dimanche 11 août 2013

Nélida Boulgourdjian-Toufeksian - Juan Carlos Toufeksian : Inmigración armenia en la Argentina. Perfiles de una historia centenaria a partir de las Listas de Pasajeros (1889-1979) / L’immigration arménienne en Argentine. Profils d’une histoire centenaire d’après les Listes de passagers (1889-1979)

© Fundación Memoria del Genocidio Armenio (Buenos Aires), 2013

 
Vient de paraître :

Inmigración armenia en la Argentina :
Perfiles de una historia centenaria a partir de las Listas de Pasajeros (1889-1979)
 de Nélida Boulgourdjian-Toufeksian et Juan Carlos Toufeksian

Sardarabad (Buenos Aires, Argentine), 12.06.2013

 

Le 10 mai dernier, la communauté arménienne de Córdoba (Argentine) a organisé la présentation du livre Inmigración armenia en la Argentina. Perfiles de una historia centenaria a partir de las Listas de Pasajeros (1889-1979) [L’immigration arménienne en Argentine. Profils d’une histoire centenaire d’après les Listes de passagers (1889-1979)], dans le salon Barkigian, en présence des auteurs, Nélida Boulgourdjian-Toufeksian et Juan Carlos Toufeksian, spécialement invités à cette occasion.

Cette manifestation, réalisée par la communauté arménienne de Córdoba, débuta par le discours de son président, Eduardo Guidikian, qui souligna le travail réalisé par les auteurs. La table ronde de présentation du livre se composait des auteurs et de la professeure Beatriz Derstepanian, qui commença par une question : « Parfois, l’on nous demande : « Comment savez-vous qu’un million et demi d’Arméniens sont morts ? » Cette question contient un doute, elle fait partie du négationnisme. »

« Cet ouvrage – poursuivit-elle – outre le fait de rendre hommage à nos compatriotes déportés, constitue un document ; il s’agit d’une preuve de plus du génocide, car presque toutes les personnes mentionnées dans la seconde vague migratoire intègrent des cellules familiales décimées. Ce sont des veuves, des orphelins, des femmes et des hommes seuls, des êtres blessés qui constituèrent une diaspora forcée. Ils laissèrent derrière eux leurs familles, leur langue, leurs églises, leurs terres, leurs horizons familiers, leur quotidien, leur travail et leurs morts. Certains arrivèrent déjà vaincus, mais, dans leur majorité, leur volonté d’être à nouveau heureux était telle qu’ils déployèrent d’immenses efforts et réalisèrent des choses incroyables, dont nous bénéficions aujourd’hui.

Aujourd’hui, ce sont nous et nos enfants qui forment la diaspora arménienne. Une diaspora qui doit être un bouclier au service de notre patrie. Parfois, nous nous demandons : « C’est quoi être Arménien ? » Et nous disons : « C’est un sentiment. Mais être Arménien est aussi une responsabilité. La responsabilité c’est de répondre avec talent. Le talent pour bâtir et maintenir notre identité. »

« Ce livre est un maillon de plus de cet édifice. C’est connaître les noms de ceux qui arrivèrent, leur nombre : leur ville d’origine, leur religion, leur langue, leur travail et leur âge… L’Etat argentin les appela des immigrés, mais nous pourrions les qualifier de héros, maîtres de vie, exemples de la lutte pour une existence digne, » conclut Beatriz Derstepanian, félicitant les auteurs pour ce travail titanesque, qui a exigé presque dix ans d’efforts et d’élaboration, ainsi que la communauté de Córdoba pour la diffusion de ce livre important.

Le docteur Nélida Boulgourdjian prit ensuite la parole, précisant que la publication d’un  livre de ce genre, à la fois documentaire et analytique, se propose de donner une visibilité à ces nombreux anonymes, qui figurent dans les listes de passagers de la Direction Nationale des Migrations [Dirección Nacional de Migraciones], et qui « ne demandaient pas du tout d’être ainsi comptabilités et qui s’y voient contraints. » Cette phrase, empruntée à l’historienne française Arlette Farge, manifeste clairement la décision des auteurs de faire connaître les données fournies par les 17 800 Arméniens admis dans le port de Buenos Aires, lesquels sinon n’eussent pas été connus du grand public.

