dimanche 23 juin 2013

Yéghiché Tcharents : poète de la vie comme révolution permanente (II) / Yeghishe Charents : Poet of Life as Permanent Revolution (II)

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Yéghiché Tcharents : poète de la vie comme révolution permanente (II)

par Eddie Arnavoudian

Groong, 10/10/2005


Yéghiché Tcharents devint majeur à une époque de massacres de masse, de Première Guerre mondiale et de génocide arménien. Alors qu’il avait 21 ans, le gouvernement Jeune-Turc liquida un million et demi d’Arméniens et vida l’Arménie Occidentale de toute sa population arménienne autochtone. De l’Arménie ne subsistait qu’un territoire croupion, dans sa partie orientale, une minuscule bande de terre, faite de roches arides, sur laquelle fut créé le premier Etat arménien indépendant, depuis près de six cents ans. Présidait à cette entité un gouvernement trop faible pour pourvoir ne fût-ce qu’aux besoins les plus élémentaires de sa population exténuée, encore moins organiser une quelconque résistance efficace face à une offensive turque visant à effacer pour toujours l’Arménie des cartes du monde. Pour Tcharents, tout cela était l’expression d’une barbarie impérialiste, ottomane et tsariste. Mais aussi la preuve irréfutable de l’échec des dirigeants nationalistes arméniens, incapables de protéger le peuple arménien et d’assurer son authentique émancipation.

« A la croisée de l’histoire », « La Vision de la mort », « Adresse à la Fédération Révolutionnaire Arménienne », « Le train blindé du général Vartan » et d’autres poèmes de Tcharents, qui paraissent dans ses deux derniers recueils publiés – Aube épique (1930) et Le Livre du Chemin (1933) – composent ensemble un règlement de compte tardif et controversé vis-à-vis, du moins, de l’élite dirigeante du mouvement nationaliste arménien moderne. Dans une poésie quelque peu explosive, cette élite est rejetée, car dénuée de la moindre qualité rachetant ses défauts, et jugée comme ayant été une calamité pour le petit peuple arménien. Démontrant avoir organisé non un combat pour la renaissance nationale, mais quelque chose qui s’avéra un cortège de mort et de destruction, lequel ne fut arrêté que par l’ascension du pouvoir soviétique. Le tout, peut-être importe-t-il de le répéter, ne revenant pas, bien sûr, à un rejet par Tcharents du patriotisme et de son amour envers sa patrie et sa culture.

D’un point de vue artistique, ces poèmes ne sont pas toujours probants. Mais les meilleurs d’entre eux et les parties supérieures de ceux de moindre valeur sont empreints d’une puissance d’imagination, à la fois phénoménale et torturée. A l’aide d’images percutantes d’une tragédie nationale, de métaphores surréalistes d’un effort individuel et national, absurdement dénaturé et détruit, ainsi que d’expressions majestueuses du potentiel de l’homme et de visions d’un redressement national, ils revêtent une signification humaine plus large, exprimant des oppositions universelles entre servitude et liberté, défaite et victoire.

Il est, naturellement, d’autres commentateurs qui, s’appuyant sur ces mêmes ouvrages, y voient les expressions d’un retour bienvenu de Tcharents à un moi meilleur, nationaliste et créateur, ou bien la preuve de son abandon du communisme au profit de la tradition nationale, qu’il avait rejetée dans sa jeunesse. Le critique littéraire et romancier Boghos Snabian, par exemple, cite d’un air approbateur Gostan Zarian, lequel écrit que Tcharents le bolchevik se contenta de « suivre aveuglément, sans réfléchir, ni douter, ni analyser. » « L’originalité et la sensibilité intellectuelle » de Tcharents, poursuit Snabian, ne commence à apparaître « qu’aux alentours des années 1930. » Avec Aube épique, Tcharents « s’affranchit des masses, de tout ce qui a à voir avec les masses. Il délègue sa voix à la solitude, aux cimes couronnant des chemins caillouteux, à une sagesse optimiste et à sa lumière patriotique. Il brûla des chants anciens et en écrivit d’autres, ardents, pour lesquels d’autres le brûlèrent. »

Une approche littéraire ou esthétique de la poésie de Tcharents ne peut éviter de faire référence à ces questions d’histoire et de politique nationale et à celles qui leur sont liées. Elles font partie intégrante de son art et des espoirs, dont cet art est l’expression, au regard de l’avenir du peuple de l’Arménie.

I. Retour à un passé infernal     

Au début des années 1930, la vie publique en Arménie, et dans l’Union Soviétique, s’alourdit dangereusement, du fait de la consolidation du stalinisme. Yéghiché Tcharents fut lui-même contraint de mener un combat d’arrière-garde contre une campagne de calomnies de plus en plus haineuse, de la part de ses opposants littéraires et politiques. C’est alors qu’il choisit, une fois de plus, de s’atteler aux problèmes de l’histoire arménienne moderne. En résulta, entre autres,
« La Vision de la mort », le plus long poème de Tcharents, en 744 vers, qui aborde les ambitions déclarées et les résultats concrets à l’actif de l’histoire du nationalisme arménien, depuis la moitié du 19ème siècle jusqu’au début du 20ème. Mais il ne s’agit pas d’un poème d’investigation ou analytique. Il décrit seulement, en des termes bouleversants, angoissés et torturés, un voyage surréaliste et horrible dans le passé historique de la nation, un passé qui apparaît désormais comme un enfer fait d’arbres brûlés et calcinés, peuplé de morts-vivants subissant l’échec désastreux de leurs ambitions nationales.

