mercredi 17 juillet 2013

Une histoire presque oubliée : les diaconesses dans l’Eglise arménienne / A Nearly Forgotten History : Women Deacons in the Armenian Church


© http://armenianwomen.wordpress.com

 

Une histoire presque oubliée : les diaconesses dans l’Eglise arménienne

par Knarik Meneshian

The Armenian Weekly (Watertown, MA), 06.07.2013

 
Dimanche 9 juin 2013 après-midi, le chapitre de l’association arménienne Hamaskaïne de Chicago a présenté un programme portant sur un segment de l’histoire de l’Eglise arménienne à l’église arménienne All Saints et au Centre communautaire (Shahnazarian Hall) de Glenview, Illinois. Après des paroles de bienvenue par le responsable du chapitre, Haroutioun Mikaelian, Ani Vartanian présenta les participants à ce programme, suivie par la présentation des croix de la Prélature Orientale aux membres féminins du chœur, qui servit l’église à ce titre durant vingt-cinq ans. Lusine Torian récita le poème « L’Eglise arménienne, » de Vahan Tékéyan, auquel succéda une interprétation au piano, par Lousin K. Tokmakjian, du charakan [psaume] « Nor Dzaghig » [La Fleur nouvelle]. A la suite de cette manifestation, une collation fut servie.

L’intervenante du jour, Knarik O. Meneshian, présenta un exposé et un diaporama intitulés « Les diaconesses arméniennes et leur rôle oublié dans l’Eglise apostolique arménienne. » Après avoir remercié le chapitre de l’association éducative et culturelle Hamaskaïne de Chicago pour l’avoir invitée à prononcer sa conférence, et avoir salué les invités, elle entama son exposé par les remarques introductives suivantes :

« Dès mon enfance, j’ai toujours éprouvé une vénération et de l’amour pour l’Eglise arménienne. J’ai rejoint la chorale à mon adolescence. A cette époque, l’église apostolique arménienne de Tous les Saints, comme certains d’entre vous s’en rappellent, se trouvait sur Lemoyn Street, à Chicago. Un jour, le Père [Der Hayr] Maronian, alors prêtre de cette paroisse, me remit un rouleau manuscrit, en me demandant de le ramener à la maison, de l’étudier et de me préparer à en faire la lecture, la semaine suivante. Il s’agissait d’un long manuscrit, avec une très belle écriture en arménien. La semaine suivante, durant l’office, je fus invitée à gravir l’autel, où je déroulai le manuscrit et lus un passage du Livre de Daniel [Danieli Guirk]. Je n’ai jamais oublié le sentiment de sérénité qui m’envahit dans l’église, ce jour-là, tandis que je m’adressais aux fidèles.

Avant de commencer mon intervention, j’aimerais relater une scène d’un roman historique, que j’ai lu il y a plusieurs années, sur les Indiens d’Amérique. La scène débute par la marche de tout un village – à nouveau en quête de meilleurs terrains de chasse. Le doyen du village suivait le groupe, portant sur son dos un balluchon dépenaillé. Fourrant à l’occasion quelque chose dans ce balluchon, sans jamais en retirer quoi que ce soit. Les gens se demandaient souvent ce qu’il transportait dans ce sac, conservé avec tant de soin. Un jour, quelqu’un lui demanda : « Hé l’Ancien, qu’y a-t-il dans ton balluchon ? Il a l’air si lourd ! Tu traînes un vrai fardeau ! » Le doyen du village marqua une pause, puis fit signe à chacun de s’asseoir. Lorsqu’ils eurent pris place autour de lui, le vieil homme déposa délicatement le balluchon à terre, s’agenouilla avec respect devant lui et déclara : « Ce sac, mes compatriotes, contient notre histoire. Sans lui, nous ignorerions qui nous sommes et ce que nous sommes. »

Venons-en maintenant à notre histoire, à un segment presque oublié : les diaconesses de l’Eglise apostolique arménienne.

