dimanche 14 avril 2013

Nations Unies (New York) : symposium sur la prévention du génocide / Genocide Prevention Symposium Held at UN


New York, siège des Nations Unies, mai 2006
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Nations Unies (New York) : symposium sur la prévention du génocide
 
par Florence Avakian
 

 
NEW YORK – Le traumatisme du génocide ne prend pas fin avec les massacres. Ces événements tragiques peuvent être à long terme et très nocifs. Durant le seul 20ème siècle, des dizaines de millions de gens ont été tués en Arménie, en Allemagne, au Cambodge, en Bosnie, au Guatemala, au Darfour, en Irak, au Rwanda, à Sarajevo, au Sud-Soudan, sans parler des Grecs, des Assyriens et des Palestiniens.

Le 4 avril dernier, au siège des Nations Unies à New York, s’est tenu un symposium intitulé « Vers la prévention du génocide – Nations qui reconnaissent les pages sombres de leur histoire et Mise en pratique d’une non violence. » Il était organisé et modéré par le docteur Ani Kalayjian, présidente de l’Association for Trauma Outreach and Prevention [Association pour la sensibilisation et la prévention du génocide] (ATOP).

L’ambassadeur d’Arménie aux Nations Unies, Garen Nazarian, ouvrit le colloque en rappelant à une assistance composée de plus de soixante représentants de délégations des Nations Unies que « l’horreur du génocide se répète aujourd’hui dans différentes parties du monde et [que] des victimes innocentes continuent d’être persécutées sans autre motif que leur origine ethnique, leur religion ou leur nation d’appartenance. Une coopération et une action internationale sont nécessaires, si l’on veut faciliter la prévention et la répression opportune du crime de génocide. »

Garen Nazarian releva que le Conseil aux Droits de l’Homme des Nations Unies a récemment adopté une résolution à l’initiative de l’Arménie, avec le soutien d’une soixantaine d’Etats membres de cette instance internationale, laquelle résolution « souligne l’importance de la vérité, de la justice, de la réparation, et du fait que les perpétrateurs doivent être tenus comme responsables au plan criminel, au niveau national ou international, et reconnus comme tels. » Il souligna aussi l’importance de l’enseignement dans la prévention du génocide.

Concernant le génocide arménien, il déclara que le processus de reconnaissance internationale de ce génocide, le premier du 20ème siècle, « sera poursuivi, malgré le déni par la Turquie de ce fait historique indiscutable. »

A la suite de son discours, l’ambassadeur remit des récompenses à des lycéens lauréats du Krieger Essay Contest [concours Krieger d’essais] sur la prévention du génocide.

Un film du docteur Michael Hagopian, produit par Carla Garabédian, intitulé Voices from the Lake [Le Lac aux voix], fut projeté, présentant des récits poignants de témoins oculaires par des survivants du génocide arménien. Des photographies d’archives détaillent les atrocités, dont les tortures infligées aux femmes et aux enfants. « Des parents arméniens en proie au chagrin confièrent leurs enfants à des Turcs, avant d’être alignés dans chaque localité et chaque ville, au passage des marches de mort. Ils remirent leurs précieux enfants, afin qu’ils ne soient pas tués, même s’ils étaient probablement destinés à des harems ou à devenir eslaves, » rappelle ainsi Garabed Der Minassian, un survivant.

Un agent humanitaire, Marie Jacobsen, signale alors qu’ « une nation est en train de disparaître. » Témoin oculaire de ces atrocités, elle relate que les gendarmes « tuent à l’aide de haches et de baïonnettes, lorsqu’ils n’ont plus de balles. »

Prévention et guérison

Présentant les experts invités à débattre de la prévention et de la guérison, le docteur Kalayjian rappela que l’empire ottoman, suite au génocide, fut le premier à reconnaître le génocide arménien, via ses tribunaux militaires. Vingt-huit pays à travers le monde ont, eu aussi, reconnu le génocide arménien. « Des deux côtés, victimes et perpétrateurs ont besoin de guérir, » souligna-t-elle.