Tcharents livre peu d’indications expliquant pourquoi il résolut de s’embarquer dans ce périple poétique particulier à travers l’histoire arménienne. Or, dès le début, il est évident qu’il ne le fit pas en quête d’une inspiration pouvant l’aider à formuler des réponses face à la montée des troubles et des dangers, qu’il prévoyait pour lui-même et pour la population de l’Arménie soviétique.
« La Vision de la mort » s’ouvre par une réaffirmation positive de la confiance et de la foi de Tcharents dans le présent et l’avenir de l’Arménie soviétique. Tandis qu’il s’apprête à « porter ses regards en arrière, » Tcharents le fait, « chevauchant le coursier de l’avenir ». Le « fleuve écumant de sang », qu’il doit traverser pour entamer son voyage « sépare un passé amer » de son « présent brillant ». En réalité, Tcharents connaît déjà d’avance les résultats de son odyssée. Il s’attend à ne rien trouver de positif, rien qui puisse remettre en question ou saper ses convictions bolcheviks ou le jugement négatif qu’il porte sur les dirigeants nationalistes. Au début, éprouvant le besoin d’un compagnon issu du Panthéon de la poésie classique, il évite Homère, qui a le génie de « chanter la mort des héros » d’un « cœur léger, comme dans un conte pour enfants. » Il ne retient pas « l’héroïque et barbare Virgile, » chantre des « gloires latines ». A l’opposé, s’inspirant du « Moyen Age sévère, » Tcharents convie Dante, l’auteur de L’Enfer. Seul ce « génie torturé », dont le visage est buriné par une « souffrance indicible », peut être le témoin approprié d’une histoire, où il n’est « aucune montagne de courage » et où il n’est aucune « promesse de quelque cime glorieuse ». Seul Dante est à même de peindre la vision « douloureuse, altérée, trouble et desséchée », qu’ils vont rencontrer. Lui seul peut traduire en mots les résultats « épouvantables et absurdes » de l’histoire récente de l’Arménie.

Tandis que les deux poètes pénètrent dans ce monde des morts, ils croisent de nombreux, même si ceux-ci – et il importe de garder cela en tête – ne sont pas tous présents, personnages culturels, intellectuels et politiques les plus éminents de la renaissance nationale arménienne et du mouvement arménien de libération nationale. Parmi ces figures qui incarnent des moments différents de la renaissance culturelle et de l’organisation politique arménienne, ils rencontrent le poète et historien Ghévond Alichan, le romancier et penseur Raffi, le poète nationaliste Raphaël Bagdanian, le militant Stépanos Nazariantz, les trois fondateurs de la Fédération Révolutionnaire Arménienne (F.R.A.) – Kristapor Mikaélian, Rostom et Simon Zavarian –, le journaliste et éditeur Krikor Artsrouni, le dirigeant politique et de l’Eglise arménienne Khrimian Hayrig, l’éminent intellectuel, politique et romancier, membre de la F.R.A., Avétis Aharonian, deux grands poètes révolutionnaires du début du 20ème siècle, Siamanto et Daniel Varoujean, ainsi que la masse du peuple arménien, qui parcourt ce chemin façonné par ces personnages.

Lors de chaque rencontre successive, il devient manifeste que le mouvement qu’ils suscitent ensemble, n’est pas un mouvement de libération, mais un cortège effrayant de sang et de mort, qui serpente vers une hauteur sur laquelle brûle le feu dévorateur du génocide de 1915 et de la Première Guerre mondiale.

Au centre même de ce feu infernal, au sommet de ce monticule, siégeant « sur un trône d’or », se trouve un « puissant seigneur sans forme précise, » mais qui est tantôt un personnage « serrant dans son poing » un « petit drapeau tricolore », un « prêtre à tête de loup dans une robe noire », puis une suite d’apparitions suggérant des classes possédantes, le pouvoir ottoman ou l’essence de la corruption. La force de ce sinistre cortège est accablante et entraîne dans son sillage des génies potentiellement porteurs de vie, tels que Siamanto et Daniel Varoujean. C’est leur présence qui contraint Dante à s’exprimer pour la première fois. Ses observations soulignent la présentation critique du mouvement nationaliste, à l’œuvre dans le poème. Dante ne commente pas la tragédie de leur cruel assassinat, mais celle de leur génie égaré :

« Ô tristes et pitoyables troubadours, boucs émissaires d’une existence barbare !
s’écria soudain le Maître, se tournant vers leur ombre,
Vous avez été appelés ici pour devenir des phares de lumière et de joie,
Mais vous avez sacrifié vos cœurs ardents à ce mensonge ! »
(p. 258)

