samedi 2 mars 2013

Marcela Feraru : Guerre d'Algérie - Mémoires de femmes

© Secours de France, 2013

 

Guerre d’Algérie : Mémoires de femmes

Un film de Marcela Feraru


 

Né de la collaboration entre Marcela Feraru, réalisatrice de Face à la mort, les prisonniers de Hô Chi Minh (ECPAD, 2009) et Harkis, histoire d’un abandon (coproduction ECPAD, chaîne Histoire et Secours de France, 2011), et deux historiens, Daniel Lefeuvre et Diane Sambron, spécialistes respectivement de l’Algérie française au plan économique, et du monde arabe, de l’islam et de la question des droits des femmes, ce film donne la parole aux femmes de tous bords, de toutes origines, et pose la question, brûlante, du bilan et du sens d’une guerre.

Car les témoins sont à la fois regards et voix. Par delà les silences que l’on devinait fiévreux dans tel album de Marc Garanger (1), l’anamnèse nourrissant l’écriture de Leïla Sebbar (2) ou la création plastique de Nicole Guiraud (3), comment ne pas saluer ici un projet humaniste, sans concession, mais étreignant toute la complexité du réel ?

L’entreprise est comparable à celle, tout aussi nécessaire, du collectif vénitien Deportate, esuli, profughe, publiant depuis plusieurs années des études centrées sur la parole féminine en temps de guerre et de génocides (4) ou turco-arménien Speaking to One Another, œuvrant dans le sens d’une reconnaissance mutuelle, via le patrimoine de l’oralité (5).

Ce n’est pas non plus un hasard si la génération contemporaine des cinéastes algériennes – l’on songe à Yamina Chouikh, Djamila Sahraoui, Fatima Belhadj ou Nadia Cherabi -  est de même au cœur de ces enjeux.

A l'instar du Dictionnaire amoureux de l’Algérie, célébré par Malek Chebel (6), la voix des femmes ne cesse de nous convier à des chemins de courage et de liberté :

Qu’on aimerait suivre les âmes
Au pays où elles s’enfuient.
Je marcherais la nuit, le jour,
Et les cieux je parcourrais
Pour voir les bien-aimés
Qui m’ont laissée le cœur blessé.

Qui voudrait m’accompagner
Au pays où se trouvent les âmes ?
Nous irions à leur recherche
Et nous mêlant aux oiseaux,
Nous nous élèverions en plein ciel
Vers mes enfants bien-aimés.

Qu’on aimerait suivre les âmes
Au pays où elles s’enfuient.
J’irais à travers les cieux,
Cheminant avec les étoiles,
A la rencontre des bien-aimés
Par qui mon cœur est endeuillé.


Fadhma Aith Mansour Amrouche (7) 

 
Notes

1. Marc Garanger, Femmes algériennes 1960, Atlantica, 2002.
2. Entre autres parutions récentes, citons Une femme à sa fenêtre : récits et nouvelles (Al Manar, 2010) et Fatima ou les Algériennes au square (Elyzad, 2ème édition revue par l’A., 2010).
3. Plasticienne, née à Alger. Vit à Berlin – Site internet : http://www.galerie-herrmann.com/arts/guiraud/index.htm
4. Site internet : http://www.unive.it/nqcontent.cfm?a_id=18891
5. Site internet : http://www.speakingtooneanother.org
6. Malek Chebel, Dictionnaire amoureux de l’Algérie, Plon, 2012, 788 p.
7. Fadhma Aith Mansour Amrouche, Histoire de ma vie, François Maspero, 1982, p. 215. 

© Georges Festa - 03.2013