mardi 10 décembre 2013

Christopher Atamian : Agop J. Hacikyan's The Lamppost Diary / Journal du Lampadaire




Agop J. Hacikyan
The Lamppost Diary
Telegram Books, 2009

par Christopher Atamian
Groong, 27.05.2013


Plus connu pour sa précieuse anthologie de littérature arménienne moderne et pour son premier roman à succès, A Summer Without Dawn (2000), Agop J. Hacikyan a récemment publé un roman émouvant, encore qu'inégal, intitulé The Lamppost Diary. Ayant pour cadre Istanbul, durant la Seconde Guerre mondiale et l'immédiat après-guerre, l'histoire raconte la vie du jeune Thomas, un Arménien stambouliote, aux sens perpétuellement en éveil, passant l'essentiel de son temps à rêver, draguer et essayer de convaincre une jeune Russe superbe, dénommée Anya. The Lamppost Diary retient surtout l'attention par ses tableaux de la vie dans l'Istanbul de l'après 1915, dans le quartier de Nişantaşı, au sein des minorités chrétienne et juive. Une existence toujours difficile - où les non musulmans sont sans cesse sur leurs gardes, victimes de discriminations à la fois subtiles et affichées. Hacikyan évoque en particulier l'impact du honteux Varlık Vergisi de 1942, lorsque le gouvernement turc imposa lourdement Juifs, Arméniens, Grecs et Levantins, ruinant de fait la plupart des fortunes chrétiennes et juives, qui subsistaient en Turquie. Incapables de payer ces taxes exorbitantes, ces hommes d'affaires étaient déportés dans le camp de travaux forcés d'Askale, où ils trouvaient la mort ou dont ils revenaient vieillis et physiquement brisés. Comme on pouvait s'y attendre, de nombreuses minorités fuirent à nouveau la Turquie, à la lumière de ces événements. La description des autorités turques, à la fois vénales et cruelles, ainsi que celle que des compatriotes arméniens de Thomas, tout aussi opportunistes, est aussi drôle qu'elle est parfois à vomir.

Le héros, Thomas, semble parfois doté de dons quasiment surnaturels - Casanova avec le beau sexe, étudiant doué, champion de Turquie du 10 000 mètres, mais aussi écrivain en herbe, qui lance son propre magazine, à peine âgé de 20 ans... Finalement, Anya part en Amérique étudier la médecine à l'université John Hopkins, où Thomas la rejoindra - l'amour est grand vainqueur, comme nous le devinons dès leur premier rendez-vous galant.

Cette émouvante histoire d'amour, tout comme les précieuses évocations de la communauté arménienne d'Istanbul d'après la catastrophe du génocide, pâtissent malheureusement des faiblesses du roman, qui sont nombreuses. En premier lieu, l'attention presque obsessionnelle que l'A. semble attacher aux interminables descriptions de la circoncision (inhabituelle pour un chrétien) du jeune Thomas, ainsi qu'à la quasi obsession de l'adolescent pour son pénis, son bouboulik comme l'appelle sa mère, et ses allées et venues dans les bordels locaux, le tout relaté sur un ton semi-comique, sans jamais vraiment convaincre.

L'on compte aussi, tout simplement, trop de phrases alambiquées et par ailleurs maladroites, des constructions grammaticales affectées, un usage baroque de l'adjectif, et des métaphores inégales, peu défendables, lesquels entachent un roman d'apprentissage par ailleurs sincère. Cela dit, j'imagine que beaucoup de gens voudront lire ce roman, tout simplement pour l'histoire qu'il raconte et contempler le reflet d'une société, qui n'est pas si souvent dépeinte dans le monde anglophone.            

[Traducteur, écrivain, producteur et réalisateur confirmé, Christopher Atamian vit à New York. Il a produit en 2006 la pièce Trouble in Paradise, lauréate d'un OBIE Award, et a participé en tant qu'artiste invité à la Biennale de Venise 2009 pour sa vidéo Desire. Ses courts métrages et vidéos ont été projetés dans plusieurs pays et il publie régulièrement dans de grands périodiques tels que The Huffington Post et le New York Times. Il est l'auteur d'un roman, Speaking French, et a traduit six ouvrages du français et de l'arménien occidental en anglais, dont The Bois de Vincennes, de Nigoghos Sarafian. Ayant l'expérience de hautes fonctions au sein de grands médias, dont ABC, Ogilvy Interactive et le département marketing de JP Morgan, C. Atamian est diplômé de Harvard, de la Columbia Business School et de l'University of South California Film School (Los Angeles), et ancien boursier Fulbright, Bronfman et Gulbenkian. Contact : catamian@gmail.com]    

Traduction : © Georges Festa - 12.2013