Lorsque l’Arménie reconnut le christianisme comme religion d’Etat en 301 après Jésus-Christ, des choses admirables se produisirent dans ce pays. Des églises furent bâties, certaines au-dessus des ruines de temples païens. Le monastère [vank] de Tatev, par exemple, fut édifié sur des ruines païennes et la basilique d’Etchmiadzine au-dessus d’un temple zoroastrien. L’alphabet fut inventé. La Bible fut traduite en arménien. Les arts, l’enseignement et la littérature se développèrent. Des ouvrages tels que L’histoire de Vardan, de Yéghiché, celle de l’Arménie, par Moïse de Khorène, puis le Livre de prières, de Grégoire de Narek, furent écrits.

Susan, une femme scribe, recopia les ouvrages de Yéghiché et de Moïse de Khorène, tandis que son homologue Goharine recopiait Grégoire de Narek. Des charakan [psaumes] furent composés, dont certains par des femmes, en particulier Sahagadoukht, poétesse et compositeure, qui écrivit certains charakan pour l’Eglise arménienne et enseignait à des hommes, assise derrière un baldaquin. L’on estime que certains airs païens anciens furent utilisés pour chanter les psaumes.

Les diaconesses, un ministère religieux ayant reçu l’ordination, ont servi l’Eglise arménienne durant des siècles. Dans le dictionnaire Haygazian (1), qui se réfère à des traductions arméniennes du 5ème siècle de notre ère, le mot diaconesse est défini comme « fidèle ou vierge jouant un rôle actif dans l’église et mère supérieure ou directrice d’un couvent. » D’autres références pertinentes aux diaconesses dans l’Eglise arménienne figurent dans la collection de manuscrits de l’Institut Machtots [Maténadaran], allant de la chute du royaume de Cilicie (1375) à la fin du 16ème siècle, qui contient le rite d’ordination prévu pour les diaconesses.

Le diaconat est l’un des grands ordres dans l’Eglise arménienne. Le mot diacre signifie servir « avec humilité » et assister. Historiquement, les diaconesses arméniennes étaient appelées sargavak, diacres. Elles étaient aussi désignées par le mot 'sœur diaconesse' ou 'religieuse diaconesse.' Les autres grands ordres de l’Eglise sont l’évêque et le prêtre. Les diaconesses, comme les évêques et les moines, sont célibataires. Leurs couvents sont habituellement décrits sous le terme d’anabad, signifiant en l’occurrence non pas « désert », comme le mot l’implique, mais plutôt « un lieu solitaire où les groupes monastiques vivent loin des régions peuplées. » Les anabads diffèrent des monastères par leur mode de vie totalement isolé. Dans les couvents et les monastères, les Arméniennes servaient en tant que religieuses, scribes, sous-diacres, diacres et archidiacres (« premier entre pairs »), non seulement donnant d’elles-mêmes, mais enrichissant et contribuant notablement à notre nation et notre Eglise. Au 17ème siècle, par exemple, une scribe et diaconesse, dénommée Houstianeh, écrivit « un pieux recueil de prières et de vies des Pères, ainsi qu’un manuscrit intitulé Le Livre des Heures, daté de 1653. »

Ce qui suit illustre le délai conséquent, nécessaire à une novice, « après des années de préparation spirituelle et religieuse, » pour être ordonnée diaconesse : la diaconesse Hripsimée Sassounian, née à Damas, en Syrie, en 1928, entra au couvent des Sœurs Kalfayan à Istanbul, en Turquie, à l’âge de 25 ans. A 38 ans, elle fut ordonnée sous-diacre, et à 54, diaconesse.

