lundi 15 juillet 2013

Chris Bohjalian - The Light in the Ruins / Lumière dans les ruines


Chris Bohjalian
The Light in the Ruins
New York : Doubleday, 2013

par Wendy Plotkin

The Armenian Weekly, 05.07.2013

 

The Light in the Ruins [Lumière dans les ruines], de Chris Bohjalian, est un ouvrage captivant, bien pensé, qui tient le lecteur en haleine. S’écartant quelque peu de ses œuvres précédentes, ce nouveau roman de Bohjalian est plus sombre, flirtant même avec le genre policier. Le roman se déroule dans une superbe propriété en Toscane, entraînée dans la tragédie et les destructions de la Seconde Guerre mondiale, à l’instar de la famille qui en est propriétaire, les Rosati. Dès les premières pages, néanmoins, Bohjalian indique clairement que nous nous trouvons ici dans quelque chose de différent – il ne s’agira pas d’une tragique histoire d’amour en temps de guerre -, tandis que le roman débute par les rêveries sinistres d’un meurtrier en série, relatant le meurtre qu’il est sur le point de commettre. Qui est ce fou et pourquoi agit-il ainsi ? Une fois le décor planté, le roman démêle progressivement le mystère de l’identité du meurtrier et du motif de ses crimes. Bohjalian laisse son lecteur s’interroger tout au long, rendant l’ouvrage difficile à délaisser.

Le roman est raconté à partir de plusieurs points de vue : le tueur anonyme, assoiffé de meurtres, les Rosati s’efforçant de s’accommoder de la violence et du bouleversement de la Seconde Guerre mondiale, ainsi qu’une détective coriace, de la police florentine, enquêtant sur le meurtre qui ouvre le roman. Light in the Ruins alterne entre la Florence de 1955, durant l’enquête sur les meurtres, et la période 1943-1945 à la Villa Chimera, le domaine toscan de la famille Rosati. Les liens entre ce qui s’est passé durant la guerre à la Villa Chimera et les meurtres horribles de 1955 constituent ce qui propulse le mystère vers un possible – et surprenant – règlement.

Les Rosati sont une famille aristocratique toscane qui, en 1943, tentent de maintenir intacts leur famille et leur luxueux train de vie, en dépit de la guerre qui fait rage autour d’eux. A cette époque, l’armée nazie est pleinement engagée en Italie, et le peuple italien est contraint au rôle d’allié et d’hôte de guerre. La Villa Chimera devient une cible attractive pour les nazis, épris d’art et d’histoire italienne. Face à la présence inévitable de l’armée nazie, Antonio Rosati, le patriarche de la famille, choisit la voie de la moindre résistance et accueille le contingent nazi local, venu de Florence, chez lui. Ces officiers allemands s’intéressent aux anciennes ruines étrusques présentes dans la propriété, qu’ils visitent à plusieurs reprises afin de les inspecter et de profiter de l’hospitalité des Rosati. Vittore, le fils d’Antonio, est un militaire, mais passe son temps hors du champ de bataille comme représentant de l’armée italienne au musée des Offices à Florence, assistant – et parfois empêchant secrètement – au vol par les nazis de chefs-d’œuvre italiens. Marco, le frère de Vittore, lui aussi militaire, participe à l’invasion des Alliés en Sicile. Son épouse Francesca et ses deux enfants vivent à la Villa Chimera avec ses parents et sa sœur.

Cristina, la plus jeune fille d’Antonio, est âgée de 18 ans. Elle est à la fois choyée et innocente, retenue à la Villa, du fait de la guerre. Cristina occupe son temps à jouer avec sa nièce et son neveu (les enfants de Marco) et à monter Arabella, sa jument adorée. Sa romance malheureuse avec un soldat nazi, qui travaille avec son frère, occupe le centre du récit, qui se passe durant la guerre. A mesure que la situation des Allemands en Italie se dégrade, la romance de Cristina complique le sort de sa famille.

Les femmes plus averties de la Villa Chimera – la marquise, la hautaine Béatrice et Francesca, sa belle-sœur, à la langue acérée – s’opposent à l’idylle de Cristina. C’est Francesca qui est la victime du mystérieux tueur en série. Peu après le début du roman, elle est retrouvée, en 1955, assassinée dans son appartement, le cœur arraché. Autrefois une famille très liée, dix ans plus tard, les Rosati sont désormais divisés, suite aux préjudices qu’ils ont subi durant la guerre.

La détective affectée à cette affaire, Serafina Bettini, est le personnage central et le plus convaincant du roman. Elle combat en tant que partisan durant la guerre et est gravement brûlée, lui laissant des cicatrices au plan physique et émotionnel. Serafina est une pionnière ; la police de Florence ne compte aucune autre femme, encore moins dans la brigade criminelle. Après le meurtre de Francesca, un nouvel assassinat révèle rapidement que le premier n’est pas fortuit et que quelqu’un prend pour cible la famille Rosati. Serafina est persuadée que le fait de découvrir le passé de la famille durant la guerre conduira au tueur. En regardant en arrière, Serafina est néanmoins obligée de confronter ses propres souvenirs – effacés – de la guerre et la raison pour laquelle le domaine toscan de cette famille, la Villa Chimera, lui est si familier.

A travers Serafina, Bohjalian a peut-être créé son personnage le plus complexe et le plus intéressant. Bohjalian ne répugne pas à la part sombre de Serafina ; les cicatrices de la guerre nourrissent plus sa détermination qu’à la pousser au tragique. Le roman est savamment rythmé et, tandis que Serafina tente désespérément de résoudre le meurtre et de sauver les membres survivants de la famille Rosati, Bohjalian révèle aussi les ténébreux secrets hérités de la guerre, qui obsèdent à la fois Serafina et les Rosati. En liant le mystère du meurtre des Rosati au passé de Serafina, Bohjalian transforme sans peine une œuvre de fiction historique en un roman policier haletant. The Light in the Ruins est, à coup sûr, l’œuvre la plus accomplie de Bohjalian, à ce jour.

[Wendy Plotkin est avocate au contentieux, dans une entreprise de biotechnologies de la région de Boston. Son blog de recensions critiques et de cuisine : www.bookcooker.blogspot.com. Elle écrit aussi des recensions pour The Armenian Weekly.]           

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Source : http://www.armenianweekly.com/2013/07/05/book-review-bohjalians-the-light-in-the-ruins/
Traduction : © Georges Festa – 07.2013.
Avec l’aimable autorisation de Khatchig Mouradian rédacteur en chef de The Armenian Weekly.