samedi 22 février 2014

Théâtre arménien aux Etats-Unis, 2013 - U.S. Armenian Theater, Year 2013





© http://vaheberberian.com


Théâtre arménien aux Etats-Unis en 2013
Une année riche en projets et en développements
par Aram Kouyoumdjian
Asbarez.com, 31.12.2013


Lors des congés de Thanksgiving, j'ai eu le plaisir d'animer une table ronde dans le cadre d'un colloque à l'A.N.C.A. [Armenian National Committee of America], qui avait pour objet les échanges entre les arts et le militantisme arméniens. Deux semaines plus tard, une autre table ronde à la bibliothèque publique de Glendale s'est intéressée aux défis que rencontrent les artistes arméniens en diaspora, abordant des thèmes tels que les contraintes en termes de temps et d'argent, l'élargissement de l'audience et le soutien communautaire, ainsi que le choix de la langue de création.

Lors de ces deux manifestations, Vahé Berberian, peintre, dramaturge, interprète et intervenant, exprima ses vifs regrets face à la disparition progressive de la langue arménienne (en particulier, son dialecte occidental) au sein de la diaspora. Des avis contraires évoquèrent le sort actuel de l'arménien, une langue qui traverse la pire période de toute son histoire, comme à l'époque de l'oppression ottomane. Ajoutons le fait incontournable que sur une dizaine d'artistes présents à ces deux tables rondes, Berberian est le seul à écrire régulièrement en arménien; pour quasiment tous les autres, la langue de création est principalement l'anglais.

L'anglais est, de fait, la langue de la plupart des pièces "arméniennes," dont j'ai fait la recension depuis presque dix ans. Cette année fait cependant exception. En dépit d'un volume réduit, quasiment chaque production arménienne de valeur était, en fait, en arménien.

Citons Yete [Si], de Berberian, le tout dernier épisode de sa série de monologues humoristiques; Ka Yev Tchka II [Il est et il n'est pas II], d'Anahid Aramouni Keshishian, la suite de son monologue autobiographique antérieur; et Portsarou Sdakhosner [Profession Menteurs], faisant suite à Azniv Sdakhosner [Les menteurs honnêtes].

Patand [L'Otage], de Khoren Aramouni, fut mémorable pour l'interprétation tendue d'Aram Muradian, en soldat traumatisé. Aux antipodes de ce rôle intense, Muradian en travesti, jouant Charley's Aunt, dans une traduction par Krikor Satamian de cette farce. Impressionné, depuis quelques années maintenant, par la virtuosité de Muradian, je vais collaborer avec lui au printemps prochain, pour mettre en scène une interprétation solo de la pièce emblématique de Levon Chanth, Hin Asdvadzner [Les Dieux anciens].

En cette fin d'année, le théâtre arménien aura marqué plusieurs jalons, dont trois méritent une mention spéciale.

Lancement d'un festival

Le fait majeur a peut-être été le lancement d'un festival du théâtre arménien par l'association éducative et culturelle Hamaskaïne pour l'ouest des Etats-Unis [Hamazkayin Educational and Cultural Society of the Western U.S.].

L'inauguration faisait fi de la structure traditionnelle d'un festival de théâtre, en ce qu'elle ne présentait pas une multiplicité d'ensembles; à l'opposé, l'association Hamaskaïne accueillit une troupe unique - la compagnie nationale arménienne "Sos Sarkissian" - qui présenta quatre spectacles différents en l'espace de cinq jours. A savoir le drame 44 Astichani Vra [44 Degrés]; la tragicomédie Sale; le conte pour enfants Anpan Hourin [Houri la paresseuse]; et un spectacle de variétés. Véritable prouesse, quelque 1 400 élèves des écoles arméniennes furent acheminés en bus chaque jour pour y assister.

Si le calibre des spectacles fut inégal, le jeu des acteurs fut lumineux et l'on parle déjà de faire revenir la troupe l'an prochain. Un nouveau séjour serait le bienvenu et l'association Hamaskaïne doit être félicitée pour ses efforts ambitieux. Tout en veillant à équilibrer ses ressources, afin que son aide aux talents locaux, qui ont besoin de soutien institutionnel, ne soit pas compromise.

Place à l'Impro

Si l'ensemble "Sos Sarkissian" présenta des pièces et des acteurs nouveaux au public de Los Angeles, "Armenian Improv" [Impro arménienne] lui fit découvrir une forme d'art nouvelle. L'impro ("improvisation" en abrégé) est peut-être la forme de comédie la plus ardue, puisqu'elle requiert des comédiens d'inventer - sur scène et guidés souvent par les suggestions du public - le scénario ou la scène qu'ils interprètent.

Conçu par Vahé Berberian, le spectacle fut une balade exubérante, proposant une comédie impertinente à un rythme soutenu. Dans cette première, Berberian et ses six comparses - Chris Bedian, Sako Berberian, Levon-Shant Demirjian, Shahe Mankerian, Kevo Manoukian et Paleny Topjian - ont révélé toute leur maîtrise du genre. Débitant de complexes histoires, à l'humour mordant, déclenchant une hilarité sincère et l'enthousiasme du public.            

Il reste à espérer qu'"Armenian Improv" ne soit pas une expérience sans lendemain, mais que les représentations à venir et l'impro en tant que telle deviennent des éléments de choix sur la scène arménienne.  

Le théâtre en région

A l'instar de Vahé Berberian s'aventurant dans des genres neufs, Lory Tatoulian s'est risquée, quant à elle, dans des territoires neufs. La créatrice du "Big Bad Armo Show" a traversé la Californie avec une sélection des moments forts de son spectacle, allant de San Francisco à San Diego, via la Vallée Centrale [Central Valley].

Originaire de Reedley et ayant de la famille à San Diego L. Tatoulian connaît bien ces communautés arméniennes plus réduites et mal desservies au plan du théâtre. Sa troupe et elle peuvent maintenant s'enorgueillir de s'être produits au Paradis, à savoir la ville de Yettem, dans le comté de Tulare.

Il est sûr que ce genre d'activités profite à tous, comblant un vide pour des communautés dépourvues de toute notion de théâtre arménien, tout en élargissant le public des artistes de théâtre arménien qui s'y lancent.

L'on se souviendra de cette saison 2013 du théâtre arménien, faite d'entreprises et de développements, au plan des échanges culturels, géographiques, et de l'exploration de genres neufs. Un beau parcours pour le théâtre arménien, qui encouragera les artistes à maintenir le cap en cette nouvelle année.   

[Aram Kouyoumdjian est lauréat des Elly Awards, section scénario (The Farewells) et mise en scène (Three Hotels). Sa toute dernière œuvre est une adaptation des Dieux anciens de Lévon Chanth. Contact : comments@criticsforum.org. Les articles publiés dans cette série sont accessibles en ligne sur www.criticsforum.org. Pour s'abonner à la version électronique des articles à paraître, cliquer sur www.criticsforum.org/join. Critics' Forum est un collectif créé afin de débattre de questions liées à l'art et à la culture arménienne en diaspora.]  

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Traduction : © Georges Festa - 02.2014
Avec l'aimable autorisation d'Hovig Tchalian, rédacteur en chef de Critics' Forum.