Pour apprécier plus pleinement le rôle des diaconesses dans l’Eglise, l’ouvrage du Père Abel Oghlukian, Les diaconesses dans l’Eglise arménienne, se réfère à celui du Père Hagop Tachian, Vardapetoutioun Arakelots [Les enseignements des Apôtres] (Vienne, 1896), ainsi qu’au Kanonaguirk Hayots [Le Livre des Canons], édité par V. Hakobian (Erevan, 1964), où figure cette réflexion des plus frappante :

« Si l’évêque représente Dieu le Père et le prêtre le Christ, la diaconesse, par son appel, symbolise la présence de l’Esprit Saint, en conséquence de quoi chacun doit lui témoigner le respect qui lui est dû. »

L’histoire des diaconesses dans l’Eglise apostolique arménienne peut être divisée en deux périodes : la période médiévale, débutant au 9ème siècle, et la période moderne, du 17ème siècle à nos jours, bien qu’avant le 9ème siècle, de vagues références soient présentes « dès le 4ème siècle. » Dans l’étude, publiée, du professeur Roberta R. Ervine, intitulée « Les diaconesses de l’Eglise arménienne, » qui inclut plusieurs photographies fascinantes de diaconesses, l’A. énumère les noms de vingt-trois d’entre elles, recensées avec leur date d’ordination, leurs activités diverses et leurs contributions à l’Eglise.

Au fil des siècles, dans certains cas, la mission des diaconesses arméniennes fut d’éduquer, de veiller aux orphelins et aux personnes âgées, d’aider les nécessiteux, de réconforter les endeuillés et de répondre aux problèmes des femmes. Elles exerçaient dans des couvents et des cathédrales, ainsi qu’auprès de la population en général.

Si certains Pères de l’Eglise approuvèrent la présence des femmes dans le diaconat, d’autres, comme Boghos Taronatsi et Nersès de Lampron [Lambronatsi] (1153-1198), dont le grand-oncle était Nersès Chnorhali, s’y opposèrent. Voulant même le leur interdire. Curieusement, alors que Nersès de Lampron était âgé de 37 ans, sa mère, Sahandoukht, et ses deux sœurs, Susana et Dalita, entrèrent au couvent des Lampronatsi, comme membres fondateurs de cette congrégation.

A l’inverse, Mékhitar Gosh (1130-1213), qui fut à la fois prêtre, personnage public, érudit, penseur et écrivain, « approuva la pratique d’ordonner des femmes dans le diaconat, » écrit Roberta R. Ervine, qui ajoute que dans son recueil de lois intitulé Des ordres du clergé et de la famille royale, Gosh présente les diaconesses et leur utilité spécifique comme suit :

« Il existe aussi des femmes ordonnées comme diacres, appelées diaconesses, dont le rôle est de prêcher les femmes et lire l’Evangile. Ce qui fait qu’il n’est pas nécessaire pour un homme d’entrer au couvent ou pour une religieuse de le quitter.
Lorsque des prêtres baptisent des femmes adultes, les diaconesses s’approchent des fonts baptismaux, afin de laver ces femmes avec l’eau d’expiation, derrière le rideau.
Leurs habits sont exactement les mêmes que ceux des religieuses ou des sœurs, excepté qu’elles portent une croix sur le front ; leur étole repose sur l’épaule droite.
N’allez pas croire que cela soit nouveau et sans précédent, car nous l’apprenons de la tradition des Saints Apôtres. Car Paul déclare : ‘Je vous confie notre sœur Phœbé, diacre de l’Eglise.’ »

Smbat le Connétable [sparapet], qui vécut au 13ème siècle, était le frère du roi Héthoum Ier et un personnage important en Cilicie. Il fut diplomate, juge, officier dans l’armée, traducteur (en particulier des codes de lois) et écrivain. Dans son recueil de lois, il mentionne, ainsi que Gosh, les diaconesses, mais « les place sous l’autorité des prêtres, plutôt que des diacres. »

Dans son ouvrage, L’Histoire de la province de Siounie [Siounik], Stépanos Orbélian (1260-1304), historien et évêque du Siounik, évoque lui aussi les diaconesses. Il approuve, comme Mékhitar Gosh et Smbat le Connétable, l’existence des diaconesses, y voyant une louable institution. Dans son étude, Roberta R. Ervine explique qu’Orbélian assigne aux diaconesses la fonction de prêcher et de lire l’Evangile, précisant leur place à l’office, arborant une étole [ourar], à droite. (Plus tard, les diaconesses porteront leur étole à gauche, comme les diacres.) Ajoutant ce passage, extrait de l’ouvrage d’Orbélian sur le Siounik :

