayant mené des recherches du point de vue turc, là encore, impossible de ne pas être troublé. L’on se posera de nombreuses questions. » L’Institut Zoryan apprécie cette reconnaissance de la part d’un journaliste turc très respecté et espère que plus de dialogue entre nos deux cultures pourra s’ouvrir de cette manière, à la fois civique et informée.

Fruit de près de onze années, Judgment at Istanbul : The Armenian Genocide Trials [Jugement à Istanbul : le génocide arménien en procès] est une étude du génocide arménien vu à travers les archives du tribunal spécial militaire ottoman. Il s’agit de la première publication conjointe par les deux plus éminents chercheurs, reconnus au plan international, sur le génocide arménien – le professeur Vahakn N. Dadrian, un Arménien, et Taner Akçam, un Turc. Pour la première fois, le corpus complet, connu à ce jour, des minutes du procès est livré en anglais et, pour la première fois, des informations émanant de la presse ottomane à cette époque ont été utilisées afin de reconstituer ces attendus. Judgment at Istanbul ajoute un nouveau point de vue aux études historiques et morales sur le génocide arménien, dont il constitue une étude de cas juridique.

Dans le domaine des études sur la diaspora et la prévention du génocide, l’Institut Zoryan a poursuivi la publication de ses deux revues, Diaspora : A Journal of Transnational Studies et Genocide Studies and Prevention : An International Journal, à raison de trois numéros par an.

En novembre 2012, l’Institut a co-parrainé une conférence d’Armine Hovannisian, docteur en droit (Université de Californie, Los Angeles – U.C.L.A.), directrice exécutive de l’association Junior Achievements of Armenia et fondatrice de l’O.N.G. Orran, conférence qui avait pour titre « Pauvreté et droits de l’enfant en Arménie. » Cette manifestation eut lieu à l’université de Boston, avec le soutien conjoint de la Chaire Kénossian d’Histoire et de littérature arméniennes modernes et la National Association for Armenian Studies and Research (NAASR). L’Arménie a signé plusieurs traités relatifs aux droits de l’enfance et à l’enseignement, dont la Convention des Nations Unies de 1989 sur les droits de l’enfant, mais leur mise en œuvre s’est avérée plus ardue. Hovannisian cita en exemple le fait qu’en vertu de la loi, les enfants handicapés sont censés être traités sur un plan égal, mais que, dans la pratique, nombre d’entre eux sont intégrés dans des institutions et tenus éloignés de leurs foyers et de leurs familles. Elle releva qu’une estimation provisoire des niveaux de pauvreté vécus par les enfants arméniens situe 26 % d’entre eux en dessous du niveau de pauvreté. L’A. expliqua que, même s’il existe un nombre conséquent de jardins d’enfants et d’écoles, la plupart sont négligés et démunis au plan financier. Elle décrivit la situation désespérée de nombreuses familles en Arménie, où les maris sont contraints de quitter le pays afin de trouver du travail, tandis que les mères luttent pour nourrir et vêtir leurs enfants, les obligeant parfois à placer un enfant dans un internat, loin de leur famille. Cette conférence s’acheva par une séance de questions-reponses et un appel aux membres de la diaspora pour qu’ils aident leurs compatriotes dans la mère patrie.

En août 2012, 22 étudiants venus d’Arménie, de Belgique, du Brésil, du Canada, d’Allemagne, de Turquie et des Etats-Unis ont participé au 11ème programme universitaire d’étude sur le génocide et les droits de l’homme, organisé par l’Institut International d’Etudes sur le Génocide et les Droits de l’homme (une division de l’Institut Zoryan), en partenariat avec l’université de Toronto. Le professeur Joyce Apsel est le nouveau directeur des cours et trois nouveaux chercheurs figuraient cette année : le docteur Shaké Toukmanian, de l’université de York, qui aborda le traumatisme psychologique du génocide ; le docteur Israël Charny, de l’Institut d’Etudes sur la Shoah et le Génocide, de Jérusalem, expert reconnu sur la négation du génocide ; et la docteur Maja Catic, du Canadian Forces College, spécialiste du génocide dans l’ancienne Yougoslavie.

Pour toute commande, écrire à zoryan@zoryaninstitute.org.                    

Site internet de l'Institut Zoryan : http://www.zoryaninstitute.org

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Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/031613.pdf
Traduction : © Georges Festa – 03.2013.