samedi 23 mars 2013

Wajdi Mouawad - Seuls

Wajdi Mouawad, Seuls
Théâtre National de Chaillot, 19-29.03.13
© Thibaut Baron / http://theatre-chaillot.fr



Harwan, mon prochain

 

- étoiles : combien de nuits, combien d’étoiles, lorsque la nef se referme, s’oublie, explose, domestiquée, trace des chemins, explique, ignore, apaise, suffoque
- exils : et si l’exil avait été de tout temps là, consubstantiel, prégnant, nourricier, impossible à justifier, lourd de silence, de sang, incontournable, aux mille visages
- père : les totalités, la langue des origines, l’impossible égalité, sans espoir, les mots manquent, méconnaissance, plénitudes, le mythe qui se lézarde, inaccessible
- jardin : celui des origines que l’on ne saura jamais, les demeures provisoires, sans répit, les jardins de substitution, pâles esquisses, les ailleurs où se perdre
- lit : les appartements flous, murmures et peur diffuse, enfermements, chutes, cris, dortoirs anonymes, à la dérive, les chambres précaires, englouties
- photographies : absences qui pourtant alimentent des vies, irriguent des confidences, les prénoms abstraits, trop loin, étrangers, trop proches par conséquent, menaçants

- téléphones : les abolitions fausses, démasquer, dans le labyrinte des silences, lorsque les secondes s'accélèrent, au bord, courir au mirage, rattraper, basculer
- bombe : les éclats insupportables, se précipiter sous les tables, flash d’une terrasse où crépitent les mitrailleuses, où claquent les draps, nuits sourdes, indélébiles
- sœur : voisine, éloignée, gémellité des rescapés, et si la raison avait fui depuis toujours, l’étrangeté constitutive, désarroi et absurdité, en partage, fils et fille d’errance
- thèse : les 1500 pages, aux coïncidences trop nettes, soutenir, accoucher de soi, les objets tiers, attaquer de front, les yeux grands ouverts, sans voir, à l’aveugle
- voir : s’évertuer, à s’en crever les yeux, tout voir, lorsqu’on a tout vu, et pourtant rien, des chimères, avoir eu le paradis en main, cheminé tels des ombres, entrevoir, revoir
- bleu : qui s’oppose au blanc, le bleu fixe, brûlant, immobilisé, captivé, se soumettre à sa loi, les noyades salvatrices, le bleu froid des abîmes, à la façon des aimants
- musique : ce fil d’Ariane, tordre le cou aux exils, s’inventer une danse, les musiques amnésiques, se faire la malle, à fleur de peau, et si nous n'étions que musique
- corps : en finir avec la transparence, l’ordre apparent des bienséances, en attendant de disparaître cette insupportable attente, fusions, éruptions, désordre, remonter le fleuve
- langues : hésiter, la menace de l’autisme, puis choisir celle du départ, où l’on sent une planche de salut, les langues multiples, coexistences et conflits, refuges, échapper
- arrachements : comme on lacère une toile trop semblable, les fils prodigues, arracher le pardon, la reconnaissance, s’extraire à la nuit, se délivrer, rompre les amarres

© georges festa – 03.2013