Professeur à l’université de New York et à l’Institute for the Study of Genocide, le docteur Joyce Apsel rappela dans sa communication sur les « Défis et initiatives en matière de prévention » que deux déclarations internationales furent votées en 1948 : la « Déclaration Universelle des Droits de l’Homme » et la « Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide. » A travers le monde, la « capacité de l’homme a commettre un génocide perdure, » déclara-t-elle. « Il est important de comprendre et d’œuvrer pour la prévention de chaque génocide. »

J. Apsel précisa que dans le cadre du programme de recherches sur la Shoah et les droits de l’homme, de l’Institut Zoryan où elle enseigna, des étudiants arméniens et turcs venaient débattre entre eux, un processus mis en place au fil des ans. Elle souligna les « mécanismes de justice transitionnelle », qui comprennent de nombreux cours, le développement de toute une série de normes destinées à protéger la communauté internationale, lorsque les Etats n’assument plus cette responsabilité ; un ensemble de tribunaux susceptible de responsabiliser les perpétrateurs, et des commissions de vérité afin de reconnaître ce qui est arrivé. La prévention des atrocités inclut aussi des organisations non gouvernementales (ONG), des avocats, des gens ordinaires, afin d’empêcher l’escalade de la violence.

Grecque d’origine pontique et auteur de Not Even My Name (1) Thea Halo évoqua le rôle de la mémoire dans le processus de guérison. Elle confia que dans sa jeunesse elle ignorait son héritage familial, s’inventant un équivalent égyptien. Elle rappela que les Grecs et les Assyriens sont quasiment ignorés dans l’histoire du génocide ottoman. Sa mère, aujourd’hui âgée de 104 ans, figura dans les marches de mort durant presque huit mois, avec ses cinq enfants, puis fut réduite à l’état d’esclave et ne dut son salut qu’à des Arméniens. « Jamais elle n’a dénigré les Turcs, uniquement les gouvernements turcs et ottomans, » rappela-t-elle, lisant des passages déchirants sur le génocide, extraits de son livre. « La mémoire peut être une voie de guérison, » observa-t-elle avec sérénité.

Auteur de Red Dog Howls, pièce à succès détaillant comment il découvrit son héritage arménien, Alexander Dinelaris est lauréat 2013 de l’Armenian American Society for Studies on Stress and Genocide [Société Arméno-américaine d’Etudes sur le Stress et le Génocide – AASSSG]. Il précisa que, bien qu’en partie Cubain, Portoricain, Grec et Arménien, il fut élevé par sa grand-mère arménienne, qui ne lui parla jamais de ses souffrances lors du génocide. « J’ai porté cette peur et cette culpabilité durant des années, en me demandant si je les transmettrai à mon fils, encore à naître à cette époque. Je voulais rompre le cycle de culpabilité, de peur, de honte, d’humiliation. Le génocide repose sur la déshumanisation, alors que le théâtre fait le contraire. Ma pièce, Red Dog Howls, est une « catharsis collective, » dit-il, citant Platon.

Lors de la séance des questions-réponses, fut souligné un des motifs majeurs pour lesquels les Turcs n’ont pas reconnu le génocide arménien, à savoir le coût potentiellement onéreux des réparations. Il est nécessaire qu’il y ait reconnaissance et validation du génocide, ainsi que des réparations à la hauteur, ce sujet étant la cause de profondes divergences au sein de la communauté arménienne.

Chacun rappela à nouveau que les effets d’un génocide perdurent à travers les générations, celles qui suivent portant la culpabilité des survivants. Avant de panser les plaies, il convient de s’attaquer aux racines du problème.

La manifestation se conclut par une minute de silence à la mémoire de toutes les victimes des génocides passés et actuels.

Ont parrainé conjointement ce symposium la Mission Permanente de la République d’Arménie auprès des Nations Unies, l’Association for Trauma Outreach and Prevention (ATOP), l’Armenian American Society for Studies on Stress and Genocide (AASSSG), l’Union Générale Arménienne de Bienfaisance (AGBU), l’association Meaningful World, le Centre arménien de protection des droits constitutionnels d’Arménie, l’ONG Voices for Freedom (New York) et l’Institute for Multicultural Counseling and Education Services (IMCES – Los Angeles, Californie).  

NdT

1. Thea Halo. Not Even My Name : A True Story. Picador, 2001, 328 p. - ISBN-13: 978-0312277017. Traduction française en cours (Georges Festa).

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Source : http://www.mirrorspectator.com/pdf/041313.pdf
Traduction : © Georges Festa – 04.2013.