Nélida Boulgourdjian ajouta que l’ouvrage traite de la période 1889-1979 et compte deux parties : la première livre une analyse des clés principales du phénomène migratoire arménien dans la société d’accueil, via la caractérisation du cadre régulateur, et identifie les principaux traits structuraux et les tendances à long terme de l’immigration arménienne en Argentine.

La seconde partie comprend les listes de passagers arméniens, donnant l’opportunité à leurs descendants de retrouver leurs ancêtres avec toutes les données que livre cette documentation. Les lecteurs obtiendront ainsi une information fiable sur les conditions d’arrivée de leurs anciens, avec une précision qu’ils n’ont pu parfois obtenir au fil d’entretiens avec leurs parents ou grands-parents. L’ouvrage inclut enfin une bibliographie générale sur l’immigration en Argentine et une autre, portant spécifiquement sur les principales publications concernant l’immigration arménienne.

Nélida Boulgourdjian termina en déclarant que la présentation d’un livre est un fait culturel enrichissant et, pour les auteurs, une grande satisfaction au regard du travail réalisé. En l’occurrence, celle-ci est doublement importante, s’agissant du point culminant d’une recherche qui dura plus de dix ans et nécessita un travail patient au sein de divers fonds d’archives. Le fonds central fut celui de la Direction Nationale des Migrations [Dirección Nacional de Migraciones], mais aussi ceux du Centre d’Etudes Migratoires Latino-américaines [Centro de Estudios Migratorios Latinoamericanos] et des Archives nationales argentines [Archivo General de la Nación].

L’architecte Juan Carlos Toufeksian évoqua ensuite le travail d’investigation en tant que tel, soulignant le fait que furent consultées les listes de passagers contenues dans quelque 1 500 volumes aux archives de la Direction des Migrations du ministère de l’Intérieur, un travail ardu qui s’étendit sur dix ans. Les volumes de ce fonds d’archives, de grand format, reliés avec des couvertures rigides, ont été analysés feuille par feuille, ligne par ligne, étant donné que beaucoup d’Arméniens arrivaient avec d’autres nationaux (Turcs, Syriens, Grecs, etc.). Car leur nationalité n’était pas prise en compte pour les considérer comme Arméniens, mais uniquement leur patronyme, parfois aussi leur prénom. Il a donc fallu analyser prénom, patronyme, nationalité, religion, langue parlée, ville de naissance, etc., afin de déterminer leurs origines.

L’A. ajouta que ces listes sont elles-mêmes une histoire de la vie des immigrés, mises au service du lecteur, afin que celui-ci puisse recomposer son identité, ainsi que les vicissitudes auxquelles durent pallier ses ancêtres.

S’agissant enfin de la communauté arménienne de Córdoba, d’après une enquête réalisée au préalable, Juan Carlos Toufeksian précisa que sa formation et son origine sont dues en parties à un citoyen anglais, dénommé Hughes, lequel avait conclu un accord avec le gouvernement argentin pour la pose des rails du train à Córdoba. Chaque fois qu’un navire arrivait, il se rendait au port de Buenos Aires et recrutait des ouvriers d’origine arménienne, qu’il transférait à Córdoba. C’est ainsi que se constitua le quartier appelé le Barrio Inglès [quartier anglais], appelé aujourd’hui Barrio Pueyrredón, peuplé en majorité d’Arméniens.

Cette manifestation compta la présence de membres des différentes institutions arméniennes de Córdoba, notamment de jeunes appartenant à divers groupements intéressés par cette publication.         

Ndlr : Le livre Inmigración armenia en la Argentina et la déclaration du Sénat d’Argentine. – En date du 24 avril 2013, le Sénat de la Nation (VSP 193/13) a déclaré d’intérêt historique et culturel, pour sa valeur scientifique et sa contribution à la connaissance de l’histoire argentine, l’ouvrage Inmigración armenia en la Argentina. Perfiles de una historia centenaria a partir de las Listas de Pasajeros (1889-1979), de Nélida Boulgourdjian-Toufeksian et Juan Carlos Toufeksian, publié par la Fundación Memoria del Genocidio armenio, 2013.

___________

Source : http://www.sardarabad.com.ar/wp-content/uploads/2013/06/1708color.pdf
Traduction de l’espagnol : © Georges Festa – 08.2013.