Ces deux poètes

« ont eu la force de goûter une joie spirituelle, de grandir, réfléchis et raisonnés,
Dans le jardin de la poésie et de la pensée.
Dans ce sombre et méchant cortège il est une victime plus grande
Que votre fougueux génie a servi sur cet autel obscène et profane ! »
(p. 258-259)

II. Visions d’un rêve anéanti   


« La Vision de la mort » est implacablement sévère et même hostile dans sa présentation du mouvement nationaliste – « ce mensonge », « cet autel obscène et profane ». Or, à une exception près, jamais Tcharents n’affiche mépris ou dédain envers les protagonistes et leurs rêves et ambitions. La légitimité de leur entreprise est affirmée par des tableaux de la barbarie de l’oppression ottomane, tandis que leur intégrité et leur engagement ne sont jamais mis en cause. Ghévond Alichan est campé, narrant fièrement ses efforts pour exhumer de la poussière du temps les gloires classiques de l’histoire arménienne, en sorte de les mettre au service de l’émancipation d’un peuple opprimé :

« J’usai de ma lyre pour les appeler au combat, au nom du passé
Je les exhortai à se lever et à secouer une poussière barbare
Je les appelai à être dignes de la gloire de nos ancêtres
Et j’éclairai les lanternes du passé comme autant de phares en vue d’un salut nouveau. »
(Vol. 4, p. 229)

Ghévond meurt, « le cœur en paix », sa « lyre dans ses mains jusqu’au dernier instant. » Il est satisfait car il a vu comment son chant

« a fait se lever toute une génération d’hommes jeunes et braves
Qui ont émergé de la poussière de la servitude, afin de combattre pour leur patrie. »

D’autres figures, que rencontrent Tcharents et Dante, sont présentées comme inspirées par un même enthousiasme admirable. Durant toute son existence, le romancier Raffi « se pencha et souffla l’incendie » qu’il avait allumé « de ses frêles mains ». Ses romans « ont inspiré des générations », tandis qu’ils « répandaient étincelles et rêves ardents dans notre sombre mère patrie. » (p. 232). A la « chevelure farouche et bouclée », avec « son air fier et intelligent », Raphaël Bagdanian « sonna l’heure du combat à l’aide de sa trompette. Même Kristapor Mikaélian, fondateur de la F.R.A. que Tcharents rejetait au plan politique, est dépeint comme un homme courageux, consciencieux et résolu, guidé par d’honorables idéaux. Tcharents écoute Mikaélian, qui s’explique :

« Dans ma vie l’hésitation et la peur m’étaient inconnues,
J’ai recruté une immense armée de braves, issus des nôtres,
Et sur notre drapeau noir j’inscrivis « La patrie ou la mort ! »

Car

« Dans notre terre promise régnait l’oppression.
Et des braves s’en revinrent
Pour effacer des visages outrages et larmes. »

Or, enflammés par une juste ambition, toutes ces hautes figures sont désormais affreusement altérées et mutilées par l’angoisse et l’humiliation permanente d’un échec politique et historique majeur. Alichan est peut-être mort en paix, mais il fait peine à voir, lorsque le poète le rencontre. « Chantre de la vengeance contre l’ennemi historique », lorsqu’il était en vie, Raffi est maintenant « assis sur les cendres de son brasier » et de « ses lèvres ne coulent qu’insultes et malédictions. » (p. 232). Au lieu d’exploser en un chant, la « trompette martiale » de Bagdanian « fait entendre un son fragile, tel un souffle plaintif. » (p. 233). Le projet d’exécution du sultan sanguinaire Abd ul-Hamid II, par Kristapor Mikaélian, fut un cuisant échec. Le « Sultan rouge »

« resta en vie, tandis que le malheur resta pour moi.
Je quittai ce monde sans avoir accompli mon serment. »
(DDH/MM, p. 209)

Suite au massacre en 1894-96 de 300 000 Arméniens, le Sultan rouge continua à « inonder de sang la terre » et à « lever des hordes barbares pour détruire des villes », tout en « s’enivrant du sang de nos enfants. »

Rien, dans tout cela, n’allège l’horreur de cet univers d’ambitions nationales et individuelles réduit à néant, d’un univers dont les habitants ne cessent de contempler la mort qu’ils ont récoltée des rêves qu’ils avaient nourri. Quelles que fussent ses intentions ou ses désirs, sciemment ou non, le mouvement nationaliste moderne, qu’ils ont conduit, a fait de l’histoire de l’Arménie moderne un cauchemar infernal pour son peuple.

