vendredi 21 février 2014

Bob Avakian - Interview


© http://www.bobavakianphotography.com/


Nouvelle-Angleterre, la nuit
Entretien avec Bob Avakian
par Gregory Eddi Jones


(L'entretien qui suit avec le photographe Bob Avakian est paru le 20 janvier dans PetaPixel.)

Bob Avakian et son épouse Gail ont découvert Martha's Vineyard durant l'été 1973 et s'y sont établis dès lors. Après des études d'architecte, d'ingénieur et dans le bâtiment, Bob a travaillé plusieurs années dans ce domaine, en tant que constructeur dans l'immobilier. Après s'être découvert une passion dans la gestion, née de la satisfaction d'un engagement concret, il s'est tourné vers la photographie comme moyen d'expression personnelle. 

Sa vision de cet art évoluant, il a été attiré par le paysage de la nature et une exploration de la photographie nocturne.  

- PetaPixel : Tout d'abord, Bob, comment es-tu venu à la photographie ?
- Bob Avakian : Je dirais que mon premier contact formel avec la photographie a eu lieu au début des années 70, quand je me suis inscrit à un cours de photographie dans le cadre d'une option artistique à l'université. Peu après, je suis parti à Martha's Vineyard.
J'avais encore mon appareil, mais arriver de New York dans une île tranquille était un grand changement et la photographie de rue quelque chose de trop intime sur une petite île, si bien que j'ai laissé tomber, sauf pour prendre des photos de famille, d'amis et de mes projets de construction. Il y a quelques années, je me suis inscrit à un cours de photographie d'architecture aux Maine Media Workshops. Cette expérience a relancé mon ancienne passion pour la photographie.

- PetaPixel : Quelles sont tes plus grandes influences en matière de photographie et qu'est-ce qui rend ces œuvres particulières à tes yeux ?
- Bob Avakian : Il y a longtemps, je me rappelle, j'avais une affiche d'Ansel Adams sur le mur de ma chambre. Qui sait si ça n'a pas été ma première influence ? Mais c'est mon expérience au Maine Media avec le photographe d'architecture Brian Van den Brink, qui a vraiment déclenché les choses.
Après quoi, je me suis inscrit à un atelier de création de portfolio et de critique, proposé par le Musée Griffin de Photographie à Winchester (Massachusetts). Il s'intitule l'Atelier et est dirigé par Karen Davis et son assistante, Meg Birnbaum. Indubitablement, je peux dire que c'est ce qui m'a le plus influencé dans l'évolution de mon travail.
Au plan local, ici, au Martha's Vineyard, j'ai eu l'occasion de rencontrer Stephen Dirado, qui travaille en nocturne depuis des années. De fait, il a photographié la comète Hole Bop dans les années 90.
Il y a tant d'autres photographes que j'admire, mais un particulièrement, Todd Hido. Je me rappelle l'avoir lu, évoquant sa méthode, toutes ses pérégrinations, en me disant "Bon sang ! C'est ce que je fais !" et prenant immédiatement contact avec lui. Naturellement, c'est plutôt sa photographie, vraiment attachante. J'espère simplement le rencontrer un jour.

- PetaPixel : Un des traits distinctifs de ton œuvre, la douceur de la lumière et de la couleur, qui reste conséquente, d'une image à l'autre. Peux-tu nous dire un mot des techniques que tu utilises pour saisir ces scènes ?
- Bob Avakian : Ce style a commencé à émerger, au moment où j'élaborais mon portfolio de photos de nuit. Ça m'a vraiment intéressé, au point que je me suis accroché et que je me suis mis à y travailler, autant que je le pouvais.
Suite à un de mes premiers comptes rendus de portfolio, j'ai réalisé l'importance d'un "corpus de travail rigoureux et cohérent." L'édition est donc devenue une composante centrale et, pour faire le lien, il me fallait opérer une sélection. Naturellement, une partie de cette esthétique est réalisée en travaillant les photos avec Adobe Lightroom.
Mes photos de nuit ne donnent pas grand chose quand je les télécharge, la première fois, sur l'ordinateur; elles ont donc besoin d'être améliorées. Mais une chose est sûre. S'il n'y a rien pour démarrer, ça ne donne rien au final.

- PetaPixel : Parle-nous de l'ambiance et des tonalités émotionnelles que tu essaies d'instaurer dans ton travail. On dirait qu'un fil de sérénité et de méditation relie ces scènes entre elles...
- Bob Avakian : Cette question touche directement à ma façon de photographier le paysage, la nuit. La sérénité de la nuit et de l'esprit, quand on est seul dans la nature environnante, rend tout cela si particulier. Il s'agit d'une expérience très intime et, comme tu le suggères, une méditation consciente. Il s'agit de repérer le bon endroit et de se placer dans l'état d'esprit qui convient, pour saisir son essence.