« La diaconesse officie à l’autel, comme son homologue masculin ; l’évêque ne limite pas son service liturgique aux seules églises des couvents ; elle se tient à part des diacres, afin d’éviter toute méprise. Elle ne touche pas non plus aux objets sacrés. »

Au 17ème siècle, un grand mouvement de réforme, lancé par Moïse III de Tatev [Movses Tatevatsi], eut lieu à Etchmiadzine. Devenu catholicos en 1629, il « suscita un renouveau spirituel et culturel, non seulement en Arménie même, mais aussi dans des communautés aussi éloignées que celle de Jérusalem. » Il fut un grand défenseur de l’éducation des femmes, qu’il favorisa, ce qui entraîna une augmentation du nombre de diaconesses dans l’Eglise.

Entre autres changements progressistes et encourageants que réalisa Moïse III, avant même son élection au catholicossat, figure la construction d’un couvent, près de l’église Sourp Hovhannès [Saint-Jean], à Nor Djoulfa [la Nouvelle Djoulfa], en 1623. Ce complexe monastique, qui comprenait une église réservée aux religieuses, fut appelé Nor Djoulfayi Sourp Kadarinian Anabad [couvent de Sainte-Catherine de la Nouvelle-Djoulfa], du nom d’une martyre du 4ème siècle, sainte Catherine.

Les diaconesses Rouksana [Roxane], Takouhie [Reine] et Hripsimée furent les membres fondateurs du couvent de Sainte-Catherine, qui exista durant 325 ans. Ce couvent administrait deux écoles et un orphelinat, tout en gérant une manufacture. Dès ses débuts, il compta de nombreuses moniales. Au cours de son histoire, certaines d’entre elles furent ordonnées diaconesses, tandis que les autres « se contentaient d’ordres religieux mineurs. » 

En 1839, le nombre de ces religieuses était descendu à 18. La dernière abbesse de Sainte-Catherine fut Yéghissapet [Elisabeth] Israélian, dont le frère fut élu en 1944 patriarche arménien de Jérusalem, Gouregh Ier. Finalement, le nombre des moniales continua de diminuer et, en 1954, le monastère ferma ses portes.

A peu près à la même époque, à environ 1 600 km au nord de la Nouvelle-Djoulfa, dans la ville de Chouchi, en Artsakh, existait un petit couvent, dont les membres n’ont jamais été plus de cinq. Le village d’Avedaranots, au sud-est de Chouchi, comptait un autre couvent. Au nord-est de l’Artsakh, dans la région de Mardagert, se trouvait autrefois un monastère réservé aux religieuses, situé dans le village de Goussabad et appelé Goussanats Anabad [le couvent des Vierges]. Une église fut bâtie sur les ruines de ce monastère.

La communauté monastique des religieuses de Goussanats Sourp Stepanos Vank [couvent du monastère de Saint-Stépanos] fut établie à Tiflis [actuelle Tbilissi] en Géorgie, en 1725. Leur mission était de former des diaconesses. Comme dans le couvent de Sainte-Catherine, des sœurs de Saint-Stépanos furent ordonnées diaconesses. « En 1933, la communauté comptait 18 membres, dont 12 avaient été ordonnées diaconesses. »

