jeudi 18 juillet 2013

Srdan Golubović - Circles / Les Cercles


© Film House Bas Celik / Neue Mediopolis Filmproduktion / La Cinéfacture / Vertigo/Emotionfilm / Propeler Film, 2012

 

Rencontre avec Srdan Golubović, réalisateur de Circles [Les Cercles]

par Sydney Levine

SydneysBuzz, 05.02.2013

 

J’avais prévu de voir Circles (Serbie, réalisé par Srdan Golubović), mes voyages, ces deux dernières années, en Roumanie, Pologne, Lituanie et Bosnie-Herzégovine (Sarajevo) ayant stimulé mon intérêt pour l’Europe centrale et orientale, où les gens relèvent la tête (contrairement à l’Europe occidentale).

Sarajevo est particulièrement remarquable, étant le seul endroit en Europe où il y ait eu une guerre, depuis ma naissance. De 1991 à 1999, la Serbie a été impliquée dans les conflits yougoslaves – guerre en Slovénie, guerre en Croatie, guerre en Bosnie et guerre au Kosovo. Durant cette période, Slobodan Milošević était le dirigeant autoritaire de la Serbie, laquelle faisait, de son côté, partie de la république fédérale de Yougoslavie. Il s’agissait d’une guerre entre des populations qui parlaient une même langue, mais divisés par des frontières religieuses, les Serbes étant des orthodoxes orientaux, et les Bosniaques, les Kosovars et une partie des Croates étant musulmans.

Le pays appelé Yougoslavie fut unifié de 1918 à 1991 – une première fois, sous la monarchie en tant que royaume de Yougoslavie, jusqu’en 1941, puis comme république socialiste de Yougoslavie. Même sous cette forme, le pays était plus libéral que les autres pays communistes. Il s’agissait d’une république socialiste ouverte sur l’Ouest ; ses habitants pouvaient voyager, les gens avaient du travail, elle était davantage un exemple de socialisme que de communisme. Sa situation géographique était aussi à un carrefour entre Est et Ouest, autrefois ottomane et musulmane, et en même temps orthodoxe orientale et catholique.

Lors de l’effondrement de l’URSS, Sarajevo, situé en Bosnie-Herzégovine, une nation en sécession, fut entouré de Serbes chrétiens, qui bombardaient les villes d’une nation, qu’ils considéraient plus comme musulmane que chrétienne, afin d’annexer cette terre.

Mon ami Mickey Cottrell, d’Inclusive PR (qui se trouve être aussi journaliste pour le Festival du Film américain de Wroclaw et qui partage mon intérêt pour cette pépinière de talents qu’est l’Europe centrale et orientale), couvre le festival du film 2013 de Sundance pour Circles, de Srdan Golubović (section World Cinema Dramatic / films internationaux), C.O.G., de Kyle Patrick Alvarez (section U.S. Dramatic / films américains), Interior. Leather Bar, de James Franco (section New Frontier / films expérimentaux), Google and the World Brain, de Ben Lewis (section World Cinema Documentary / documentaires internationaux) et Vipaka, de Philippe Caland (festival du film 2013 de Slamdance). Il m’a demandé de voir Circles, un film serbe.

Une autre amie, berlinoise, Geno Lechner, me l’avait aussi demandé, parce qu’elle figure dans le film. Elle joue l’épouse allemande du personnage principal.

Circles se propage à la façon d’une pierre qui tombe dans un lac tranquille, suscitant de manière concentrique des problèmes moraux pour un tout groupe de gens, tandis que leur histoire émerge à partir d’un instant fatidique.

Marco, un soldat serbe, en permission durant la guerre serbo-croate, revient dans sa ville bosniaque natale. Lorsque trois de ses homologues militaires abordent Haris, un vendeur de journaux musulman, Marco intervient, ce qui lui coûte la vie.

Douze ans plus tard, la guerre est terminée, mais la blessure reste ouverte. Le père de Marco reconstruit une église, lorsque arrive le fils d’un des meurtriers de Marco, à la recherche d’un emploi. Pendant ce temps, à Belgrade, Nabobs, un ami de Marco, un chirurgien réputé, se demande s’il va ou non opérer un autre assassin de Marco. Et en Allemagne, Haris, marié depuis, avec sa famille (Geno Lechner et ses deux filles), tente de payer sa dette envers la veuve de Marco, qui se présente à sa porte, cherchant refuge. 

