samedi 5 octobre 2013

Raffi Tokatlian


Raffi Tokatlian, Disappearance of a Kingdom, 55 (lar.) x 45 (prof.) x 90 (haut.) cm, bronze
© http://sculptures.raffitokatlian.com

 

Nouvelles cimes pour le sculpteur Tokatlian
 
par Thomas Haroutounian
 
Keghart.com, 19.09.2013

 
[Eminent expert d’art en Russie, Thomas Haroutunian est directeur des relations internationales à la galerie d’art Belyaevo, à Moscou, où des œuvres de l’artiste libano-arménien Raffi Tokatlian seront exposées, du 16 au 27 octobre. Il est aussi le commissaire de cette exposition. Hamo Moskofian, journaliste itinérant de Keghart.com, lui a apporté son concours.]

Telle une comète, Raffi Tokatlian a surgi dans l’univers des beaux-arts avec sa série de bronzes, intitulée « Mythe et Réalité ». Ses œuvres ont été exposées au Liban, en Suisse, en Italie, au Japon, aux Etats-Unis, suscitant une critique enthousiaste. Et le mois prochain, à Moscou.

Les Vénitiens se souviennent encore de sa triomphale exposition au Palazzo Zenobio, cet ancien palais sur le Canale Grande, où d’immenses miroirs renvoyaient l’image des bronzes phantasmagoriques de Tokatlian. A New York, cet artiste libano-arménien a été qualifié de maître d’un surréalisme revivifié, tandis que son art inventif est décrit comme surréalistico-mythologico-classique.

Selon le critique américain Jonathan Goodman, « Tokatlian est un artiste impressionnant, dont les sculptures peuplent un lieu magique, où se mêlent forme et émotion. L’imagination de Tokatlian est compatissante, au meilleur sens du terme ; il étreint l’humanité la plus large, intégrant, mais aussi transcendant les errements de l’homme. Ce qui confère à son art son expressivité imaginative. »

L’imagination vive et brillante de Tokatlian suscite des images au contenu humaniste, nourries d’empathie et de compassion. Ces traits se manifestent en particulier dans des œuvres telles que « Prière », « Libération de l’esprit », « Troisième œil », « La Foi », « Présage d’un sombre destin pour l’humanité ». Dans l’œuvre de Tokatlian, les statues ne sont pas des entités dociles, mais des êtres sensuels, impulsifs, flexibles, qui nous chargent du fardeau du questionnement, tout en jouant avec habilité du volant de la psychanalyse et précédant une ambivalence quasi universelle.

La figure humaine est le personnage principal du cycle allégorique du sculpteur. Des œuvres comme « Le Secret derrière le masque » et « Disparition d’un royaume » peuvent être regardées comme uniques, à en juger par leur impact au plan émotionnel.

En dépit de leur petite taille, les sculptures sont monumentales de par leur signification. L’œil exercé remarque de suite leur compatibilité organique avec, par exemple, un parc public ou une salle d’exposition. Peut-être « Entrée dans la ville » sera-t-elle la prochaine étape dans le parcours de l’artiste.

Tokatlian est issu d’une famille arménienne de Beyrouth. Artiste, son grand-père transmit sa passion pour l’art au jeune homme qui grandit, bercé par ses récits d’émigration forcée de sa patrie pour le Liban, lors de la Première Guerre mondiale, ses évocations de la mythologie grecque et des peintres de la Renaissance. L’intérêt du jeune Tokatlian pour la mythologie et la sculpture le conduisit aux fresques de Pompéi et aux temples de l’Antiquité grecque. Au cours d’un voyage en Egypte, il découvrit les sculptures pharaoniques. En Italie, il s’imprégna des chefs-d’œuvre de l’art de la Renaissance, en particulier Donatello.

Diplômé en arts plastiques de l’université de Beyrouth, Tokatlian poursuivit ses études artistiques aux Beaux-Arts à Paris, où il découvrit Rodin et Giacometti, Bosch et les Surréalistes. Ecole qui influença fondamentalement sa vision du monde de l’art. A son retour, bouillonnant d’idées et de vitalité créatrice, Tokatlian se plongea dans son œuvre et se mit à expérimenter le bronze.

Reprenant des images de la mythologie gréco-romaine, Tokatlian réussit à les adapter dans un cadre inédit. Avant de procéder au modelage et au moulage, il observe longtemps une image, puis dessine de nombreuses esquisses de l’œuvre à venir. Elles renvoient à ses objectifs en matière de sculpture et mettent à nu l’essence émotionnelle de l’œuvre.

La technique picturale de Tokatlian est variée : il utilise le crayon et le pastel, l’aquarelle et le charbon, l’encre de chine, jusqu’au café moulu.

Par son tempérament, sa profondeur de pensée, son charme intérieur et sa rage de créer, il pourrait probablement être comparé aux artistes de la Renaissance. Tokatlian cultive aussi l’écriture, la composition musicale et l’alpinisme : il a fait l’ascension du Mont Ararat en Arménie et du Mont Kilimandjaro en Afrique.        

Passionné d’art et de culture russes – à quoi ses séjours d’études à Saint-Pétersbourg et Moscou ont grandement contribué – Tokatlian est impatient d’exposer son œuvre en Russie. L’exposition – à la galerie Belyaevo de Moscou – contiendra 19 bronzes et 25 œuvres graphiques. L’ensemble inclura des héros en bronze de la mythologie grecque et romaine, dont les incroyables flexions corporelles, l’esthétique irréprochable, l’illusion convaincante du mouvement et le charisme énigmatique, se pliant à l’imagination du spectateur, prennent vie dans un temps et un espace des plus réels.

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Source : http://www.keghart.com/Harutunyan-Tokatlian
Traduction : © Georges Festa – 10.2013
 

site de la Galerie Belyaevo (Moscou) : http://www.gallery-belyaevo.ru