L’abaouhie [abbesse] du couvent était toujours une archidiaconesse. Elle portait un anneau au doigt et deux croix couvraient sa poitrine. La dernière abbesse de Saint-Stépanos, la diaconesse Hripsimée Tahiriants, une femme de tête, était issue d’une grande famille. Lors d’un voyage à Jérusalem, elle officia à l’autel de la cathédrale arménienne de Saint-Jacques [Sourp Hagop], à Jérusalem. Réputées pour leurs aptitudes musicales, les diaconesses de Saint-Stépanos étaient fréquemment sollicitées pour se produire lors de célébrations, y compris des funérailles. Ces engagements leur permettaient d’aider leur communauté religieuse. Lorsque les femmes entraient dans le couvent, elles apportaient avec elles des fonds, afin de subvenir à leurs besoins. Si, toutefois, l’une d’elles venait d’une famille nécessiteuse, l’abbesse pourvoyait alors aux siens. A la mort d’une diaconesse, l’argent restant après les dépenses funéraires était conservé par le couvent. Si, toutefois, après la mort d’une religieuse, celle-ci n’avait pas atteint le rang de diaconesse, après les funérailles, la moitié de l’argent qu’elle avait apporté avec elle au couvent était restitué à sa famille.

Il est à noter que les portes en bois, finement sculptées, de la basilique d’Etchmiadzine sont un don de la diaconesse Tahiriants. Il est écrit dans l’inscription : Hichadak Avak-Sarkavakouhi Hripsime Aghek Tahiriants, 1889 [A la mémoire de l’archidiaconesse Hripsimée Aghek Tahiriants].

En 1892, la diaconesse Tahiriants se rendit à Etchmiadzine pour la consécration du Père [hayrig] Méguerditch [Baptiste] Khrimian comme catholicos, à qui elle présenta une réplique brodée d’or et d’argent de la cathédrale d’Etchmiadzine. C’est à cette occasion qu’elle fut photographiée par H.F.B. Lynch, l’auteur d’Armenia : Travels and Studies (2), photographie que l’auteur utilisa dans son ouvrage, et qui figure aussi en couverture de celui du Père Oghlukian et dans l’étude de Roberta R. Ervine.

La communauté des religieuses de Saint-Stépanos cessa d’exister avant 1939, mais Nicolas Zernov, ecclésiastique russe et auteur d’études sur les affaires religieuses, écrit en 1939 combien il fut impressionné, lors de l’Eucharistie à l’église arménienne de Saint-Stépanos, à Tiflis [Tbilissi], « où une diaconesse en habit présenta le calice pour la communion. »

D’après des sources internet, en 1988, le gouvernement géorgien a pris possession de cette église du 14ème siècle. Entre 1990 et 1991, toutes les inscriptions arméniennes furent soit retirées, soit détruites, tandis que les caveaux où reposaient les diaconesses arméniennes furent démolis. Goussanats Sourp Stepanos Vank est maintenant une église géorgienne.

Le couvent des Sœurs Kalfayan, à Istanbul, dont la « mission déclarée est de soigner et éduquer les orphelins, » fut établi en 1866. Le patriarche Mesrop Ier Naroyan ordonna diaconesse le premier membre de cette communauté, Aghavnie [Colombe] Keosséian, en 1932. Le patriarche Chénork Kaloustian ordonna la dernière, Hripsimée Sassounian, en 1982.

Roberta R. Ervine précise à propos de celle-ci : « En 1986, la diaconesse Hripsimée Sassounian se rendit dans le diocèse occidental d’Amérique, où elle officia dans différentes paroisses du diocèse, chaque dimanche. Elle dirigea l’orphelinat Kalfayan, exerça comme comptable auprès du Patriarche, tout en officiant le dimanche dans diverses paroisses d’Istanbul. Lors de son ordination, le patriarche Chénork Kaloustian utilisa le rite en usage pour les diacres.
La diaconesse Sassounian fut invitée au Liban en 1990 par Sa Sainteté le catholicos Karékine II, afin de fonder une nouvelle communauté de sœurs. Baptisée la communauté des Servantes de Sainte-Gayané, elle fut établie près de l’orphelinat du Nid d’Oiseau à Byblos, au Liban. La première novice de la communauté, Knarik Gaypakian, prit ainsi le voile en la cathédrale d’Antélias, le 2 juin 1991. « Actuellement, trois diaconesses exercent à l’orphelinat du Nid d’Oiseau […], sous la juridiction du catholicossat de la Grande Maison de Cilicie. » (3)

