jeudi 11 avril 2013

Claude Nal - Le Serment de l'Orane


© Claude Nal – Association « Coup de théâtre », 2012


Le Serment de l’Orane

de Claude Nal

Mise en scène : Claude Galiano


 

Avoir 20 ans à Oran en 1962

 
Il est des entreprises rares, urgentes. Tenant de l’inespéré, car nées de l’exil, de la perte, de la menace de l’oubli et de la disparition.

L’on sait la place nouvelle que tient la scène dans les mémoires des génocides et des populations victimes d’épuration ethnique. The Theatre of Genocide, anthologie de quatre pièces sur le Rwanda, la Bosnie, le Cambodge et l’Arménie, publiée, il y a peu, par Robert Skloot (1), les recherches pionnières d’Annick Asso (2) ou encore le récent colloque de Nanterre sur « La Shoah : théâtre et cinéma aux limites de la représentation ? » (3), recomposent les logiques et les pratiques à l’œuvre, aux limites du discours et du corps.

Après ce 20ème siècle des exils – où se rejoignent Nabokov, Roth, Duras, Berberova, Arendt et tant d’autres – comment dire cet avant-exil convulsif, où tout semble près de basculer, où tout se conjugue dans un ultime espoir, où tout semble à la fois menacer et emporter, ravir et détruire ? Comment traduire au quotidien la parole des anonymes, précipités dans les meurtrissures de choix inextricables, entre liberté et tragédie, justice et deuils ?  

Trois actes, 12 personnages, dont 8 étudiants, un professeur, un musulman, un sous-officier, un informateur. Huis-clos aux prises avec un autre personnage, invisible et pourtant lancinant : l’histoire de l’Algérie et ses déchirures. De l’œil du cyclone à l’exil forcé. Du constat aux questionnements, des possibles aux ténèbres. Pour se mesurer enfin à la vérité.

Car la scène est aussi lieu de réparation, objet tiers nécessaire, où la fiction permet de mettre en mots et en images le non dit, les chaînons manquants. La transmission. Lorsque tout conjure à effacer, simplifier, sinon ostraciser. Dans nos ailleurs où la peste n’a plus de nom, où nous sommes tous Meursault, il est des serments qui, pour reprendre ici le chantre de Tipasa, « parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes. » (4)
 

© Georges Festa - 04.2013

Notes

1. University of Wisconsin Press, 2008 – ISBN-13 : 978-0299224745
2. Annick Asso, « La transmission du traumatisme génocidaire au théâtre », in Actes du Colloque Arménie : de l'abîme aux constructions d'identité. Sous la direction de Denis Donikian et Georges Festa. Paris : L’Harmattan, 2009, p. 41-57. – ISBN : 978-2-296-09191-7
Annick Asso. Le théâtre du génocide : étude des représentations de la Shoah et des génocides arménien, rwandais et bosniaque dans le théâtre de l’après-guerre à nos jours. Thèse de doctorat : Lettres et arts. Sous la direction de Marie-Claude Hubert. Université de Provence Aix-Marseille I, 2009.  
3. Colloque international : « La Shoah : théâtre et cinéma aux limites de la représentation ? » Université Paris-Ouest Nanterre La Défense – INHA, 8-10.12.2010 - http://har.u-paris10.fr/2010/11/02/colloque-international-la-shoah-theatre-et-cinema-aux-limites-de-la-representation/ (consulté 11.04.13)
4. « Au printemps, Tipasa est habité par les dieux et les dieux parlent dans le soleil et l’odeur des absinthes. » Albert Camus, « Noces à Tipasa », Noces, 1939
 

Prochaines représentations :

Château de Farques, Avignon-le-Pontet, 12.04.13

Théâtre Mazenod, Marseille, 15.06.13