Quant à savoir pourquoi le mouvement connut ce destin, Tcharents ne l’explique pas. Mais il glisse une allusion, lorsqu’il enregistre, sans commenter, son manque de toute stratégie indépendante, ancrée au plan local, d’émancipation. Des personnalités politiques clé sont présentées comme dépendant, au plan stratégique et en pure perte, de l’impérialisme européen, afin de susciter l’émancipation des Arméniens. Krikor Artsrouni possède sur « son drapeau de pacotille un ours [russe] couronné, » qui « tient dans sa patte une croix métallique avec laquelle il terrasse un croissant [ottoman] jaune » (p. 246). Khrimian Hayrig, assis à la table diplomatique des empires, soupe à l’aide d’une proverbiale et inutile « cuillère en papier » et « choisit comme cerbère un lion [britannique] avec sa lance en cuivre » (p. 248). Répétant « sans cesse, d’un ton monocorde, un chiffre magique » (id.), 61, lequel renvoie à une interprétation pro-arménienne du Congrès de Berlin en 1876, lequel ne se tint que pour bloquer toute action arménienne indépendante, partant efficace.

III. L’histoire du nationalisme comme un cortège de sang et de mort     

La présentation de l’histoire du nationalisme arménien par Tcharents dans
« La Vision de la mort » n’est ni simple, ni directe. Le propos anti-nationaliste du poème semble ne faire aucun doute. Il a fait l’objet de commentaires avisés, quoique parfois discutables aussi, de la part de Vartan Matiossian, dont la version anglaise de son essai, Yéguiché Tcharents : poète de la révolution, a été publiée par Marc Nichanian (1). Repérer ce propos n’épuise pas toutefois, comme le note Matiossian, le débat. Il est possible d’avancer, par exemple, que le poème ne rejette pas le mouvement national en totalité et qu’il ne dénonce pas la lutte pour la libération contre la domination ottomane. Au contraire, il se contente de cibler certains choix stratégiques et politiques opérés par les forces dominantes au sein du mouvement. Ces faits font surface, eu égard à un défaut essentiel dans « La Vision de la mort », lequel en fausse et compromet la force artistique et le message.

Le portrait collectif, que livre Tcharents, de la direction du mouvement nationaliste est sciemment sélectif et limité. Pas la moindre référence à Khatchatour Abovian, Mikaël Nalpantian ou Mguerditch Portukalian, tous de grandes et incontournables figures. Si la Fédération Révolutionnaire Arménienne (F.R.A.) occupe une place centrale dans le poème, aucune mention n’est faite de ses aînés, le parti Arménakan ou celui Hentchak social-démocrate. Ils ont historiquement précédé la F.R.A. et lancé, de fait, à la fois l’organisation politique et la lutte armée du mouvement national moderne. Il n’est fait, en outre, aucune mention d’hommes tels que Stépan Chahoumian ou Alexandre Miasnikian. Bien que communistes et donc, à proprement parler, non membres du mouvement nationaliste, ils furent cependant liés à celui-ci, en ont débattu et proposèrent leurs programmes concernant l’avenir du peuple arménien. Tcharents ne les néglige pas par ignorance ou omission. Il écrivit ou dédia, de fait, à plusieurs reprises, des poèmes à Abovian, Nalpantian ou Chahoumian.

Yéghiché Tcharents reste aussi silencieux sur la résistance armée des Arméniens à la domination ottomane, référence sans laquelle aucune approche du mouvement nationaliste n’est possible. Aucune mention n’est faite du premier soulèvement nationaliste armé, national et populaire, à Zeïtoun en 1861 ou de la révolte du Sassoun en 1892, qui marqua un point culminant. Le poème renvoie à deux opérations organisées par la F.R.A. – l’occupation de la Banque Ottomane et l’expédition de Khanassor – dont aucune ne témoigne d’un mouvement armé qui, à son apogée, constituait une force d’autodéfense, enracinée au plan local, dans laquelle les Arménakans et les Hentchaks jouèrent un rôle prépondérant. De même, l’absence dans le poème du principal chef de la guérilla arménienne, symbolisant tout ce que le mouvement avait de meilleur, Andranik Ozanian, est frappante.

L’argument, selon lequel les personnalités et les forces omises dans
« La Vision de la mort » constituaient une alternative et parfois même une opposition de gauche au courant dominant de la F.R.A. au sein du mouvement, est conséquent. Pourquoi Tcharents ne se réfère-t-il pas à eux ? Qu’est-ce qui, à ses yeux, les distinguait de la F.R.A. ou de Raffi, Bagdanian et autres noms cités ? Ce n’est pas du tout clair dans le poème. Or la preuve manifeste dans « La Vision de la mort » et d’autres poèmes de Tcharents, de la même période, ne laisse guère de doutes sur le fait qu’il avait en vue non pas le mouvement national en tant que tel, mais la direction hégémonique de la F.R.A., dont il tient à souligner la responsabilité coupable quant aux conséquences de l’histoire moderne.