Outre les lieux mentionnés plus haut, d’autres communautés de religieuses arméniennes ont aussi existé à Astrakhan (Russie), Bursa (Turquie) et Jazłowiec (Pologne). A Astrakhan, deux diaconesses, les sœurs Hripsimée et Anna Mnatsakanian, étaient au service de la communauté. Chacune d’elles fit don de son étole à la cathédrale d’Etchmiadzine, avec l’inscription suivante : « Sœur diaconesse à la cathédrale Sourp Asdvadzadzine [Sainte-Marie de l’Immaculée Conception], Astrakhan, 1837, » suivie de leur nom. Dans les années 1800, dans la région de Bursa, en Turquie, la diaconesse Nazénie Guéozioumian dirigeait une école pour filles, tout en remplissant ses devoirs religieux. A Jazłowiec (prononcer : Yaswovietch), Hripsimée Spendowski fut ordonnée diaconesse. Elle était la fille de Stépan Spendowski, un Arménien qui avait immigré dans cette ville en 1648. La ville comptait une importante communauté arménienne et une prélature arménienne fut établie en 1250. Du fait de la conduite héroïque et des hauts faits d’armes de Spendowski, durant la guerre contre les Tatars et les Turcs, qui avaient envahi la ville, le roi de Pologne, Jean II Casimir Vasa, lui conféra la noblesse et le titre de maire à vie de Jazłowiec.

En 1984, Monseigneur Vatché Hovsépian, primat du diocèse occidental (Etats-Unis), a ordonné Séta Simonian Atamian acolyte (4) auprès du Saint autel de l’église arménienne de Saint-Andrew, à Cupertino, Californie. En 2002, Monseigneur Guissak Mouradian, primat d’Argentine, a ordonné diaconesse Maria Ozkul.

Actuellement, il existe un petit nombre de religieuses servant l’Eglise apostolique arménienne en Arménie. Institué au début du 21ème siècle, leur ordre s’appelle l’ordre de Sourp Hripsimiants [Sœurs de Sainte Hripsimée]. Elles résident au monastère [vanadoun] de l’église Sourp Hripsime à Etchmiadzine, un des plus anciens monuments historiques de l’architecture arménienne et seconde église bâtie par saint Grégoire l’Illuminateur, durant le premier quart du 4ème siècle, et reconstruite en 618.

Je conclurai mon exposé par une citation de Monseigneur Karékine Servantzdiantz, qui fut l’élève du patriarche et catholicos Mkrtich Khrimian, à la fois patriote, prédicateur, écrivain et compilateur de récits arméniens – fables, anecdotes et contes populaires :

« Le patriotisme est une vertu sans bornes et sublime, et la véritable racine de la bonté authentique. Le genre de vertu qui prépare un homme à devenir le plus ardent défenseur de la terre, de l’eau et des traditions de sa patrie.
Les diaconesses de l’Eglise apostolique arménienne qui, à travers les siècles, ont servi avec vénération et humilité notre Eglise et notre nation, sont des exemples éclatants de défenseurs les plus ardents de la terre, de l’eau et des traditions de notre patrie. »

Sources :