John Nein, en charge de longue date de la programmation du festival de Sundance, précise : « Ce troisième long métrage de Srdan Golubović recourt à une structure complexe, et pourtant simple, méditant sur la revanche, la rédemption et la réconciliation. Conscient de la facilité avec laquelle la haine et la violence peuvent avoir des impacts dévastateurs, il s’intéresse aux conséquences du courage moral et se demande si un art héroïque peut susciter des impacts d’un autre genre. »

Circles a été financé par des fonds venus de Serbie, Allemagne, France, Croatie et Slovénie. Son agent à l’étranger est la société Memento Films International (1), qui commercialise aussi We are what we are, de Jim Mickle (2013), présenté au festival du film de Sundance. Circles sera aussi projeté lors du festival du film de Berlin.

Il est très important pour le réalisateur du film, Srdan Golubović, que Circles bénéficie d’une large diffusion. Le film est basé sur l’histoire réelle de Srdjan Aleksic, un soldat serbe, qui sauva la vie de son voisin. Lorsque Golubović lut cette histoire, il y a quelques années, il était contre la guerre, mais observant en coulisse, manifestant à l’occasion contre, sans s’impliquer. Il choisit de ne pas reprendre l’histoire de cet homme, mais plutôt de la rendre contemporaine, afin de refermer le livre de ses sentiments personnels sur cette guerre.

L’homme est universel en ce qu’il sauve un homme, et non un « ennemi. » Le fuyard gagne le monde allemand qui, à l’époque, ressemblait beaucoup au sien, éclaté, au style soviétique peu attractif. Néanmoins, il y trouve fortune et refait sa vie. L’acteur, Aleksandar Berček, précise que, lorsqu’il rencontra le véritable Srdjan Aleksic, il lui dit : « Maintenant je marche ; ça aurait pu être différent. Je pourrais être allongé sous terre ! » Une recherche sur Google montre que le souvenir de Srdjan reste très vivace aujourd’hui. Sa tombe est visitée chaque année par le survivant qu’il sauva et par d’anciens Yougoslaves, venus de Serbie, Bosnie-Herzégovine, Croatie et Slovénie. Il a reçu à titre posthume une médaille d’honneur et son nom a été donné à des rues dans plusieurs villes.

Ce film est l’un des rares à réunir tout le monde ; il parle de pardon et de réconciliation. Et mérite en cela une très large diffusion. Expression d’un art héroïque, il mérite d’être vu d’un grand nombre de gens. Espérons que vous contacterez Memento à Berlin et que vous passerez commande. Quant à ceux, parmi vous, qui ne sont pas des distributeurs venus acheter des films, souhaitons que vous ayez la chance de voir ce film dans vos cinémas ou chez vous.

The Trap, le précédent film de Srdan Golubović (2007), fut très remarqué et proposé par la Serbie en vue d’une nomination aux Oscars.

Lors de ma rencontre avec le réalisateur et sa productrice, Jelena Mitrovic, au festival de Sundance, ils m’ont dit leur grande surprise, trouvant les gens très chaleureux. Le public était totalement ouvert, curieux de tout et réceptif. Il est très rare pour Srdan de trouver un public qui n’ait pas peur de poser des questions et avide de parler du film. Contrairement à la plupart des festivals du film, ils croisaient chaque jour les organisateurs à Sundance, toujours prêts à discuter avec eux. Comme il n’y avait pas trop de films en compétition – 12 dans la section World Cinema Dramatic (films internationaux), contre 16 l'an dernier – l’attention qu’ils ont reçue du personnel et des bénévoles de Sundance fut tout à fait particulière.

NdT

1. Site : http://distribution.memento-films.com

__________

Source : http://blogs.indiewire.com/sydneylevine/interview-with-circles-director-srdan-golubovic
Traduction : © Georges Festa – 07.2013.

Circles a obtenu l’Abricot d’Or, lors du Festival international du Film d’Erevan en juillet 2013.