Dans
« La Vision de la mort », la seule organisation politique dirigeant le peuple arménien vers un cortège de sang et de mort est la F.R.A. Vartan Matiossian note que le drapeau tricolore brandi par le seigneur en haut de la colline est celui de la F.R.A. Tandis que les masses s’avancent, elles entonnent le chant « Hétayoun, Hétayoun, Hétayoun » - une variante de l’acronyme arménien de la F.R.A. Les critiques de Tcharents centrées sur la F.R.A. prennent aussi une tournure quelque peu déplaisante dans le traitement réservé à Avétis Aharonian, son fameux intellectuel et diplomate. Contrairement à tous les autres, Aharonian est présenté sous un jour à la fois méprisant et dédaigneux, visant plus à humilier qu’à communiquer une souffrance devant l’échec. Par tous ces aspects, « La Vision de la mort » rappelle Les Vergers en feu de Gourguen Mahari. Tous deux, en dépit d’impressions superficielles, ciblent non le mouvement national dans son ensemble, mais la F.R.A.

Le fait que Tcharents, dans
« La Vision de la mort », ne se propose pas de dénigrer le mouvement national en tant que tel est clairement implicite dans le tableau qu’il livre de l’intégrité, et même de la noblesse, de ses acteurs historiques. Et ce, en dépit du fait de leur échec retentissant. Dans d’autres poèmes, cela devient explicite. Dans son « Adresse à la F.R.A. », Tcharents reconnaît directement le caractère nécessaire et, de fait, honorable du mouvement arménien de libération contre les empires ottoman et tsariste, tout en attaquant la F.R.A. Il prend celle-ci à partie :

«  Cherchant à s’accaparer
Ce combat immense et héroïque
Que mon peuple mène journellement
Contre ses bourreaux, le tsar et le sultan.
Ce peuple enragé depuis toujours contre
La blessure de l’oppresseur à son cou.
Vous qui toujours avez cherché à mettre sa juste fureur
Au service de vos sombres rêves. »
(p. 22)

La F.R.A., « devenue la camarade du tsar tyrannique » et qui « noya le souffle superbe de la révolte » dans « un sombre carnage entre nations, » n’a aucun droit à quelques « lauriers » que ce soit, au titre de ce combat. Lesquels « ne siéent pas » à « sa face sanglante. » (p. 23)

D’aucuns ont pu considérer comme naïf ou même malveillant le fait de citer ce poème pour preuve, s’il en fallait, de la soumission de Tcharents aux exigences du Parti communiste, en matière de propagande anti-F.R.A. Ce genre de préoccupations ne saurait être éludé. Mais l’on ne saurait non plus ignorer le fait qu’il s’agit d’un long poème en 99 vers, qui est systématique dans sa critique et qui témoigne d’un soin particulier apporté à sa construction et à sa composition. Par ailleurs, ses critiques ne sont pas l’apanage de Tcharents ou des bolcheviks arméniens. Le rejet par Tcharents de la Première république d’Arménie a beaucoup de parallèles avec celui du général Andranik. Rappelons ici que, dans sa jeunesse, Tcharents fut témoin de la F.R.A. comme leader incontesté du peuple arménien, à l’époque de sa plus grande catastrophe moderne. Pour un esprit rebelle comme le sien, le rejet de la F.R.A. ne nécessitait pas la moindre incitation extérieure ou contrainte. Il écrivait comme il le sentait, restant toujours sincère avec lui-même. Ce qui apparaît avec force, lorsqu’il écrit que « dévoué comme Tcharents l’était à la révolution, il préserva un esprit de révolte intérieure, jamais il ne devint l’écrivain d’un parti », au sens que ce terme acquit, par la suite, durant l’époque soviétique. (2)
« La Vision de la mort » contient une poésie d’une force indiscutable. Néanmoins, ses omissions et ses silences obscurcissent le déroulement complexe et compliqué de l’évolution historique réelle. Ce qui compromet gravement son intégrité artistique et intellectuelle. L’histoire arménienne moderne ressemble dans ce poème à une accumulation monotone d’individus et d’événements, qui sont tous de valeur et d’ampleur égales. Les subtilités et les ombres qui accompagnent toute histoire sont aussi absentes qu’Andranik. Pas la moindre allusion aux débats passionnés sur l’idéologie, la stratégie et la tactique qui, en réalité, façonnèrent la nature changeante, évolutive, du mouvement. Il convient de rappeler à cet égard qu’à aucun moment n’est suggérée l’idée que la F.R.A. elle-même connut une mutation qualitative, passant de l’état de force révolutionnaire à celui d’un mouvement, prêt à conclure un pacte avec les Jeunes-Turcs, par exemple. « La Vision de la mort » manque, par conséquent, de toute progression artistique interne et ne propose rien quant aux liens et aux conflits réels, avec toutes leurs possibilités à partir desquelles de nouvelles directions ou décisions puissent germer. L’œuvre est empreinte d’une monotonie inégale, qui en épuise la tension dramatique et restreint la réflexion artistique et intellectuelle sur la tragédie et la souffrance que dépeint Tcharents.