Ervine, Roberta R., « The Armenian Church’s Women Deacons, » St. Nerses Theological Review (New Rochelle, NY), 12, 2007
Oghlukian, Fr. Abel. The Deaconess in the Armenian Church – A Brief Survey. New Rochelle, NY : St. Nerses Armenian Seminary, 1994.
Barnett, James Monroe. The Diaconate – A Full and Equal Order. Harrisburg, PA : Trinity Press International, 1995.
Karapetyan, Bakour. Hariour Darvah Yerkhosoutioun [Un dialogue centenaire]. Erevan, Arménie, 1990.  
Lynch, Henry Finnis Blosse. Armenia – Travels and Studies. Vol. I. New York : The Armenian Prelacy, 1990.
Gulbekian, Yedvard, « Women in the Armenian Church, » Hye Sharzhoom (Fresno, CA), April 1982.
Meneshian, Knarik O., « The Sisters At The Church of St. Hripsime, » The Armenian Weekly (Watertown, MA), July 10, 2004.
Eastern Prelacy of the Armenian Apostolic Church of America. Year Of The Armenian Woman 2010, Pontifical Message of His Holiness Aram I, Catholicos Of The Great House of Cilicia. New York, 2009.
Karras, Valerie, « Women In The Eastern Church – Past, Present, and Future, » The St. Nina Quarterly, A Journal Exploring the Ministry of Women in the Eastern Orthodox Church (Cambridge, MA), vol. 1, no. 1, 1997.
Der-Ghazarian, Sub-Dn. [sous-diacre] Lazarus, « On The Order of Diaconesses in The Armenian and Catholic Church – A Concise Overview », article en ligne, Dec. 25, 2008.
Synek, Eva M., « Christian Priesthood East and West : Towards A Convergence ? », MaryMartha Journal, Vol. 4, no. 2, 1996. (Cette communication, qui évoque les diaconesses de l’Eglise apostolique arménienne, fut présentée lors du 12ème congrès international de la Society for the Law of the Eastern Churches, Brookline, Boston, MA, 1995 – consultable en ligne) [note de l’A.].
Boyajian, Dikran H., ed. and comp. The Pillars Of The Armenian Church. Watertown, MA : Baikar Press, 1962.

NdT

1. Allusion au monumental Haygazian Bararan [Dictionnaire de la langue arménienne], publié en 1749 à Venise par la Congrégation des Pères mékhitaristes au monastère de San Lazzaro.
2. Henry Finnis Blosse Lynch, Armenia, travels and studies. Volume II : The Turkish Provinces. 1ère édition : London : Longmans, Green, and Co, 1901.
3. Dans un communiqué de presse, émanant de la Prélature arménienne d’Aderbadagan, en Iran, il fut annoncé que le lundi 24 juin 2013, le Très Révérend Der Grigor Chiftdjian, prélat d’Aberdabagan, participa à une réunion concernant des affaires religieuses au catholicossat d’Antélias. Il visita aussi l’orphelinat du Nid d’Oiseau et rencontra les sœurs Knarik Gaypakian, Chnorhig Boyadjian et Gayané Badakian, afin de voir comment attirer d’autres femmes dans la communauté. (Note de Knarik O. Meneshian)
4. L’Eglise arménienne compte actuellement neuf degrés. Les quatre premiers – sacristain ou portier, lecteur, exorciste, acolyte – constituent les quatre ordres dits « mineurs. » - http://eglisearmeniennenice.blogspot.fr/2012/06/lordination.html (consulté 18.07.13).

[Née en Autriche, Knarik O. Meneshian est diplômée de littérature et de l’enseignement secondaire de Chicago, Illinois. En 1988, elle a participé au comité de sélection de la collection Jeunes Ecrivains – Ecoles primaires-enseignement secondaire, premier cycle – Anthologie d’écrits d’élèves à travers le pays, publié aux éditions McDougal Littell. Elle est mariée et vit à Glenview, Illinois, avec sa famille. En 1991, Knarik a enseigné l’anglais dans le village de Jrashen (région de Spitak, Arménie), dévasté par un tremblement de terre. En 2002-2003, elle et son mari ont vécu et travaillé comme bénévoles en Arménie, un an durant, enseignant l’anglais et l’informatique à Gumri et Tsaghgadzor. Les travaux de Meneshian ont été publiés dans Teachers As Writers, American Poetry Anthology et d’autres publications américaines. Elle est l’auteur d’un recueil de poèmes intitulé Reflections, et a traduit de l’arménien en anglais l’ouvrage The Banishment of Zeitoun and Suedia’s Revolt, du Révérend Tigrane Antreassian (Paramus, New Jersey : Armenian Missionary Association of America, 1993).]


___________

Source : http://www.armenianweekly.com/2013/07/06/a-nearly-forgotten-history-women-deacons-in-the-armenian-church/
Traduction : © Georges Festa – 07.2013.
Avec l’aimable autorisation de Khatchig Mouradian, rédacteur en chef de The Armenian Weekly