vendredi 5 avril 2013

Leyde University, Symposium "The Papacy and the East : Intellectual Debates and Cross-Cultural Interactions, 1274-1439" / Université de Leyde, colloque « La Papauté et l’Orient : débats intellectuels et échanges interculturels, 1274-1439 »



Un colloque intéressant aux Pays-Bas
 
par Marina Mavian
 
Akhtamar on line (Rome), n° 156, 01.04.13

 
[Le 8 mars dernier, un intéressant colloque s’est tenu à l’Institut des Etudes Religieuses, de l’université de Leyde aux Pays-Bas.
Marina Mavian a assisté à ce symposium intitulé « La Papauté et l’Orient : débats intellectuels et échanges interculturels, 1274-1439 », dont elle nous résume les interventions les plus marquantes.]

Claude Mutafian (université Paris Nord) : « L’Eglise arménienne et la Papauté durant le dernier siècle de la Cilicie arménienne. »

Claude Mutafian exposa avec brio  la géométrie difficile et complexe concernant les rapports entre l’Eglise arménienne et la Papauté durant le dernier siècle de la Cilicie arménienne (1275-1375). Lorsque le dernier royaume d’Arménie fut créé en Cilicie, voisin des Francs en Syrie, en 1198, l’Eglise arménienne, indépendante de Rome et de Byzance depuis le concile de Chalcédoine (451), entra plus étroitement en rapport avec l’Eglise latine. Durant plus d’un demi-siècle, ce royaume demeura l’Etat le plus puissant du Moyen-Orient chrétien et les Arméniens traitèrent d’égal à égal avec la Papauté.
La situation changea progressivement avec l’affaiblissement de l’alliance avec les Mongols et la menace croissante des Mamelouks d’Egypte, toujours plus agressifs après la première invasion en 1266.
Les autorités arméniennes se tournèrent alors vers l’Europe en dernier recours. Plutôt que de proposer une aide aux Arméniens, la Papauté saisit cette occasion, à une période de faiblesse, pour imposer la soumission de l’Eglise arménienne.
Toutefois, alors que le pouvoir en Cilicie se montra enclin à accepter les missions catholiques envoyées par Avignon et à accepter cette ligne politique, une grande partie du clergé, principalement en Grande Arménie, s’opposa vivement à quelque concession que ce soit envers l’Eglise latine.
Le résultat de ce fort antagonisme eut de lourdes conséquences : aucune aide ne parvint de l’Occident et, en 1375, les Mamelouks conquirent la capitale et proclamèrent la fin du dernier royaume d’Arménie.

Irene Bueno (Université de Leyde / Ecole des Hautes Etudes en Sciences Sociales, Paris) : « Les « hérésies » des Grecs, des Jacobites et des Arméniens dans la Summa de haeresibus et earum confutationibus (1338-1342), de Guy Terrena. »

Irene Bueno a traité des « hérésies » des Grecs, des Jacobites (1) et des Arméniens dans la Summa de haeresibus et earum confutationibus (1338-1342), de Guy Terrena. En dépit de la réduction de sa sphère réelle d’influence, la Papauté d’Avignon n’a jamais cessé de rechercher de nouvelles stratégies afin d’amener les communautés chrétiennes d’Orient sous le contrôle de l’Eglise latine.
Présent à Avignon à la même époque que Richard Fitzralph et Barlaam de Seminara, l’évêque carmélite Guy Terrena (connu aussi sous le nom de Guy de Perpignan) entreprend un débat approfondi sur les « erreurs » des Grecs, des Jacobites et des Arméniens dans sa Summa.
Ce traité d’ensemble et ambitieux a pour objectif de lutter contre toutes les hérésies passées, présentes et à venir, sur le modèle des Hérésies de saint Augustin, développant mauvaises interprétations et abus des doctrines orientales qui circulent parmi les théologiens d’Occident.
L’étude s’intéresse, en particulier, à la position de Terrena sur les hérésies, examinant les diverses strates de sa Summa peu connue et replaçant la contribution des carmélites dans le contexte plus large des conflits que connurent tant le Saint-Siège que la Cilicie arménienne, durant la première moitié du 14ème siècle.

Marco Bais (Institut Pontifical Oriental, Rome) : « Les Arméniens dans l’ouvrage La flor des estoires de la terre d’Orient. »

Marco Bais présenta l’ouvrage La flor des estoires de la terre d’Orient, composé en 1307 par Héthoum de Korykos, membre de la famille royale arménienne au pouvoir en Cilicie.
Ce livre fut présenté au pape Clément V et connut une vaste diffusion à la fin du Moyen Age, influençant notablement la vision de l’Orient parmi les Européens.
Il est divisé en quatre livres : le premier traite de la géographie et de l’ethnographie de l’Asie, de la Chine à la Syrie ; le second est consacré à l’histoire politique du Moyen Orient, et le troisième se centre sur l’histoire des Mongols et à leurs relations avec le royaume arménien en Cilicie. Enfin, le quatrième livre se veut une proposition de nouvelle croisade, visant à reconquérir la Terre Sainte avec l’appui des Mongols et des Arméniens.
M. Bais livra une analyse savante de l’image de l’Arménie et des Arméniens, non seulement ceux qui vivent alors dans le royaume de Cilicie, mais aussi ceux de Grande Arménie, qu’Héthoum présente à ses lecteurs européens ; ainsi que des rapports entre Arméniens et Mongols, et du rôle de « trait d’union » joué par les Arméniens entre Mongols et Européens.   
  
NdT

1. Le terme de Jacobites renvoie ici aux fidèles de l’Eglise monophysite syrienne occidentale, fondée par Jacques Baradée au 6ème siècle après J.-C. - http://www.universalis.fr/encyclopedie/eglise-jacobite (consulté 05.04.13)

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Traduction de l’italien : © Georges Festa – 04.2013.

Programme détaillé du colloque : http://media.leidenuniv.nl/legacy/programme3.pdf