La partialité du poème mine ainsi la force de la conclusion à laquelle arrive Tcharents, à savoir que, contre l’échec des tentatives des dirigeants nationalistes, seule la révolution russe pouvait apporter la libération au peuple arménien. Cette solution surgit inopinément à la fin du poème, comme par miracle. Sans le moindre fondement au sein du poème, ni ancrage dans le développement de l’histoire arménienne, telle qu’elle est rapportée dans le texte. Ce qui rend cette apparition comme un ajout extérieur et arbitraire. L’adhésion de Tcharents à la révolution russe semble du même ordre que la dépendance à l’égard des puissances étrangères, qu’il critique avec tant de véhémence dans le même poème. Il s’agit, en outre, d’une dépendance qui exclut le peuple de l’histoire, une exclusion dont Tcharents rend coupables les élites arméniennes.

IV. L’héritage de l’histoire transformée en mythologie nationaliste              
                                
Tcharents dirige son formidable arsenal poétique non seulement contre la direction du mouvement nationaliste par la F.R.A., mais aussi contre l’idéologie du nationalisme arménien. Qu’il déclare n’être guère plus qu’une mythologie au service de ses intérêts propres, suscitée par une élite centrée sur elle-même et cupide, indifférente aux besoins réels du peuple. Dans
« Le Train blindé du général Vartan », Tcharents tente d’abattre un pilier central de cette idéologie. Le train du général Vartan est baptisé du nom du général Mamikonian qui, en 451 de notre ère, commanda les forces arméniennes lors de la bataille d’Avaraïr contre l’envahisseur perse. Dans la conscience nationaliste arménienne, Vartan devint l’incarnation la plus pure de l’engagement, de la loyauté, du courage et de la bravoure patriotiques.

La déconstruction par Tcharents de ce qu’il considère comme le mythe de Vartan s’ouvre par une cinglante dénonciation d’une république arménienne dominée par la F.R.A. :

« Cette machine sinistre, ce cauchemar sans issue
Cette morgue
Que l’on nomme « République d’Arménie. »
(p. 270)

Tcharents ne porte pas ce jugement, d’un point de vue aveugle contre la F.R.A. ou bolchevik. Il fut personnellement témoin de l’impuissance du gouvernement de la F.R.A. face à la mort de dizaines de milliers de personnes, victimes de la faim et de la maladie, effets consécutifs au génocide et à d’incessants conflits régionaux. C’est le gouvernement F.R.A. de cette « morgue » qui donne pour instruction au commandant communiste de la division armée de rentrer dans la capitale. Le commandant est aux abois. Ils « le convoquent ici à Erevan pour le désarmer, dans quelque sombre recoin. Non ! Non ! Ce n’est pas un enfant innocent ! » (p. 270). Fatigué, épuisé, il pèse à trois heures du matin l’équilibre interne et régional des forces en présence, consulte les partisans et les opposants à la soumission ou à la révolte. Il est à noter que cette partie du poème véhicule une fine analyse de la situation politique d’alors. A cet instant de forte tension intérieure, son esprit revient inopinément à un souvenir d’enfance, lorsque, élève dans son école, coiffé d’un casque en papier, il incarnait le général Vartan à la bataille d’Avaraïr. 

Tandis qu’il réfléchit aux choix qui s’offrent à lui, le commandant prend soudain conscience, sans le moindre doute possible, que l’histoire du général Vartan dissimule un sombre récit d’impuissance et d’échec :

« Las ! Et si le cours entier de notre histoire
n’avait pas été un Avaraïr d’artifice,
Et si tous ces chevaliers, pour la plupart,
Des seigneurs brutaux et cupides,
N’étaient pas montés sur scène, armés de lances en bois
Et coiffés de casques en papier ? »
(p. 274)

Pour payer « son entrée » à ce spectacle honteux, « le peuple livra son gagne-pain, » « fut violenté » et « versa des fleuves de sang. » Aujourd’hui, la Première république d’Arménie, armée « de même de fer blanc et de papier, » ressemble à « la finale de ce mythe ancien. » (p. 274). Le commandant décide donc de rompre avec cette tradition et de hisser la bannière de la révolte qui, pense-t-il, ouvrira au peuple une voie nouvelle et authentiquement libre.

Le mythe d’un passé national héroïque fait l’objet d’un nouveau traitement systématique dans le poème intitulé A la croisée de l’histoire. Tcharents y agit comme le porte-parole vivant des gens ordinaires et écrit en tant qu’incarnation durable des sentiments et des perceptions des petites gens, à chaque époque de l’histoire. Faisant écho à leur mise en accusation et à leur révolte contre des élites, qui ne les ont accablé que de malheur, de pauvreté et de catastrophes. Aux yeux du peuple arménien, rien n’est digne de souvenir, quant au bilan de ses élites :

« Au cours de votre existence millénaire,
Vous n’avez pas produit la moindre pensée au bénéfice des générations à venir.
Quel historien, lequel, vous excusera-t-il,
Vous, aux vergers stériles et aux vains autels ? »
(p. 206)

Pour les gens ordinaires, le passé fut toujours fait d’ « esclavage, de cendres, de négligence et de mort. » Dénuée de toute loyauté envers sa terre, l’élite arménienne « réchauffa son âme à des flammes étrangères, » tandis que l’existence du peuple « se déroulait, sans lumière et sans joie. » Lorsqu’il fut éclairé, ce fut par une « lumière étrangère, horriblement destructrice, horriblement. » « Apposant la marque de l’esclavage » sur les visages, les élites 