- PetaPixel : Pour compléter, pourrais-tu évoquer ton intérêt pour le paysage, en général ? Qu'est-ce qui te pousse à photographier ces extérieurs et pas, disons, des portraits ou des natures mortes ?
- Bob Avakian : Je vis entouré par le paysage de la nature; dans un sens, ça m'arrange. Beaucoup de mes photos sont prises à quelques minutes de chez moi. J'ai réalisé quelques natures mortes et portraits, mais indubitablement, être à l'extérieur est ma priorité actuellement. Je me sens beaucoup plus à l'aise que lorsque je photographie des gens.

- PetaPixel : Plusieurs de tes sites me font penser à d'autres artistes, Gregory Crewdson et Edward Hopper, en particulier. Il y a comme une émotion et un climat que tu partages avec ces deux artistes, ainsi qu'un intérêt pour l'esthétique architecturale de la Nouvelle-Angleterre, qui a fait leur notoriété. As-tu fait appel à eux pour ton inspiration ? Qu'est-ce qui t'intéresse dans l'atmosphère de la Nouvelle-Angleterre ?
- Bob Avakian : Crewdson et Hopper ! Merci beaucoup ! En fait, ce n'est pas la première fois qu'un de ces deux noms apparaît. Une fois, dans la recension d'un de mes portfolios, le nom de Crewdson a surgi, alors qu'on me disait que mon travail avait un aspect cinématographique assez voisin. Une véritable révélation ! Même chose pour Hopper, encore que je sois plus familier de ses intérieurs.
La Nouvelle Angleterre est ma terre d'attache, en particulier l'espace rural de Cape Cod et les îles. Je vis au Vineyard depuis 40 ans. Ça doit sûrement être plus qu'un hasard. Les lieux qui m'entourent constituent en eux-mêmes une inspiration et je prends plaisir à pouvoir les montrer sous un angle neuf.

- PetaPixel : En parcourant ces images, j'ai vraiment éprouvé une quête et une découverte. Je peux presque me mettre à ta place, explorant le paysage et ressentant une sorte de parenté avec l'environnement et sa part de surprises. Cette recherche constitue-t-elle une part importante de ton travail ?
- Bob Avakian : Tu as tapé dans le mille ! Pour moi, c'est comme la chasse, la prise et puis vient la récompense. Tu sais, en vivant si près de la mer, j'ai énormément pêché, et surfé aussi la nuit.
Quand on y réfléchit, il y a de nombreux points communs entre la pêche et la photographie. Tu rassembles ton matériel, tu charges ta voiture et tu files. Tu repères l'endroit que tu juges productif. Tu te prépares avec ton équipement. tu appâtes ton hameçon, tu jettes à l'eau et puis tu attends. Des fois, tu planques toute la nuit sans rien attraper ou alors, si tu as de la chance, ta canne à pêche va se courber et la ligne va faire tourner ton moulinet. Tu dois alors ramener ta prise en espérant tenir le gros lot. Si c'est le cas, tu le ramènes chez toi pour le cuisiner et en profiter, tout sourire.

- PetaPixel : A part la Nouvelle-Angleterre, y a-t-il d'autres lieux ou environnements que tu aimes explorer ? Peut-être des paysages marins ou des sites industriels ?
-  Bob Avakian : C'est drôle que tu mentionnes les paysages marins ! Ils m'entourent ! C'était le cas quand j'avais pour destination la mer, encore maintenant, mais quand j'y vais parfois, j'ai un autre regard. Il me reste plein d'endroits à découvrir. J'ai voyagé dans des espaces urbains pour prendre des photos de nuit. Les résultats sont très différents, si bien que pour le moment je m'en tiens à l'environnement rural.

- PetaPixel : Quelle est la clé pour réaliser une grande photo de nuit ?
- Bob Avakian : J'ai appris qu'il faut beaucoup de patience. Bien cadrer ta prise de vue prend du temps. Faire plusieurs essais au niveau de la luminosité ISO aide aussi. En utilisant ton histogramme (numérique) pour délimiter ton cliché final.
A part ça, choisir la nuit qui convient est important. Pour moi c'est une affaire de ciel. Je ne sais jamais quand je vais sortir, mais ouvrir la porte de ma cuisine et contempler le ciel peut m'amener à m'engouffrer dans ma voiture et à prendre la route.

- PetaPixel : Pour finir, quels sont tes projets l'année prochaine, au plan photographique et autre ?
- Bob Avakian : Continuer à apprendre, expérimenter, élaborer un portfolio, et peut-être développer un nouveau corpus de travail.

- PetaPixel : Merci de nous avoir consacré un peu de ton temps, Bob.       
       
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Traduction : © Georges Festa - 02.2014
Avec l'aimable autorisation de Bob Avakian.

site de Bob Avakian : www.bobavakianphotography.com