mardi 24 septembre 2013

L'Arménie des soeurs Archakian - L'Armenia delle sorelle Arshakyan


© Sharm Holding LLC, 2009

 

L’Arménie des sœurs Archakian
 
par Gianluca Grossi
 

 

La musique arménienne contemporaine est peu connue à l’étranger. Mais aujourd’hui quelque chose change, apparemment. Grâce au succès de deux sœurs exubérantes et des plus talentueuses.

La musique arménienne s’enorgueillit d’une très riche tradition, qui plonge ses racines quelque deux millénaires avant Jésus-Christ. Mais personne n’a jamais eu autant de retentissement, fût-ce indirectement, entre autres personnalités émigrées à travers le monde, que Charles Aznavour qui, dans sa trajectoire artistique, a toujours intégré une part de son pays d’origine.

Quoi qu’il en soit, ces dernières années, un duo féminin s’est imposé à l’attention mondiale avec un projet qui, tout en conservant des liens étroits avec son univers d’origine, imite le monde principalement occidental, finissant par susciter l’émoi de ceux qui n’ont jamais été familiarisés avec les rythmes donnant le ton aux vocations artistiques d’Erevan. Ce sont les sœurs arméniennes Inga et Anouch Archakian, figures incontestées d’une des pages de la musique folk-pop arménienne les plus intéressantes.

Génération années 80

Anouch (1980) est la plus grande, joue du piano et chante ; en 1994, elle remporte le prestigieux prix « Voix Sonores » à Omsk, ville de Russie située le long du tracé du Transsibérien. Elle s’inscrit au Conservatoire d’Erevan, où elle décroche son diplôme et débute peu après dans l’Orchestre Philharmonique d’Arménie. Ses premières compositions remontent au milieu des années 1990.

Inga, née en 1982, gravit les mêmes étapes que sa sœur, se vouant quant à elle au violon, qu’elle étudie dès son enfance avec passion et persévérance. Elles commencent à travailler ensemble en 1998, donnant vie à un répertoire qui puise à pleines mains dans la riche tradition folk arménienne. « L’idée de pouvoir contaminer la culture traditionnelle avec les sons modernes dérivés du jazz, de la pop et de la musique électronique, nous plaît bien, » révèlent les deux sœurs. En l’espace de quelques mois, elles effectuent leur premier voyage de travail transocéanique : elles atterrissent aux Etats-Unis, à Los Angeles, où elles débutent à l’Alex Theatre, lieu ouvert au public depuis 1925. En 2002, elles obtiennent une première consécration, principalement en Arménie, où elles se produisent dans de nombreux directs, augmentant chaque fois le nombre de leurs aficionados.

Le premier album s’intitule Nous et nos montagnes. Il s’ouvre par « Andzrev Yekav » [Il pleut], composition très marquée par la culture musicale traditionnelle arménienne. Le canevas se ressent des tonalités modernes typiques des productions discographiques occidentales, mais la partie chantée s’attèle à des phrasés qui appartiennent à la réalité locale, liés au monde de la Turquie et du Moyen-Orient, mais aussi du Caucase. A certains moments se détachent des trouvailles jazzy. Leur célébrité est confortée par toute une série d’apparitions publiques à New York, Toronto et Paris. Pour la première fois, la culture musicale arménienne s’impose au niveau international. Sur la vague du succès obtenu par l’album inaugural, elles se produisent une première fois dans les principaux théâtres de la capitale.

Le carton
 
Le carton, comme on dit, les attend toutefois avec « Tamzara, » composition qui sera incluse dans le second album. Elle est introduite par des instruments traditionnels ; la partie chantée est une mélodie élaborée d’après des portées renvoyant à l’empire byzantin, soutenue par une progression des percussions des plus suggestive ; exemple parfait de world music, synthétisé par une vidéo qui cartonne sur YouTube. Grâce à « Tamzara, » en 2004, elles remportent le prix Golden Lyre, triomphant l’année suivante lors de la remise des prix nationaux de musique en Arménie. Le second album reprend le titre de leur morceau le plus connu et voit officiellement le jour en 2006. Il se compose de onze titres et est produit par la Parseghian Records. De même que le morceau titre, le cinquième, « Khlpane , » enrichi du son d’un instrument à cordes traditionnel, qui s’intègre à la perfection aux sons électroniques les plus modernes, fait grand bruit. Grâce à cette production, le duo se remet à parcourir le monde, fréquentant les salles de concert à Paris, Londres, Moscou et Téhéran. En 2006, sort aussi le premier DVD qui saisit le couple sur le vif, lors des plus belles représentations effectuées ces dernières années.

Le troisième album

Trois ans plus tard, c’est le tour du troisième album : Heartbeat Of My Land. En couverture, les deux sœurs se présentent vêtues de costumes traditionnels et coiffées de chapeaux typiques, garnis de breloques. Le titre s’intitule « Menq Enq Mer Sarere » [Nous et nos montagnes], il est proposé au Téléthon arménien et frappe à la porte de pays encore inexplorés par elles, comme la Syrie, le Liban et la Russie. En 2009, les deux sœurs Archakian se présentent au concours de l’Eurovision avec la chanson « Jan Jan, » à la rédaction de laquelle participent Mane Akopian, Vardan Zadoyan et Avet Barséguian, figures de proue du monde des arts en Arménie. Le morceau a un « angle de tir » résolument plus moderne des précédents, même si, quand on les interroge, elles le justifient, en parlant de « folk avec des éléments de musique contemporaine » ; en réalité, elles abandonnent la tradition pour adopter un style pop, typique de la culture occidentale dominante. Il est signé d’Ara Torossian, un des producteurs arméniens majeurs, qui accompagne déjà d’autres figures culte comme André et Eva Rivas. Une vidéo promotionnelle, très efficace (plus d’un million de connections sur YouTube), qui rappelle le très connu « Whenever, Wherever » de Shakira, autre figure de la pop latine, contribue au succès de la chanson.

Cette tendance est évidente aussi dans la dernière vidéo tournée par le couple, lors du concert « La Voix de l’Arménie, » le 16 mars 2013. Le morceau « You Will Not Be Alone » (publié à l’origine en single en 2009, sur une musique d’Armen Martirossian et des paroles de Michael Bagratouni) est chanté en anglais, d’après les classiques « paradigmes » musicaux occidentaux, privilégiés par le très jeune compositeur Aidin Davoudi et Mart Babayan. Ne reste de traditionnel que l’introduction, interprétée par un membre du groupe au doudouk, instrument musical typiquement arménien, inscrit par l’UNESCO dans sa liste des patrimoines oraux et immatériels de l’humanité. 

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Source : http://www.balcanicaucaso.org/aree/Armenia/L-Armenia-delle-sorelle-Arshakyan-136528
Traduction de l’italien : © Georges Festa – 09.2013
 


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