«  dilapident nos trésors ancestraux
Se réfugiant sur des rives lointaines
Pour s’y bâtir palais et châteaux. »
(p. 209)

Si bien qu’à travers l’histoire, le peuple arménien s’est traîné, « sans dirigeants, dispersé, sans vision », jusqu’à « ce présent brillant » de la révolution communiste. Afin de dissimuler leur bilan destructeur, les idéologues de l’élite forgent des « mythes enfantins », qui frisent le chauvinisme. C’est cette mythologie que le poète se propose de percer avec une détermination telle qu’aucun autre poète «  jamais ne reviendra aux sirènes de nos gloires anciennes » ou « claironner que, sans nous, le monde serait un jardin déserté. » (p. 204).

Or, en dépit de ce rejet sans compromis, Tcharents n’élude pas le cours entier de l’histoire arménienne. Dans son évolution et contre l’ambition stérile des élites, il affirme l’existence d’une autre tradition, celle qu’ont suscité les petites gens. Bien que réduits à l’état d’esclaves, et leurs foyers en cendres,

« Ils arpentent ce chemin caillouteux,
Serfs sombres et anonymes,
Dans leur cœur ils roulent de captivantes idées
Projets de création et paroles ardentes,
Qui pourtant ne gagnent pas les cieux,
Ne prennent pas encore forme
Mais qui, un jour, se lèveront, épanouis.
Ô dépositaires de trésors inexploités, génie
Encore vierge de l’esprit ! »

Contrastant avec l’élite, le « génie » de ces hommes « sombres, anonymes » a créé un héritage pour l’avenir. D’eux, nous avons « hérité des trésors. » Même s’ils ont porté le poids de votre domination brutale, » y compris au sein des « ténèbres les plus profondes, » ils « continuèrent à rêver du soleil » et, des siècles durant, « entonnèrent le chant de visions nobles et justes » selon un « rythme plébéien, » lequel élabora sa propre « épopée ancienne, où il plaça l’ardente et éternelle vision de son existence future. » (p. 210).

Les commentateurs de l’époque soviétique reprochèrent à Tcharents son rejet catégorique des élites arméniennes, comme exemplaire du poète victime d’une « sociologie vulgaire. » Soulignant, à l’opposé, le rôle progressiste de ces élites, même s’ils relevaient son caractère exploiteur distinctif. De même, les nationalistes, en des termes différents, s’en sont pris à Tcharents pour avoir diabolisé sans raison l’Eglise, la noblesse et le mouvement nationaliste arménien moderne. L’on pourrait naturellement soutenir que, du point de vue concret du paysan arménien, quelle que soit la période historique, l’apport progressiste ou louable, attribué aux élites, serait difficilement visible sous la misère rude, noire, boueuse, de leur quotidien. Dans A la croisée de l’histoire, Tcharents se place dans le sillage de ces petites gens.

Quels que soient les niveaux du débat, les poèmes de Tcharents résonnent aussi comme une puissante affirmation des capacités universelles de l’homme et comme un appel à émanciper le peuple de conditions sociales, qui réduisent à néant talent, potentiel et esprit.

Prenant acte de ce qui constitue, de fait, une tradition populaire, égalitaire et socialiste, Tcharents ne se fait jamais, ici ou là, l’imitateur factice, superficiel et dogmatique, des dogmes bolcheviks ou léninistes. Son intérêt pour le sort des gens ordinaires, inspiré certainement par le communisme russe, obéit lui aussi à une tradition arménienne préexistante, préservée dans « l’épopée ancienne » qu’il retrouve et qui fut développée au profit du mouvement national moderne par des penseurs tels que Mikaël Nalpantian, qu’il choisit de négliger dans
« La Vision de la mort ». Les parallèles avec Nalpantian sont à noter. Nalpantian rejeta lui aussi l’élite arménienne. Pour lui, la nation n’était pas son élite nantie, mais son peuple :

« Par le mot de nation, soutient Nalpantian, nous devons entendre les gens ordinaires et non ces quelques familles qui se sont enrichies grâce à la sueur et au sang du peuple. »

L’indépendance nationale doit être chérie, mais à la condition qu’elle contribue à assurer les intérêts « véritables et essentiels » de l’homme et de la femme ordinaire. Après tout :

« Nous n’avons pas voué notre existence et notre plume aux riches. Barricadés derrière leurs richesses, ils sont protégés de la pire tyrannie. Mais le pauvre Arménien, cet Arménien exploité, nu affamé et misérable, opprimé non seulement par les étrangers, sa propre élite, son propre clergé et sa propre intelligentsia mal éduquée, voilà l’Arménien qui mérite et exige notre attention ! »
 

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Dans cette fourchette large, comment ne pas s’interroger sur certains des motifs qui, dans les années 1930, incitèrent Tcharents à s’engager dans une étude poétique du bilan du mouvement nationaliste arménien et de ses dirigeants ?

