jeudi 16 janvier 2014

Tom Hooper - The King's Speech / Le Discours d'un roi





© UK Film Council - See-Saw Films - The Weinstein Company - Bedlam Productions, 2010


It is a joy to be hidden, and disaster not to be found.
Donald Woods Winnicott


Le Discours d'un roi ou le film politique au sens premier. Où la politique part du corps, du réprimé, de l'interdit. De la peur, de la domination, de l'égoïsme. Des faux discours précisément. L'histoire vue à travers le prisme d'une tragédie. Celle d'une enfance et d'une adolescence brisées, mutilées. Lesquelles enfance et adolescence ont pour décor les fastes d'une Cour, mais peuvent tout autant peupler les hôtels bourgeois ou les bas-fonds, ici ou là. L'argument du film est précisément d'articuler l'éducation au mot et à l'image, à la parole et à la vision, en un mot à la maîtrise, à l'appropriation, à la subjectivité. Ce n'est pas un hasard si la rencontre quasi miraculeuse entre le fils traumatisé d'un monarque autoritaire, distant, fidèle à des traditions d'un autre âge, et un thérapeute australien, pionnier de l'accompagnement des rescapés de la Première Guerre mondiale, nous livre finalement les clés de la véritable modernité. Une modernité qui en finit avec les mécanismes totalitaires de l'obéissance aveugle, de l'idéologie vociférante - toute puissante alors outre-Rhin -, de l'asservissement volontaire. Qui rompt avec les silences, les hypocrisies, les tabous. Il est une autre modernité, fidèle en cela à un humanisme délié de tout utilitarisme : celle d'un contrat social, qui sait les faiblesses des uns et la générosité des autres, qui ne renonce jamais, en dépit de tous les obstacles, à la lumière et au respect, mais aussi au courage et à la primauté du droit humain. Accéder au discours, être écouté et compris, tout en écoutant et comprenant. Truismes qui se paient au prix fort. Car cette liberté n'est jamais acquise, toujours menacée, risquée. Nous retrouvons la politique. Au sens premier. Fondamental. Sans lequel il n'est ni discours, ni roi, ni humanité.

© georges festa - 01.2014