vendredi 31 janvier 2014

L'art Renaissance de la fin des temps dévoilé dans un ouvrage apocalyptique redécouvert / Renaissance Art of the End Times Revealed in Rediscovered Apocalyptic Book





© Taschen, 2014


L'art Renaissance de la fin des temps dévoilé dans un ouvrage apocalyptique redécouvert
par Allison Meier
Hyperallergic (New York), 21.01.2014


En 1533, des dragons par centaines furent signalés, obscurcissant les cieux de la Bohême, suite à l'apparition en 1506 d'une comète à l'éclat aveuglant, qui fendit le ciel. Ces événements prémonitoires étaient-ils les signes de l'apocalypse ou de simples rumeurs de la Renaissance ? Au 16ème siècle, un scribe et un artiste zélé firent la chronique de ces présages de malheur dans un livre, redécouvert il y a quelques années seulement.  

L'ouvrage, avec ses 169 pages et ses illustrations vives, était étonnamment intact, lorsqu'il fut mis aux enchères en 2007 à Munich; vendu ensuite à James Faber, un marchand installé à Londres, il s'est révélé encore plus mystérieux qu'on ne le pensait, et plus ancien d'un siècle environ. Taschen ayant récemment publié une édition de ce Livre des Miracles, chacun peut désormais vagabonder dans son étrange contenu.  

Le livre date des années 1550, à Augsbourg, ville libre d'Empire depuis la dynastie souabe, qui fait aujourd'hui partie du land de Bavière. Originalité, la version des éditions Taschen inclut aussi le revers de chaque gouache et aquarelle avec sa description griffonnée, le tout précédé par des études d'histoire de l'art dues à Till-Holger Borchert et Joshua P. Waterman. Ce vendredi [24 janvier], à la Galerie Arader, Madison Avenue, à Manhattan, (eut] lieu le lancement du livre avec une présentation par T.-H. Borchert, conservateur en chef au Musée Groeninge à Bruges.

En dépit de leur ancienneté, ces illustrations semblent étrangement récentes, comme issues du mouvement symboliste avec sa passion pour le fantastique. L'on ignore qui commanda la production de l'ouvrage, ou pourquoi, mais il se lit tel un catalogue d'horreurs. Comparés au "Monstre du Tibre," à tête de cheval, à la peau en écailles, pourvu d'un sabot et d'une patte d'oiseau, à la queue de dragon vociférant, au bras-museau tel un étrange bazooka, et à la face humaine surgissant de son postérieur, ces dragons de Bohême, arborant des couronnes, ressemblent à d'allègres fantaisies. Parallèlement, la destruction bien réelle de Lisbonne par un tremblement de terre s'accompagne d'une baleine saisissante, vrombissant parmi les vagues. Ailleurs, ce sont des fauves voraces, des visions prémonitoires dans le ciel et des flammes sans nombre. Le créateur paraît souvent assembler des événements rapportés, tout en essayant de les lier entre eux, tel un précoce théoricien du complot, traçant les lignes de quelque destin imminent.  

Ce récit terrifiant est encadré par l'Arche de Noé et se déroule jusqu'à l'apocalypse, telle qu'elle fut prédite par le Livre des Révélations. En fait, malgré toute la frénésie de visions incroyables, l'angoisse du Livre des Miracles s'appuie essentiellement sur les tensions religieuses, bien réelles, qui parcouraient l'Europe du 16ème siècle. Comme l'avance Ben Marks dans Collectors Weekly :

"Les protestants dans l'Allemagne du 16ème siècle étaient aussi motivés par une aversion religieuse à l'égard de l'Eglise catholique, dont ils moquaient le Pape, vu comme l'Antéchrist. Certains prirent cela à la lettre : pour eux, la fin étant proche, il appartenait à chacun de prêter attention aux signes." (1)

Il est néanmoins remarquable que les créateurs du Livre des Miracles ne se soient pas focalisés sur une actualité autrement plus inquiétante pour le continent, comme les épidémies de peste et l'agitation politique. Les événements astraux et les catastrophes naturelles font leur apparition, mais toujours avec un niveau important de fantaisie hallucinatoire. Or cela ne diffère guère de ce qui en était de tous les aspects de l'existence, de l'exploration à la science où, de plus en plus de choses étant découvertes à travers le monde, des espèces nouvelles aux terres nouvelles, tout semblait possible. Y compris la fin prochaine du monde.            

Note


[Essayiste et romancière, Allison C. Meier vit à Brooklyn. Originaire de l'Oklahoma, elle couvre depuis 2006 l'art visuel contemporain pour des médias papier et en ligne. Ses écrits sur New York et ses récits de voyage à travers le monde sont consultables sur son site www.allisoncmeier.com]

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Traduction : © Georges Festa - 01.2014

site des éditions Taschen : www.taschen.com