Peut-être ces poèmes doivent-ils être lus comme la contribution de Tcharents à l’évolution et à l’élaboration poétique d’une tradition arménienne radicale, égalitaire et socialiste, contre ce qu’il considérait comme le désastre d’une politique nationaliste étroite. Révéler dans quelle mesure ces poèmes et d’autres autorisent une telle lecture nécessiterait une nouvelle étude. Or la poésie politique de Tcharents, à cette époque, peut aussi, plus aisément peut-être, être lue comme une intervention littéraire dans des débats sur l’avenir du peuple arménien, de la part d’un artiste qui prit part passionnément aux combats de son époque.

En Union Soviétique et en Arménie, les années 1930 furent témoins de l’amoindrissement et de la suppression systématiques d’une décennie antérieure, empreinte d’une relative démocratie culturelle. Cette période devait s’achever par les Grandes purges, dont furent victimes nombre d’éminents écrivains, hommes et femmes, certains communistes, d’autres simples voyageurs. Beaucoup avaient quitté leurs foyers en diaspora, abandonnant des carrières et des existences potentiellement lucratives. Beaucoup s’engagèrent activement, avec énergie, dans le combat pour le communisme, y voyant la seule voie de la renaissance et du redressement du peuple arménien. La montée du stalinisme estompa grandement leur enthousiasme, ternit leur optimisme et alimenta une démoralisation croissante.

Les poèmes de Tcharents semblent tracer un front solide, sans compromis, contre le doute et le manque de foi dans le communisme, suscités par la consolidation du stalinisme. La véhémence du propos et l’aspect terrifiant de l’imagerie du désastre nationaliste suggère un effort déterminé visant à bloquer tout retour à l’ancienne tradition politique nationaliste comme réponse aux troubles contemporains. A plusieurs reprises, ces poèmes opposent un passé nationaliste calamiteux à une actualité socialiste prometteuse, quelles que soient les difficultés immédiates. Dans son
« Adresse à la F.R.A. » (1929), le peuple arménien rejoint « la lutte, aux côtés de tous les esclaves de ce monde » et « élève un bâtiment immense, » qui sera aussi un « tombeau éternel » pour la F.R.A. « A la croisée de l’histoire » (janvier 1933) oppose un passé sans dirigeants et sans vision à « ce présent brillant. » En avril 1933, Tcharents se retourne sur « La Vision de la mort », enfourchant « le coursier de l’avenir. »

Il va sans dire que Tcharents se montra intransigeant et sans compromis dans son opposition à la montée du stalinisme, le considérant comme hostile au sort du peuple de l’Union Soviétique en général, et du peuple arménien en particulier. Or l’alternative pour laquelle il lutta ne fut pas un retour à l’ancienne tradition nationaliste, dirigée par la F.R.A. Tcharents ne laisse guère de doutes à ce sujet. La voie qu’il choisit fut de combattre le stalinisme, d’un point de vue non pas nationaliste, mais socialiste. Si bien que parallèlement à ses poèmes contre la F.R.A., il écrit brillamment et de manière cinglante contre la vulgarisation et la dégénérescence de l’art et de la culture, lors de l’ascension du stalinisme. Durant la même période, il produit la tragédie Achille ou Piero, qui oppose Trotski à un Staline vu comme un traître aux nobles principes de la révolution, à laquelle Tcharents et d’autres vouèrent leur art.

Tel est le contexte pour apprécier la poésie de Tcharents qui, dans ces deux mêmes ultimes recueils, chante la vie, l’allégresse et l’accomplissement dans sa terre natale qui, même à cette époque, demeurait pleine de la promesse d’un avenir brillant. Dans ces œuvres, nous découvrons aussi un Tcharents inébranlable dans son patriotisme et son amour pour sa patrie et sa culture, comme il l’est dans son opposition à la politique nationaliste. Quant à savoir s’il changea d’attitude dans sa poésie après 1934, cela nécessite un autre débat.              
        
Note de l’A. : Toutes les citations, sauf indications contraires, sont extraites du Vol. IV des Œuvres Choisies, en 6 volumes, de Tcharents, publiées en 1968.       
  
NdT

1. Vartan Matiossian, Marc Nichanian, dir. Yeghishe Charents : Poet of the Revolution. Mazda Pub., 2003, 383 p. - ISBN-13: 978-1568591124.
2. Littérature arménienne moderne : Esquisse historique, p. 263 [en arménien].

[Diplômé d’histoire et de sciences politiques de Manchester (Angleterre), Eddie Arnavoudian anime la rubrique de littérature arménienne dans Groong. Ses études littéraires et politiques paraissent aussi dans Haratch (Paris), Naïri (Beyrouth) et Open Letter (Los Angeles).]

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Source : http://groong.usc.edu/tcc/tcc-20051010.html
Traduction : © Georges Festa – 06.2013.
Avec l'aimable autorisation d'Eddie Arnavoudian.