mardi 24 septembre 2013

Robert Nazar Arjoyan - MidNight FistFight / Baston de minuit


© Robert Nazar Arjoyan, 2012

 

MidNight FistFight : explorer l’univers du jamo arménien
 
par Liana Aghajanian
 
Ianyan Mag, 10.08.2012 


Dans les tréfonds de la culture arménienne gît le « jamo, » une rencontre entre hommes, décidée afin de régler des différends, mais dans laquelle l’on s’attend, au contraire, à une explosion de violence.

MidNight FistFight [Baston de minuit], nouveau court métrage produit et dirigé par Robert Nazar Arjoyan et co-écrit avec David Lafian, se propose d’explorer cette « version arménienne d’un combat à l’anglaise, » comme le précise Arjoyan, tout en nous plongeant dans l’existence du mâle arménien de base, souvent perturbé.

L’histoire est centrée autour de Gev (David Lafian) qui, encore mal remis de la perte de sa mère, canalise son chagrin dans la violence et la rage, tandis que sa sœur Alina (Lena Kay) est contrainte de jouer le rôle de leur mère, au risque d’influer sur sa relation avec son petit ami de longue date, Alec (Movses Karapetyan).

Lorsque Alec et Gev sont obligés de participer à un « jamo, » ils doivent mettre de côté leurs différences. Mais survivront-ils à la soirée ?

Arjoyan, qui a pris l’idée du film à partir de son expérience personnelle, souhaitait faire comprendre le fait que les « jamos » sont une façon assez terrible de gérer les problèmes.

Après avoir atteint son objectif au plan financier sur le site de collecte de fonds KickStarter, en février dernier, Arjoyan décida de réunir le reste des fonds nécessaires, de manière indépendante. Il résume à la perfection l’étymologie et le sens de ce qu’un « jamo » implique :

« Appelé aussi razbirat [embrouille], un jamo est une rencontre ritualisée, organisée par des hommes, essentiellement des Arméniens, à un moment donné. Ces rencontres ont lieu, en général, la nuit, dans un endroit isolé, pour régler un litige entre des personnes ou des groupes entiers, qu’il s’agisse de problèmes d’injures, de dommages physiques et/ou matériels, ou de questions d’orgueil. Le mot jamo dérive de l’arménien jam, qui signifie littéralement « heure, » du genre : ‘Ce soir, on va à un jamo [rencard] avec des potes.’ »

Naturellement, la réalité dépasse la fiction, la pratique du « jamo » n’étant pas rare de nos jours, en particulier au sein de la jeunesse arménienne, dans la région de Los Angeles. En 2009, Mike Yepremyan, 19 ans, a ainsi été battu et tué lors d’une rencontre similaire, suite à un SMS.

Tout en explorant les rapports souvent tendus entre les personnages, Arjoyan veut montrer le côté illogique du « jamo, » qui, dit-il, constitue un mécanisme de défense plus qu’exagéré, dû à des siècles d’histoire tragique.

« Nous avons sans cesse été brutalisés et maltraités, et nous avons dû nous cuirasser la peau, » nous confie-t-il. Mais, à l’intérieur, nous sommes mal. C’est aussi quelque chose de très inconscient. » 

Actuellement présenté à des festivals, ce film explore aussi le « machisme » généralisé, qui domine de nombreux aspects de la culture patriarcale arménienne, un problème qui, selon Arjoyan, ne sera éradiqué qu’après quelques générations.

MidNight FistFight : première, le 11 août 2012 en soirée, à Los Angeles, au cinéma Downtown Independent, à 20 h.

Bande-annonce Viméo : http://vimeo.com/45401742

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Traduction : © Georges Festa – 09.2013